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Cahier Spécial - Allemagne

Entretien | France-Allemagne, match nul ? (28-09-2011)

Choc des cultures ? Pratique différenciée ? Dominik Neidlinger, architecte allemand, francophone, enseignant à l’école d’Architecture de Strasbourg, évoque pour Le Courrier de l’Architecte similitudes et disparités de la profession de part et d’autre du Rhin. Il note, rive droite, un temps d’avance, rive gauche, une radicalité là où on ne l’attendait pas...

France | Dominik Neidlinger

Le Courrier de l’Architecte : Qu’est-ce qui différencie les formations architecturales française et allemande ?

Dominik Neidlinger : En Allemagne, un architecte reçoit automatiquement le titre d’ingénieur avec son diplôme. La formation est donc différente et le bâtiment, plus qu’une question d’espace, est un projet technique. Cette dimension existe peu en France et je m’efforce d’introduire cette approche dans mon enseignement à Strasbourg.

Ceci dit, il y a, en Allemagne, trois, voire quatre possibilités de devenir architecte. Il y a les facultés d’architecture, les écoles polytechniques dont les architectes s’orientent davantage vers l’exécution, les écoles des Beaux Arts et, enfin, il est possible de devenir architecte via une expérience de dix années en tant que dessinateur.

Quelles conséquences dans la pratique quotidienne ?

La principale différence repose sur la réalisation des plans d’exécution. En Allemagne, l’architecte élabore les détails en étroite relation avec les entreprises. Il n’y a pas, comme en France, de détail de principe. L’architecte allemand a, de fait, plus de responsabilité.

Quelle est la place de l’architecte dans la société allemande ?

Les architectes étaient considérés comme des notables. Ils ne le sont plus désormais, ni plus ni moins que les médecins ou avocats d’aujourd’hui.

Il y a en Allemagne environ 110.000 architectes. Ce nombre très élevé s’explique par l’obligation de passer par un professionnel pour toute modification supérieure à 25m².

Enfin, en Allemagne, un professionnel voit son salaire tourner autour de 2.000 euros brut par mois. Beaucoup travaillent en freelance et les cas de faux freelance se développent dès lors que des questions d’assurances professionnelles entrent en jeu.

02(@Claire7373Andrewglaser)_S.jpgExiste-t-il un 'Star-système' allemand ?

Le star-système opère en Allemagne mais il n’y a pas à proprement parler d’architecte star allemand sauf peut être Sauerbruch-Hutton, plus démonstratifs dans leur pratique. Il faut peut-être imputer cela au fait que l’agence est germano-anglaise et qu’elle s’est donc laissée porter par le 'star-system' de l’AA school of London.

Cette absence s’explique par une question de politique architecturale. La production française a largement été médiatisée. L’Allemagne, davantage que son image, exporte ses savoir-faire. Elle est vraisemblablement moins dans l’affichage.

Jeunes agences et petites structures ont-elles leur place sur le marché allemand ?

En Allemagne, les petites agences rencontrent des difficultés. Le système des concours est différent et se montre paradoxal. Ouverts, ils sont également restreints. Je m’explique : un concours peut avoir deux phases. Une agence, après une phase d’esquisses, peut se trouver confrontée lors d’une seconde phase à d’autres bureaux déjà présélectionnés.

Les concours avec candidature, comme partout, exige d’avoir une certaine expérience. Toutefois l’étiquette 'jeune architecte', à savoir des architectes de moins de 40 ans, permet d’accéder à la commande sans avoir de référence.

Cela dit, il n’y a pas plus de jeunes qui construisent en Allemagne qu’en France.

Comment se répartit la commande ?

A regarder de près, le marché change de plus en plus et, fait nouveau, les grosses agences, celles ayant plus de 25 collaborateurs, n’hésitent plus à répondre à toutes sortes de projets quelle que soit son échelle.

Les structures entre 5 et 25 personnes rencontrent nombre de problèmes, elles sont généralement tiraillées entre différentes stratégies à adopter. Toutefois, dans le contexte actuel, il s’agit pour elles de revenir à une organisation plus simple afin de minimiser les frais. A terme, ces agences de taille moyenne devraient disparaître.

En effet, les petites structures sont plus réactives en entretenant une logique de réseaux. Il se crée en Allemagne toujours plus de collectifs et ce, depuis dix ans. Je peux citer l’exemple d’Exit ou encore de Raumlabor.

03(@asvensson)_B.jpgQu’en est-il des PPP en Allemagne ?

Le système archi/entreprise existe en Allemagne. Nous étions très euphoriques au début des années 2000. Le dispositif nous semblait être un moyen de faire des économies. Aujourd’hui, le bilan est négatif. Il démontre l’existence de surcoût. Bref, le résultat n’est pas satisfaisant.

