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Visite | Lit et délit de pierre, Gilles Perraudin et l'étape Corse (21-09-2011)

Construire en pierre ne relève plus de l’évidence. Si Gilles Perraudin prône un effacement matériel de l’oeuvre au regard de sa poésie, le pouvoir évocateur de la Maison des Vins de Patrimonio, livrée en 2011, n’en est pas moins inextricablement lié à sa matérialité. L’épure constructive est une discipline que l’architecte s’impose.

Bâtiments Publics | Architecture industrielle | Pierre | Corse du sud | Gilles Perraudin

La route de Bastia à Patrimonio s’étire à travers la montagne. Au loin, l’un des deux affleurements calcaire de l’ile. Sur le bas-côté de la route qui mène au village apparait soudain la Maison des Vins qu’accompagne l’Académie de Guitare. Les volumes blancs, simples, striés par les ombres des pergolas encore nues, évoquent la douceur méditerranéenne. Une «architecture située», prévient l’architecte.

«J’ai l’habitude de dire que la pierre est un béton naturel préfabriqué», s’amuse Gilles Perraudin. La blancheur du calcaire éclate au soleil et aveugle les journalistes cherchant un peu d’ombre pour noircir quelques pages.

L’ensemble, éclaté en plusieurs pavillons aux formes familières pour, entre autres, faciliter la ventilation naturelle, crée sa propre urbanité toute de pierres en «ricciatta». Placettes, escaliers, passages. Un ruissellement. Une fontaine, des rigoles, quelques versoirs.

02(@SDemailly).jpgEn contrebas, plus en avant, un autre ensemble, l’Académie de Guitare, reprend ce même vocabulaire. «Une architecture vernaculaire contemporaine», indique l’architecte.

Encore inoccupée, la Maison des Vins attend désormais, outre ses visiteurs, les jeunes pousses de vignes devant assombrir et rafraichir le site. A l’intérieur des pavillons en pierres massives, les poutres de Larricciu, une essence locale de pin, révèlent la simplicité constructive adoptée ; une épure, fruit d’une «recherche patiente».

D’aucuns peuvent également remarquer l’usage de deux pierres distinctes. La première, de Corse, extraite dans une carrière qui fit, en cours de chantier, faillite. La seconde, continentale, du Lubéron. L’une et l’autre, en quantité égale, se différencient par leur aspérité.

03(@SDemailly)_S.jpgPosée en 'lit', la pierre de Corse offre au regard les couches successives, houleuses et dansantes, caractéristiques de la roche calcaire. Posée en 'délit', à l’inverse, la pierre du Lubéron paraît, quant à elle, uniforme, sans doute moins évocatrice.

Pour parfaire l’hommage géologique, quelques soubassements cyclopéens ont été réalisés. Le mélange de caillasse et de béton est question d’économie, l’assemblage en pierres sèches étant plus onéreux.

«J’interdis le ferraillage, la construction en pierre est souple», affirme Gilles Perraudin. S’il l’argumente par quelques principes bioclimatiques ouvrant le débat sur la thermie, le choix de la pierre témoigne davantage du parcours de l’architecte.

Les logements livrés cette année même à Cornebarrieu (31), également en pierre, peuvent suggérer une filiation avec Pouillon. A l’évocation du nom, Gilles Perraudin répond que la figure marseillaise n’a jamais défendu un matériau «fréquemment utilisé après guerre avant que la politique des modèles n’impose le béton», dit-il.

A l’origine d’une passion, une rencontre fortuite «au détour d’un chemin vers le Gardon», dans le Gard. En lieu de décor, un champ de carcasses clos de pierre. La carrière n’est pas loin et l’architecte récupère un tas de 'déchets'. La cave de la maison familiale puis le chai de Vauvert, dont il est l’exploitant, avaient trouvé leur matériau. «Une stratégie du disponible», défend-il.

04(@Perraudin)_S.jpgRétrospectivement, l’architecte observe les prémices d’une réflexion à l’Ecole d’Architecture de Lyon qu’il conçut plusieurs années auparavant à partir d’éléments préfabriqués montés sur cintres en bois. «Je n’avais pas, à ce moment, identifié la pierre comme étant possible. La culture constructive l'occulte comme matériau moderne», indique Gilles Perraudin.

L’idée de massivité et de pesanteur séduit, elle ancre l’édifice dans son territoire. Mais quelle maîtrise d’ouvrage pour oser un parti, en apparence, si audacieux ? Guy Maestracci, maire de Patrimonio, reconnait son goût pour les constructions de terre et de pierre. Bref, le terrain était conquis.

Encore fallait-il opérer la rencontre de l’architecte lyonnais et de l’édile corse. «Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir Internet. Après avoir contacté le site CRAterre, un nom m’a été recommandé. Gilles Perraudin était d’autant plus l’homme de la situation qu’il était et continue d’être vigneron».

Plus qu’un amateur éclairé, l’architecte produit son propre cru. Il envisage désormais de réaliser des cuves en pierre dont il ne dira mot, ce qui, à n’en point douter, parachèvera l’image «des pierres plantées», son domaine.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Jean-Marie | 24-09-2011 à 11:04:00

de la com c'est tout ce qui importe, les projets se suivent et se ressemblent.

Photocopie | 22-09-2011 à 09:36:00

Le code des marches publics est mort ?
Le maire choisit
La théorie du "disponible" , en allant chercher la pierre dans le Luberon?
Architecture "contemporaine" , alors que ça ressemble a des projets de Kahn mals photocopiés (mort depuis trente ans)
Les corses méritent mieux qu un projet d étudiant et de la com a 2 roubles !

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