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Cahier Spécial - Allemagne

Portrait | Christian Pottgiesser architecturespossibles en trois pauses clope (28-09-2011)

Le répondeur de l’agence décline son message en français et en allemand. Christian Pottgiesser, originaire de Rhénanie Palatinat, officie depuis vingt ans à Paris. D’une pratique cognitive émerge une architecture sans affectation. Muer tout usager en vagabond ou encore distiller le doute dans les pratiques sont les préalables d’une meilleure appropriation de l’architecture.

France | Christian Pottgiesser

«Pourquoi Paris ?», soupire Christian Pottgiesser.

«A cause des filles», lui souffle Pascale Thomas-Pottgiesser, son épouse.

Un calendrier d’inscriptions, une première réponse positive de Paris-Villemin. Le tour était joué, direction la France avec pour bagage un dictionnaire franco-allemand. Parliez-vous français ? Gar nicht. Depuis, tout a changé.

Fondée en 1991, l’agence Christian Pottgiesser architecturespossibles se niche désormais au coeur de Saint-Germain-des-Prés. Le «sous-marin», en fond de cour, paraît en ce matin de septembre des plus tranquilles. Première pause cigarette.

Autour, livres, sous-bock dédicacé par Rem Koolhaas, murs en ardoise où quelques dessins à la craie retracent les premières esquisses d’un concours perdu, le centre orthodoxe de Paris.

Sur le bureau, des calques, un plan de Francfort-sur-le-Main.

02(@DR)_S.jpg«Nous travaillons lentement», confie Christian Pottgiesser et «sans image», précise-t-il aussitôt.

Et pour cause, «le projet est oral, il est une chose dite. C’est, tout au plus, une langue, une conversation, une dispute, peut-être», assure-t-il. La pratique délaisse l’imagerie pour se satisfaire d’une plus grande liberté.

Défiance ? Peut-être. Pascale Thomas compte parmi ces individus «inrangeables» comme Pierre Leguillon, artiste, que Christian Pottgiesser affectionne particulièrement et avec qui il monta «la promesse de l’écran».

«Nous transformions nos locaux en lieu sans affectation. Nous mettions en place une sorte de bar clandestin», se souvient-elle. «Notre but était de produire une initiation à l’art sans être dans le cadre d’une institution, d’une galerie ou d’un musée», poursuit-il.

Hors contexte donc, tous trois proposent de fédérer leurs compétences pour mieux questionner le patrimoine iconographique de l’écran.

Chemin faisant, à rebours, Pascale Thomas est avant tout photographe. D’architecture ? Non. «Photographe tout azimut», dit-elle.

Christian Pottgiesser affirme apprécier ces approches extérieures, celle de la caméra, du pinceau, du burin, peu importe, tant qu’elles engagent une belle promesse de l’architecture.

Par conséquent, l’agence développe son propre regard photographique à travers un travail sur le format. «La photo aujourd’hui enferme un dialogue», note Pascale Thomas.

Réponse. Des séances de photos «avec situations 'questionnantes'». A travers l’objectif, la photographe capte le rapport des corps aux objets qui les entourent. «Assez du saladier plein de pommes», lance l’architecte, iconoclaste.

Le papier n’est pas glacé, l’image n’est pas lisse. Mais que font ces gens à l’image ? Ils fument ! Deuxième pause cigarette.

03(@DR).jpgBref, la production d’image léchée, stéréotypée, n’est pas le fort du couple. Pas étonnant donc que l’architecture soit question de discours, de babillages, de débats, de palabres. Place aux verbes.

«Nos clients éprouvent des difficultés à nommer les choses ; or, il est délicat de s’approprier un lieu qu’on peine à désigner», souligne-t-elle. Halte à l’analogie. Un mot pour un autre, Christian Pottgiesser prône la salle de bain mobile.

«La maison est superflue. Nous ne sommes volontairement pas précis», ajoute-t-elle et lui de surenchérir sur les habitants de la Maison L., livrée début 2011 : «ils vagabondent chez eux».

La situation d’instabilité induit un «cheminement». «Chacun peut expérimenter la complexité par l’emplacement où il prend sa douche», schématise l’architecte. «Je trouve intéressant de proposer dans un univers normé, la maison, des configurations qui n’ont pas habituellement lieu d’être».

