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France | Charte d'éthique de la 3D : Un danger pour les conteurs d'architectures ? (25-10-2010)

Une 'charte d’éthique et de déontologie' portant sur l'utilisation d'images et de données tridimensionnelles a été signée le 4 février dernier dans le cadre du salon Imagina à Monaco*. Eric Anton, associé d'Artefactory, agence spécialisée en 3D, décrypte la pertinence d'un document plaidant en faveur d’images réalistes.

E-Architecture | France | ArteFactory

Chacun étant libre d’y adhérer "sur la base de la bonne foi", la charte d’éthique de la 3D est présentée comme "à la fois la référence et le dénominateur commun des intervenants du domaine de la 3D" appliquée aux représentations du territoire. La charte stipule notamment qu’"en vue d’une utilisation crédible", les modélisations 3D "doivent 'coller' au plus près de la réalité, sans aucun biais".

 
"Même si je distingue les bonnes intentions de ce texte, il comporte des choses que je trouve inquiétantes", commente Eric Anton, co-fondateur et associé de l’agence spécialisée en 3D, Artefactory.
 
Une charte "absurde" dans le cas de 3D conçues en phase 'concours'
 
Parmi les assertions à examiner avec prudence, Eric Anton met l’accent sur l’extrait suivant (p.7 de la charte) : "Une utilisation de la 3D est abusive si elle privilégie les effets esthétiques d’illustration, des rendus épurés et inertes ou une vision orientée et masquée". "Certes, les images qui escamotent deux / trois étages, qui trichent manifestement sur les dimensions ou l'aspect d’un bâtiment pour le rendre acceptable, ne sont pas sérieuses et relèvent de la tromperie", souligne l’associé d’Artefactory. Pour autant, Eric Anton estime que l’injonction de réalisme défendue par la charte ne peut être dissociée "de contextes particuliers".
 
"Quand l’image sert d’outil de validation ou, par exemple, à constituer une base de données 3D, alors oui, faire des images réalistes est important", dit-il. Et de citer le cas d’agences londoniennes assermentées, lesquelles s'engagent à produire des documents "justes", aussi bien en termes de dimensions que de positionnement ou d'éclairage et de rendu. "De telles images deviennent des outils de référence", précise Eric Anton. Et d’ajouter que "la justesse" s’accompagne non seulement de méthodes mais aussi de besoins techniques et financiers.
 
"Tant que cette charte se base, comme c’est le cas, sur le principe de libre adhésion, ou qu’elle se présente comme un label, elle peut être intéressante", poursuit l’associé d’Artefactory. Dans la mesure où le document est plutôt sommaire et ne fournit pas de précisions claires sur ses contextes d’application, ce préalable apparaît effectivement nécessaire. "Si l’idée est de fournir des images réalistes dans tous les cas, c’est absurde", dit-il. D’une part, Eric Anton souligne que concevoir des images réalistes est parfois tout bonnement "impossible""Il y a des points qu’il est possible de garantir, telle la hauteur d’un bâtiment, mais il arrive souvent de travailler avec des informations dont on n’est pas sûr ou de ne pas avoir accès à certaines données".
 
Par ailleurs, le 'persman' met l’accent sur les différentes phases d’un projet. "Je peux effectivement comprendre l’intérêt de la charte quand il s’agit de réaliser des images destinées à un permis de construire". En revanche, il est un cas de figure où les images réalistes sont, selon Eric Anton, incongrues par définition. Il s’agit des 3D conçues en phase 'concours'. "S’il s’agit de verrouiller les 3D dans le réalisme dès cette phase de conception, ça n’a pas de sens car, par définition, ces images traduisent les intentions d’un projet qui va continuer à évoluer", explique l’expert. Eric Anton parle en connaissance de cause : "Artefactory est surtout appelée pour réaliser des images en phase de concours".
 
