Ralf Schönball, journaliste à Der Tagesspiegel, publie, en août 2010, un entretien avec Hans Kollhoff, l’architecte qui obtint en 1993 la réalisation du nouveau plan masse de l’Alexanderplatz à Berlin. Coeur névralgique de l’ancien Est, le site était alors promis à un avenir vertical. Depuis, rien, sinon deux centres commerciaux, deux erreurs manifestes. L’architecte dénonce.
Contexte
En 1993, alors que Hans Kollhoff remportait le concours pour l’aménagement de l’Alexanderplatz, l’heure était à l’euphorie immobilière et Berlin s’imaginait à la verticale. L’architecte promettait ainsi la réalisation «d’ici les vingt prochaines années» d’une dizaine de gratte-ciel aux allures art-déco.
Des Berlinois, sans doute les plus 'ostalgiques', avaient vu dans ce projet un moyen de cacher la tour de télévision, symbole de la capitale Est-allemande, sinon d’en atténuer l’impact visuel dans la ligne d’horizon.
En fait, l’ambition s’est rapidement essoufflée. L’architecte déclarait même à Libération, le 28 août 1997, qu’«à l'approche des élections, chaque homme politique [croyait] pouvoir récolter des voix en rayant une tour du projet». L’économie eut, in fine, raison du dessein.
Entretemps, la capitale a continué son développement urbain et Hans Kollhoff a participé aux jurys des concours lancés pour la réalisation de différents équipements commerciaux, parmi eux, Das Alexa. Signé de l’architecte portugais José M. Quintela da Fonseca, l’édifice s’avère pour le quotidien allemand Die Zeit, «un cauchemar rose cochon».
De critique en controverse, le projet de l’Alexanderplatz connait, depuis ce mois de septembre 2011, un nouveau rebondissement. Hines, promoteur américain, promet de développer l’une des tours prévues par Kollhoff. La municipalité soutient le projet évoquant la possibilité d’un édifice à vocation résidentielle. Une première pour la capitale allemande relançant, selon le Berliner Kurir, l’'Alex Monopoly'.
JPH
«BERLIN NE PEUT PAS SE PERMETTRE D'ETRE A COTE DE LA PLAQUE»
Ralf Schönball | Der Tagesspiegel
BERLIN - «Das Alexa : un monstre. Die Neue Mitte : une catastrophe». L’architecte berlinois Hans Kollhoff trouve que l’architecture de la capitale devrait être différente.
Hans Kollhoff est l’un des architectes berlinois les plus influents. Il est à l’origine du 'masterplan de l’Alexanderplatz' et a développé la tour ayant pour adresse Potsdamer Platz 1 à côté du Sony-Center. La rénovation du bâtiment du Comité central fut l’objet de nombreux éloges. Enfin, Hans Kollhoff réalise actuellement aux Pays-Bas les ministères de l'Intérieur et de la Justice à La Haye.
Ralf Schönball : Il y a deux ans, Klaus Wowereit* a vigoureusement critiqué les développements de l’Alex. Partagez-vous son avis ?
Hans Kollhoff : Naturellement. Il est déprimant de voir ce qui se passe actuellement à Berlin, non seulement à Alexanderplatz mais aussi au Marx-Engels-Forumet sans oublier à la gare centrale.
Cheap, cheap, cheap. La chose la plus basique que vous pouvez imaginer.
Pourquoi ?
Manifestement, rien ne compte, pas même en centre ville. Un édifice comme Das Alexa est un pur événement architectural qui n’a rien à voir avec les constructions alentours. Epouvantable. J’ai pourtant fait partie du jury et j’ai même voté pour ce projet. Il s’agissait là du plus urbain d’entre tous. Mais, après de nombreux remaniements, il en est sorti un monstre.
'Die neue Mitte' s’approche quant à lui de la «lichtarchitektur» des bâtiments en grès de Peter Behrens...
Non, c’est un désastre pour l’Alexanderplatz. L’édifice ne rend pas grâce au lieu. Ce n’est qu’une boîte rudimentaire. Je n’accepte pas que l’on mette cela sur le dos de la maîtrise d’ouvrage. L’architecte a sa part de responsabilité. J’ai moi-même renoncé à de nombreux projets alors qu’il y avait matière à gagner de l’argent. C’est une question d’attitude.
Pourquoi a-t-il été ainsi construit ?
L’investisseur voulait rapidement faire de l’argent. L’édifice se révèle au final peu attractif même en regard de la spéculation financière. D’un autre côté, il faut aussi noter l’échec de l’administration. Dans une telle situation, la directrice de la construction au Sénat doit intervenir et se prononcer sur la qualité des ouvrages. Et quand rien de mieux ne peut sortir de terre, il vaut mieux ne rien construire. Avant de donner aux investisseurs le reste de la ville pour la ruiner, Berlin ferait mieux de prendre une pause pour réfléchir.
Votre diagnostic ne porte que pour l’Alexanderplatz ?
Non, il y a bien pire à la gare centrale. Il s’agit de l’entrée de Berlin pour un grand nombre de visiteurs. Il y a là une immense opportunité pour Berlin. Humbolthafen est un site urbain considérable qui revient à Lenné. Or, le tout sera conçu de manière stupide où la majorité des projets sera laissée au hasard. Il ne peut pas en être ainsi. Ici, l’administration a de nouveau échoué. C’était une bonne chose que Klaus Wowereit s’exprime clairement, il devrait le faire à nouveau. Il est finalement apte à faire autorité au Sénat concernant le développement de la ville. Il est temps que Berlin fasse le point et se demande si la ville peut se permettre d’être encore à côté de la plaque.
Ralf Schönball | Der Tagesspiegel | Allemagne
01-08-2010
Adapté par : Jean-Philippe Hugron
* Klaus Wowereit (1953, Berlin), homme politique, est maire-gouverneur SPD de Berlin depuis 2001. Il a été réélu pour un troisième mandat le 17 septembre 2011.
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