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Allemagne | A.Siza : "Si j'étais arrogant, je prétendrais n'avoir aucun style" (31-08-2011)

Journaliste au quotidien allemand Westdeutsche Zeitung, Helga Meister propose, le 27 juin 2011, un entretien avec Alvaro Siza, co-auteur du Pavillon de l’ancienne base de missiles dans les environs de Neuss, à quelques kilomètres de Düsseldorf. L’architecte portugais, lauréat du Pritzker Prize en 1992, revient sur la question de la lumière et des matériaux.

Allemagne | Alvaro Siza

Contexte
Karl-Heinrich Müller, collectionneur d’art a, depuis 1983, érigé avec le soutien de la ville de Neuss plusieurs lieux d’exposition dans le cadre naturel de l’île de Hombroich autrefois dépendance d’une base militaire de l’OTAN. Le mot d’ordre y est «L’art en parallèle avec la nature».
Álvaro Siza, associé à Rudolf Finsterwalder, a été choisi pour la construction d’un musée dédié à l’architecture livré en 2008. Aujourd’hui, le pavillon accueille une exposition, 'De la ligne à l’espace', proposant une sélection de croquis de l’architecte Alvaro Siza.
JPH

ALVARO SIZA : ICI, AU PAVILLON, JE SUIS HEUREUX
Helga Meister | WZ Westdeutsche Zeitung

NEUSS - Le célèbre architecte Alvaro Siza a donné sa première interview en Allemagne. Avec WZ, il évoque son Pavillon de la Raketenstation.

Helga Meister : Monsieur Siza, votre Pavillon sur l’ancienne base de missiles se soumet à la Niederrhein-Landschaft comme s’il en était une partie. S’agit-il d’une réaction aux coquetteries des dénommés stararchitectes ?

Alvaro Siza: Pour moi, l’expérience clef de la Museumsinsel est que chacun venant ici ouvre la porte et découvre un autre monde, celui de l’art. Un contre-exemple est Kolumba, le musée du diocèse à Cologne : il a un autre contexte, avec la cathédrale et un urbanisme puissant alentour. Là, l’édifice doit avoir une autre présence comme celle du pavillon ici sur la Raketenstation. L’architecture ne doit pas être modeste ou vaine. Elle doit réagir à une situation.

02(@LVignelli).jpgDans le Pavillon Siza, la lumière naturelle est étonnante. Autant de lumière du jour serait impensable en Allemagne pour un musée. Votre rapport à la lumière est-il typique de l’Europe du Sud ?

Je suis très heureux qu'il y ait, ici, dans le pavillon, lumière du soleil et vues. Celles-ci ne sont que très rarement souhaitées dans le cadre d’un musée où la vue, elle-même, écarte le visiteur de l’art.

Il y a aussi une tendance actuelle où l’oeuvre est éclairée par des spots. Je ne l’estime pas juste car aucun artiste ne peint vraiment à la lumière des projecteurs. Les tableaux sont généralement réalisés lors de situation naturelle et c’est ce pourquoi ils sont éclairés ainsi.

Est-ce la première fois que vous travaillez de cette façon ?

A Porto, le musée que j’ai conçu possède également quelques vues mais le concept de l’éclairage n’avait pas été poussé aussi loin qu’ici.

03(@WienerbergerAG)_S.jpgLa lumière est, à l’intérieur, filtrée par l’architecture. Elle y est donc plus douce et sied mieux à l’art. Etait-ce là votre objectif ?

Il est important pour moi de contrôler la lumière. J’aime volontairement différencier intérieur et extérieur. D’aucuns doivent comprendre qu’ils sont dans un espace intérieur. Pour cette raison, je n’ai jamais conçu un édifice entièrement vitré.

Vous concevez et mettez en oeuvre. D’ordinaire, l’architecte fait le projet et le constructeur le réalise. Votre méthode vous a-t-elle conduit à construire autrement ?

Avant tout, l'architecte est un technicien. Souvent, il parvient à obtenir un permis de construire et se dessaisit ensuite du projet. Voilà pour moi une raison majeure du déclin de l'architecture. Je regrette beaucoup cette situation ; il est pourtant essentiel que l’architecte reste jusqu’à la fin du projet. Modèles et croquis ne remplacent pas le contrôle du projet sur le site. A ce moment, je peux encore apporter des modifications ou prendre de nouvelles décisions. Si la relation de l’architecte à l’artisan n’existe pas, alors c’est un désastre.

04(@WienerbergerAG)_B.jpgSur le toit, vous avez disposé au-dessus de l’entrée des pierres naturelles comme s’il s’agissait de sculpture. Vous avez également réalisé un escalier en pierre massive. Que signifient pour vous ces matériaux ?

Je voulais maintenir sur la Raketenstation les très beaux arbres fruitiers de sorte que le pavillon soit peu visible. La découverte progressive du bâtiment est importante. C’est pourquoi il est nécessaire que les matériaux soient présents dès l’entrée.

A quoi reconnaît-on votre style ?

Si j’étais arrogant, je prétendrais n’avoir aucun style. Je développe des édifices qui ont une logique implacable. Il est impératif que l’entrée et les circulations intérieures soient tant en relation avec le programme que les espaces extérieurs. D’aucuns doivent s’orienter sans indication.

Existe-t-il encore d’autres particularités qui vous sont propres ?

L’histoire joue naturellement un rôle. Ici, il y avait la prise en compte des édifices d’Erwin Heerichs, des maisons de Mies à Krefeld, le théâtre d’Aalto à Essen...

05(@WienerbergerAG)_B.jpgQu’est ce qui, selon vous, fait l’intérêt de la Museumsinsel ?

L’équilibre entre nature et architecture.

Certains évoquent la possibilité d’une donation, quelle est-elle?

Ce serait un plaisir pour moi si les dessins exposés ici y trouvaient leur place définitive. En revanche, cela impliquerait l’installation d’archives là où se trouvent d’autres objets. Il faudrait aussi que quelqu’un s’en occupe. Je les saurai ainsi dans de bonnes mains.

Helga Meister | WZ Westdeutsche Zeitung | Allemagne
27-06-2011
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

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