Le 'non réalisme' pour "raconter des architectures" 
 

Référence internationale en la matière, l’agence spécialisée en 3D est certes reconnue pour la qualité de ses perspectives mais aussi pour 'l’ambiance' qui en émane. S’il faut distinguer école réaliste, apparentée à la culture anglo-saxonne, d’une école plus poétique, Artefactory appartient sans conteste à cette deuxième catégorie. De fait, "nous racontons des architectures", résume Eric Anton.
 
02(@DR).jpgChez Artefactory, le préalable à toute production 3D est le dialogue noué avec l’architecte du projet à représenter. "Notre objectif est de créer une ambiance qui raconte au mieux les intentions, le discours que développe l’architecte". Autrement dit, à ce stade de la conception architecturale qu’est le concours, l’important est davantage de créer des images 'collant' à un projet qu’à la réalité.
 
"Il est déjà arrivé que l'on demande à une même agence de réaliser les 3D de tous les participants d’un concours dans un souci d’équité", se souvient Eric Anton. Ce cas de figure, d’où le dialogue avec chaque concepteur est absent et qui aboutit à des perspectives de même facture, apparaît ubuesque aux yeux du spécialiste. Qu’en est-il alors de la spécificité de chaque image, intimement liée à une signature architecturale ?
 
Cette question soulève l’interrogation suivante : Y a-t-il une 'patte' Artefactory ? "Nous essayons d’effacer tout effet de style", se défend Eric Anton. Autrement dit, les collaborateurs d’Artefactory évitent autant que possible tout systématisme pour se concentrer sur "la recherche d’adéquation entre l’image et un discours".
 
Réalisme dimensionnel et réalisme de matière : des nuances oubliées

"La charte parle beaucoup de réalisme mais le choix des dessins illustrant le document n’est pas anodin : il est plutôt question de dimensions que de la brillance de l’oeil du poisson", observe par ailleurs Eric Anton.
 
Ce dernier opère une distinction entre réalisme dimensionnel et réalisme "de la matière et de la lumière", nuances qui n’apparaissent pas dans la charte d’éthique de la 3D. S’il est "plus facile" d’obtenir un réalisme dimensionnel, l’expert souligne qu’il est également possible, même si plus laborieux, de concevoir des images où les composants 3D ne se distinguent pas d’éléments photographiés. Pourtant, "je ne suis pas sûr que les architectes, les maîtrises d’ouvrages ou les promoteurs veulent davantage de réalisme ; on nous demande rarement de faire disparaître un bâtiment dans la ville", commente Eric Anton. De fait, cet 'exercice de disparition' ne prend pas, dit-il, de réelle ampleur.
 
Tant qu’elle s’applique à des cas particuliers, la charte d’éthique de la 3D peut donc se révéler utile. Il est néanmoins permis de craindre qu’un tel document devienne la première étape d’un cadre réglementaire incluant la phase 'concours' à son champ d’application. Qu’adviendrait-il alors de la poésie que des agences telle Artefactory confèrent aux représentations qui leur sont confiées, une poésie par ailleurs inhérente à l’architecture ?
 

Emmanuelle Borne


 
* Signataires de la charte au 4 février 2010 : Principauté de Monaco ; République et Canton de Genève ; Ville de Melun ; Institut géographique national (France) ; Ecole nationale des sciences géographiques ; Office fédéral de topographie swisstopo ; Agence d’urbanisme pour le développement de l'agglomération lyonnaise ; Société des ingénieurs et architectes (Genève) ; Association des géomètres et géomaticiens genevois ; Ordre des arpenteurs géomètres du Québec ; SPSPEM (Ville de Montréal) ; société Géo-Vision Avenir ; Halbout Consultants ; IGO ; Ecole d'Ingénieurs de la Ville de Paris ; Association française des Directeurs de Jardins et d'Espaces verts publics ; Fédération française du paysage ; Union nationale des entrepreneurs du paysage.

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 24 février 2010.

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