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Jordanie | L'arc, une invention arabe ? La mélancolie de Mouaz Alalousi, architecte irakien (12-10-2011)

Le 15 mai 2011, dans les colonnes de Al Hayat, quotidien arabe fondé en 1946 et possédant aujourd’hui des bureaux à Londres, Paris, Beyrouth et en Arabie Saoudite, le journaliste Ali Abd El Amir, basé à Amman (Jordanie), rapporte sa rencontre avec l’architecte irakien Mouaz Alalousi. Bagdad, Beyrouth, Nicosie : itinéraire d’un architecte au croisement de conflits contemporains.

Amman | Mouaz Alalousi

L’ARCHITECTE IRAKIEN MOUAZ ALALOUSI : PEU D’ESPOIR... BEAUCOUP DE NOSTALGIE
Ali Abd El Amir | Al Hayat

AMMAN - Malgré sa griffe présente dans les rues de son pays et de sa ville, qui jouxte Bagdad, où il a conçu et érigé de nombreux bâtiments, d’aucuns perçoivent chez l’architecte irakien Mouaz Alalousi un discours prêt à tourner une page entièrement consacrée à une douloureuse nostalgie.

Après plusieurs projets d’aménagements réalisés dans son pays, cet artiste et architecte irakien est aujourd’hui prêt à quitter la nation qui l’a vu naître. Il a même mis sa maison personnelle en vente pour se consacrer à ses déplacements entre Beyrouth et Nicosie (Chypre), où il exerce depuis plus de trente ans. Beyrouth, où il a exercé dans les années soixante-dix en tant qu’artiste, photographe et peintre et Nicosie où il vit et travaille aujourd’hui.

Mouaz Alalousi est né en 1938 dans un quartier historique de Bagdad et a gardé un lien spirituel avec certains lieux de la ville. Il a entamé ses études à l’université turque 'AlShark Al Awsat' d’Ankara (Turquie) pour rentrer chez lui en 1961 après plusieurs séjours professionnels qui l’ont conduit simultanément en Italie et en Allemagne.

Dès son retour au pays, il a participé au «chantier du renouveau architectural et culturel», lancé par le «Bureau irakien de consultations» (un organisme d’Etat) dont le mandataire était l’une des figures architecturales irakiennes les plus connues de son époque, l’architecte Rifaat AlJardini. Cependant, Alalousi a quitté le pays, en 1974, pour fonder un bureau d’études à Beyrouth puis un autre à Chypre.

02(@jamesgordon6108)_S.jpgMalgré ses allers-retours, tout en gardant ses distances avec le régime de l’époque et une doctrine qui, selon lui, propulsait le pays vers l’abîme, son esprit est resté à Bagdad. Ainsi, son architecture est un mélange de modernité et de patrimoine où il a pu imposer son style personnel. Citons l’arc qu’il a conçu et qu’on retrouve dans plusieurs de ses oeuvres, une référence en matière d’architecture moderne qui a poussé le grand critique Jabra Ibrahim Jabra à écrire : «Le fait que cet artiste soit un architecte arabe confère au sujet une attention particulière, l’architecture arabe étant associée dans l’inconscient des gens avec l’architecture des arcs jusqu’à ce qu’on se demande : 'l’arc, ne serait-ce pas une invention arabe ?'».

Ce qui reste comme une «mélodie» d’une grande pureté est la demeure personnelle de cet architecte, laquelle se trouve dans l’un des quartiers les plus populaires de la ville donnant sur le Tigre. Là, l’intérieur est à l’image de la maison irakienne ancestrale : un patio accueillant, ici joint à un concept plus contemporain et moderne, en harmonie avec son environnement paysager et le site géographique et un concept social avec une vue directe sur les pêcheurs et leurs bateaux. Une situation unique qui permet de voir autant le lever et le coucher du soleil que les scènes de vie environnantes.

Baptisée 'la maison cubique' en raison de ses formes géométriques, la propriété était un exemple d’ouverture sociale et culturelle vers le monde extérieur. La route qui mène à la maison rejoint les quartiers les plus populaires mais se trouve au coeur de deux entités en conflit, ce qui rend son propriétaire plus chagrin que jamais. «Même ceux qui ont posé les barrières en béton étaient perplexes et ne savaient plus comment faire pour inscrire des lignes séparatrices entre les communautés en conflit ; avant ma maison ou après, c’était appartenir à l’un ou à l’autre des camps», dit-il.

Tout ceci marque l’architecte d’une grande tristesse, ce pourquoi il voudrait vendre cette propriété, sise en «son Bagdad», pourtant, la ville même où son architecture contemporaine à caractère unique peut se trouver encore, parfois même dans les endroits les plus sensibles qui ont vu de multiples querelles entre les habitants. «Une ville unique qui dégage autant de joie qu’une belle mélancolie», dit l’architecte en parlant d’elle. Cela écrit, il continue à «courtiser» sa ville à travers plusieurs réalisations telles des écoles et des hôpitaux, sa façon de participer au retour de la culture et de la santé.

C’est ici que l’architecte se reconnecte avec sa manière de dessiner : s’il lui est difficile de montrer ses sentiments, il enveloppe ce malaise par la tendresse et le raffinement. Il retrouve ainsi son style artistique qui l’a toujours accompagné et a marqué ses diverses expositions (des années 90) de Beyrouth à Nicosie. Ses difficultés personnelles et celles de son pays se mêlent ainsi à ses sentiments et ses analyses de la situation.

03(@jamesgordon6108)_B.jpgL’histoire de Beyrouth influence cependant l’architecte autant que l’histoire de Bagdad. Il s’installe au Liban l’année où éclate la guerre civile. Il choisit pourtant d’y rester. Il y a exercé en tant qu’artiste et architecte, refusant d’importantes opportunités de résider dans plusieurs pays du golfe persique qui ont accueilli son architecture et sa signature.

Citons parmi ses projets les plus connus 'Arab Bank', la banque centrale de Salalah (Oman), l’ambassade des Emirats Arabes Unis ainsi que l’ambassade du Qatar et le Centre Culturel de Salalah, tous à Oman également. A Koweït, il a réalisé une banque, une imprimerie ainsi que le centre des études financières du pays en plus de l’ambassade de Koweït à Bahreïn.

Il trouvait dans la capitale libanaise, dit-il, cet acharnement culturel essentiel qu’il avait perdu à Bagdad. Actuellement, il écrit un livre sur sa ville natale et cet épisode douloureux de sa vie où il raconte, comme dans un conte, les gens, leur culture, les lieux populaires de sa ville natale.

Aujourd’hui, un seul regard sur les arcs de ses constructions (à l’image des arcs qui ornent les deux côtés de la rue Haïfa de Bagdad) suffit à confirmer un style personnel qui traduit son appartenance au lieu et à son histoire. Et l’architecte d’expliquer que «les Babyloniens et les Assyriens ont utilisé les arcs et leur ont donné une importance structurelle et ces populations ont fondé des civilisations, l’une après l’autre, dans les grandes villes qu’ils ont créées sur les rives du Tigre et de l’Euphrate».

Voici l’autre preuve que les arcs que fascinent Mouaz Alalousi ne sont, en son for intérieur, que la mémoire de son pays. «C’est le retour aux sources», dit-il.

Ali Abd El Amir | Al Hayat | Jordanie
15-05-2011
Adapté par : Sipane Hoh

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