La production architecturale allemande semble sage, pourquoi ?

L’approche de l’architecture en Allemagne est liée au triptyque forme / expression / fonction. Nous ne sommes pas dans le geste architectural. Le projet doit avoir sa logique et en aucune façon nous devons nous agiter.

En France, la place du geste est toujours aussi importante. Quand nous avons en Allemagne une culture du consensus, il y a, ici, une culture de la confrontation. Les grands projets allemands ne sont en aucune façon des réussites. Ils se sont construits principalement sur la base de compromis.

En France, le pouvoir est égocentrique ce qui permet l’existence d’une certaine radicalité. La France tient ses projets jusqu’au bout ou presque, alors qu’en Allemagne, ils sont purement et simplement abandonnés dès que le budget est dépassé. Le projet de Peter Zumthor à Berlin, 'Topographie de la Terreur', a fait, pour des raisons de coûts, scandale et n’a jamais été, in fine, réalisé.

04(@AngieD)_S.jpgQu’en est-il du projet de l’Elbphilharmonie aujourd’hui en chantier à Hambourg et dont le coût de construction a considérablement augmenté ?

L’Etat n’est pas engagé dans le processus. Ce sont des fonds privés qui portent l’opération. L’Allemagne n’a pas une politique de grands projets, sauf à considérer les constructions nécessaires à la réunification. Mais il s’agit d’une autre histoire.

Quelle est la place du secteur privé en Allemagne ?

Beaucoup de projets naissent de l’initiative privée en Allemagne et désormais de l’auto-promotion. L’architecte y assume un double rôle : concepteur et médiateur. Le quartier Vauban à Fribourg a joué un rôle fondamental dans ce processus. Aujourd’hui, l’auto-promotion représente environ 10% du marché immobilier.

L’architecte est donc à l’initiative du projet et, en conséquence, se montre beaucoup moins en attente de la commande. Les citoyens, de leur côté, s’inscrivent dans un mouvement prospectif. Il faut sans doute déceler dans cette évolution la responsabilité que chacun éprouve vis-à-vis de la société.

Quelle relation entretient l’architecte allemand avec la norme ?

La réglementation allemande est sévère mais rare sont ceux qui s’y opposent. Nous avons un train d’avance puisque la RT 2012 française n’est autre que l’objectif fixé en Allemagne au détour des années 2002-2003.

Cela dit, la France connait une surenchère de normes sécuritaires. La société allemande est plus souple et fait montre d’'auto-responsabilité'. L’école primaire du quartier Vauban à Fribourg n’a, par exemple, pas de clôture. Parents et enfants sont responsabilisés.

Propos recueillis par : Jean-Philippe Hugron

Réactions

steve | eleve | centre | 11-06-2015 à 08:16:00

merci de nous eclaire sur le metier d'architecte et continuez ainsi

SIDLER | architecte | ALSACE | 19-03-2014 à 17:32:00

Le titre de Diplom-Ingenieur accordé aux architectes diplômés allemand n'est en fait qu'un grade universitaire qui indique que les études d'architecture sont de même niveau académique que les études d'ingénieur. En Allemagne comme en France, les études et les diplômes d'architecte et d'ingénieur de génie civil sont clairement distincts. Dans les facultés d'architecture allemandes, les cours de construction peuvent être considérés comme plus approfondis et mieux "construits" qu'en France. Pour la construction d'un ouvrage, tout architecte allemand a recours à un "Tragwerksplaner" et un "Staticker" pour la conception de la structure et le calcul des descentes de charges.

Rob Ventury21 | 04-10-2012 à 00:26:00

Il est bien rigolo de lire que la plastique est une composante de l architecture en France ! Il y a plastique et plastique ! Qui ne sont pas du même genre ! Quand l un peut etre un moyen de recherche d une esthétique de l ouvrage, l autre ne sert qu a faire des tuyaux...et malheureusement je crois que l on a surtout recours au deuxième en matière d architecture en France !

aleske | 03-10-2011 à 14:44:00

C'est un peu dommage de se lancer dans un comparatif des pratiques de l'architecture entre France et Allemagne sans s'attarder un minimum sur la phase de programmation...

Pergame | Ile de France | 29-09-2011 à 06:56:00

Très intéressant cet article qui exprime clairement qu'il n'y a pas de situation idéale. Avantage aux allemands dans la prise en compte de la globalité du métier d'architecte (image technique économie exécution), mais avantage à la France qur le volet expression plastique ... semble-t-il. Question : y a-t-il une obligation d'être dans une stratégie de confrontation pour produire une belle architecture ? Réponse possible : oui si le budget n'est pas à la hauteur des ambitions !

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