Goût pour la complexité ? «Ce n’est pas un jugement de valeur. La complexité est incontournable. C’est un regard sur le monde. Beaucoup recherchent la formule simplificatrice ; or, la simplification mal maîtrisée peut potentiellement devenir une réduction et, par voie de conséquence, une perte de sens. La publicité pour Smart clamait 'reduce to the max', donc que perd-on ?».

«C’est le noeud», résume Pascale Thomas.

Gordien, il lui appartient d’être tranché. L’architecte prévient : les expressions sont galvaudées, les références pompeuses... et la simplification impossible. L’architecture se fait, le mot est lancé, «algorithme» et propose de «réinventer les modes opératoires traditionnels».

04(@DR).jpgSi Christian Pottgiesser se présente tel «un vagabond transdisciplinaire», il n’y a pas besoin, selon lui, de paraphrase, ni de justification scientifique. «L’architecture n’est pas falsifiable. Elle se suffit à elle-même et ne nécessite aucun emprunt profane», dit-il.

L’architecture est un regard - bis repetita - et une science de l’équilibre. L’image de la salle de bain mobile n’est autre que celle des paradoxes auxquels l’architecte se confronte.

«Il y a le quart d’heure où le client délire», s’amuse Christian Pottgiesser. Discrète mais voyante, compacte mais éclatée, la maison. «Toutes les demandes sont contradictoires et un architecte n’a pas à émettre d’avis sur la bienséance d’un programme ni même à avoir un a priori quelconque sur la manière de vivre. L’architecture débute dans ces contradictions», souligne-t-il.

De l’ambiguïté, alors. «Un client a acheté un hangar à Paris. Il a découvert une verrière. ‘Je vais faire une serre’ m’a-t-il dit. Il fallait et créer une forêt vierge et des bureaux au même endroit ; or, ces lieux s’excluent. Ca a donné l’un et l’autre», explique l’architecte.

05(@DR).jpgArbres sur table, sièges sous bulle. «Nous sommes parfois plus étonnés du résultat que nos clients», dit-il.

Le parti semble d’autant plus possible quand la commande est privée. «Il pourrait être intéressant de repenser un programme public et d’être amener à en faire la critique. L’interlocuteur n’est, dans ce cas, qu’écrit», s’inquiète l’architecte.

Pour Pascale Thomas, participer à des concours «bouleverserait le fonctionnement de l’agence», mais l’envie est là. «Concevoir des maisons... oui, mais ce n’est pas réellement ce que je voulais faire», dit-il. Alors ?

«Je voulais être roi des ouvriers... à cinq ans», s’amuse-t-il. La prédisposition existait déjà pour celui qui ne présente aucun antécédent familial lié de près ou de loin à l’architecture. «Je suis une émergence», lance-t-il.

Quelques dalles de béton récupérées sur un chantier à Francfort et la maison parentale prit forme. Un premier projet. Et puis, au-delà de l’architecture, il y eut la philosophie.

06(@DR)_B.jpg «Où est le postulat ? Que maîtrisera-t-on ? Nous jouons un peu sur les mots mais si d’aucuns pensent qu’ils vont maîtriser le programme, alors ils auront perdu. Il n’y a pas de recette», souligne l’architecte.

Etre curieux des objets et des matières est un préalable essentiel. «Ce tout génère des formes», dit-elle.

«Nous nous laissons surprendre par le programme et créons des espaces sans affectation», dit-il. Parmi les plus improbables commandes, celle d’une nounou souhaitant ériger sa propre maison à Belleville avec, pour seul impératif, la création de cinq couchettes. In fine, 30m², astucieusement conçus, en fond de cour. «Une jolie utopie», lance Pascale Thomas.

Dernière pause clope.

Réflexion faite, «tout n’est pas justifiable», ironise l’architecte.

Son épouse de reprendre : «mais ce dont il a besoin, il le trouve...».

Jean-Philippe Hugron

Réactions

ins | critique | monde | 10-08-2013 à 15:14:00

quel article flagorneur, c'est honteux, pottgiesser n'est qu'un architecte mondain... et monsieur hugron qu'un chroniqueur démagogique ! on voit bien aussi que la demoiselle thomas pottgiesser ne sait absolument rien de l'utopie, tout ceci est vraiment bas.

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