Sept ans de réflexion partagée : telle est l’aventure de cette maison conçue par Christian Pottgiesser qui s’élève désormais à quelques kilomètres de Paris. Sept ans de dialogue pour ce qui, initialement, se définit comme l’extension d’une orangerie du XVIIIe siècle. Ce qui, à l’arrivée, trouve une forme nouvelle, imprévue.
L’échange ne concerne pas que les architectes et les commanditaires. Ce qui se donne à voir, avec la maison L, n’est autre que la forme inédite de la famille moderne, elle-même en dialogue, en perpétuelle recomposition.
Vivre ensemble mais avec pour chacun une part d’autonomie plus sensible ; préserver son espace de privauté mais rester aussi au contact renouvelé des autres...
Au final, cinq légères tours de béton brut, d’un blanc d’une douceur étonnante, émergent du roc commun, construit de pierres sèches de Cadaqués, qui les enserre ou les borde.
Cinq tours : une pour chaque enfant, une pour les parents, plus spacieuse, pourvue également d’une terrasse avec vue... sur La Défense. La maison est une petite ville.
Et la ville... une maison. Car celle-ci, soumise à cette tendance explosive, résiste. L’on n’entre jamais que par l’aire commune. Et c’est une surprise que de constater le contraste entre la simplicité extrême des tours (deux étages : dressing au rez-de-chaussée, salle de bains au premier, chambre au second) et le dessin labyrinthique de l’espace commun où elles se trouvent, où elles se perdent.
En bas, serpentant entre la forme organique de la base et le périmètres des tours qui s’y intègrent (sans oublier quelques murs enveloppants), s’ouvre un espace à la fois multiple et continu, imprévisible, tout en variations d’intimité, tout en détours - comme s’il s’agissait d’éviter la moindre idée préconçue pour ménager à la rencontre l’espace de la surprise, du plaisir -.
La base - le sein - de cette maison-Elle, s’intègre au jardin, que ses murs de pierres sèches articulent et prolongent à la fois. Le sol sur lequel elle est posée, grâce à une pente astucieusement imposée au terrain, rejoint en bout de parcours la promenade qu’offre son toit jardin, tandis que cet enveloppement se renforce encore de la clôture souhaitée par les commanditaires.
Six portes-fenêtres, un éclairage zénithal aux franges doucement modelées du toit. Et tout se passe comme si la complexité du dialogue familial s’élargissait au rapport avec l’extérieur. La partie commune, la plus publique, est aussi la plus protégée, tandis que les tours s’ouvrent largement à l’extérieur grâce aux baies plein mur des chambres : depuis le jardin, le plus intime est le plus exposé.
L’architecture de la maison, finalement, semble fonder un jeu permanent qui relèverait chaque tension, la prendrait au sérieux, plutôt que de l’atténuer. Contraste entre les tours et le dédale ludique de l’espace partagé ; contraste, pour ces mêmes tours, entre leur massivité et l’ouverture maximale que l’on y expérimente... Contraste jusque dans la matière, avec un béton brut, qui, jouant du blanc comme des diverses largeurs des lattes de coffrage, se révèle particulièrement accueillant, intime, à l’intérieur - tandis que la pierre de Cadaqués signe l’hermétisme de l’extérieur -.
Avec la maison L, assurément, il ne s’agit plus d’enfermer les contradictions inhérentes au quotidien dans une refonte normative des espaces, mais bien de s’en nourrir, topologiquement, esthétiquement, d’en faire son matériau originel pour leur donner un lieu et un présent possibles.
Emmanuel Rubio
Fiche technique
Ingénieur structure : Joel Betito
Localisation : Yvelines
Année de réalisation : 2011
Etudes : 3 ans
Travaux : 3 ans et demi
Surfaces 616m² SHON (926m² SHOB) + 4.850m² de jardin
Matériaux utilisés : béton brut de décoffrage (structure), planche de pin brut (coffrage), pierres de Cadaqués (façade du rez-de-chaussée), béton blanc poncé (sol), acier couleur rouille (châssis vitrés, verrière), chêne (menuiserie extérieures des tours), chêne massif trois plis (mobilier intérieur).
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