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Cahier Spécial - Allemagne

Présentation | Memmingen, année un (28-09-2011)

Si la production allemande se montre des plus sages, l’ensemble immobilier réalisé à Memmingen, de 2007 à 2010, lequel comprend logements, commerces et théâtre, détonne par son audacieux parti mêlant radicalité et forme traditionnelle. Plus exceptionnel encore, le projet s’inscrit dans un centre historique préservé. Trint und Kreuder n’en revient toujours pas.

Bâtiments Publics | Culture | Logement collectif | Commerces et hôtels | Allemagne | Trint und Kreuder

De destruction en reconstruction, l’Allemagne connut traumatisme sur traumatisme. Memmingen, localité de Bavière, fut plus ou moins épargnée, encore que, un parking défigurait jusque récemment le centre historique.

«La décision fut prise en 2007, après un concours international réunissant une trentaine d’équipes. Nous avons été désignés lauréats en novembre ; trois semaines plus tard, nous signions le contrat ; sept mois après, le chantier débutait. Je n’ai jamais vu une telle vitesse», confie dans un français irréprochable Kay Trint, cofondateur de l’agence Trint und Kreuder.

Objectif 2010 donc. Le pari fut tenu. Il y a un an, la ville inaugurait en grande pompe l’édifice qui devait parachever son paysage urbain.

02(@TrintKreuder)_S.jpgConstruire vite est une chose. Construire vite dans un contexte historique en est une autre. «Une partie de la population aurait voulu une construction moderne radicale, un signe de notre temps», explique l’architecte.

«Ces vingt dernières années, l’architecture a trouvé un langage précis et se montre plus sensible que dans les années 70. Toutefois, depuis peu, Dubaï et la Chine, entre autres, invitent les architectes à réagir. Les projets prennent alors position dans une discussion architecturale mondiale et non locale», relève Kay Trint.

Quid du parti à adopter au coeur de Memmingen ? «Notre architecture a toujours une raison d’être», affirme l’architecte. L’agence de Cologne revendique ainsi «un droit à la modernisation». Sans doute le travail qu’elle mène sur le patrimoine industriel n’y est pas étranger.

«Il est important de ne pas faire une architecture bruyante et de retrouver des éléments caractéristiques du site», dit-il.

Contextuel ? «Beaucoup parlent de contexte mais peu comprennent de quoi il s’agit», souligne l’architecte. De fait, l’équation nécessitait alors d’équilibrer écriture radicale et reconstitution d’un passé révolu.

03(@TrintKreuder).jpg«Nous avons gagné le concours car nous avons, à mon avis, proposé des toitures en pente», indique l’architecte. Si le projet ne se résume pas à son faitage, celui-ci n’en demeure pas moins spécifique.

Aussi, plus que la forme elle-même, le parti urbain articulant les différents éléments du programme - logements, commerces et théâtre - réinterprète un idéal médiéval de ruelles et de placettes au point que la règle des 10 à 12 mètres de recul nécessaire n’a pas été appliquée.

Il est permis, de Paris, d’imaginer que tel projet fit débat. Il n’en fut rien. «C’est impressionnant», s’exclame Kay Trint.

L’agence fit par ailleurs preuve de discernement. «Memmingen présente une architecture traditionnelle aux façades divisées en deux parties, l’une et l’autre étant séparées par un élément horizontal», explique l’architecte.

Fort de cette observation, Trint und Kreuder réinterprète la proposition. «La vue du spectateur est fixée par les lignes. Nous avons construit jusqu’à six étages ; or, après deux étages, la ligne horizontale marque le début du toit et donne l’impression que la construction n’est pas aussi haute», note l’architecte.

04(@TrintKreuder)_S.jpgL’utilisation de la brique et d’un mortier pour homogénéiser l’ensemble participe également de l’intégration de l’édifice à son contexte. Plus encore, sa couleur. «Il reste à côté les vestiges d’un cloître, une façade de huit mètres de long à la teinte beige. Voilà l’origine de notre choix», indique Kay Trint ironisant désormais sur la restauration de la ruine qui affiche un blanc éclatant. «Cela m’a choqué !», lance-t-il.

Outre le coloris, un motif singularise la façade. «Le programme a évolué alors que le chantier était lancé. Un studio de cinéma a été abandonné et l’espace alloué a dû être reconverti en logement et en cabinet médical», indique l’architecte. Les percements ne pouvaient être les mêmes, il fallut en somme combler des parties de façades pourtant prévues pour être vitrées.

«Nous avons créé des panneaux d’aluminium sur lesquels nous avons proposé un motif révélant l’histoire du site», précise-t-il. Le dessin est issu d’une combinaison. L’image d’un filet de pêcheur, symbole du Fischertag, la fête des pêcheurs, se mêle à celle plus florale d’une enluminure retrouvée dans un livre ancien.

Le processus, aussi rapide fut-il, n’a pas été sans rebondissement. Un an après le début du chantier, la maîtrise d’ouvrage privée qui partageait le projet avec la mairie a acheté un terrain jouxtant l’opération, laquelle s’est trouvée de fait agrandie d’un troisième bâtiment de logements.

L’histoire urbaine perdure et Memmingen trouve dorénavant en l’architecture contextuelle de Trint und Kreuder un nouveau motif de fierté.

Jean-Philippe Hugron

05(@TrintKreuder)_S.jpg

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