La French Touch remet le couvert. Après 'Kama Sutra 1', sur les rapports entre architecture et patrimoine, l’exposition 'Kama Sutra 2', toujours à la Maison de l’architecture en Ile-de-France, porte sur les liens entre architecture et espace public. Visible et lisible, 'Kama Sutra 2' laisse néanmoins sur sa faim l’amateur de sous-titres... et oublie le flâneur.
Jeudi 12 octobre 2011, Maison de l’architecture en Ile-de-France. Visite de presse en compagnie de trois des commissaires (David Trottin, Gaëlle Hamonic et Philippe Croisier) de l’exposition 'Kama Sutra 2', ouvrant ses portes au public du 13 octobre au 12 novembre 2011.
Partant du postulat que le projet architectural comprend l’échelle urbaine et qu’il est à même de fabriquer des espaces publics spécifiques et polyvalents, de fait innovants, 'Kama Sutra 2' offre un lointain écho à l’exposition 'Medellín, urbanismo social'. Organisée au Pavillon de l’Arsenal jusqu’au 23 octobre 2011, celle-là conte la métamorphose d’une métropole colombienne sous l’impulsion du concept de 'projet urbain intégral'.
Cela souligné, les deux expositions diffèrent en tous points. A l’une, 'Kama Sutra 2', les panneaux suspendus, recette éprouvée lors du premier opus, appellent à la déambulation entre images plein la vue et textes concis. A l’autre, diagrammes et textes en veux-tu en voilà phagocytent des photos au format de vignettes.
A l’une, donc, une mise en forme plus accessible, à l’autre une scénographie plus laborieuse ; le catalogue de l’expo sur Medellín sera en revanche, sans doute, plus riche.
«Nous ne faisons que lancer des pistes de réflexion», soulignent les commissaires de 'Kama Sutra 2'. A ce titre, mission accomplie. Clarté et sens de la formule, les textes, sur et sous-titres illustrant les images - et non l’inverse - laissent le soin au public de formuler ses propres interrogations. Pour autant, au fur et à mesure que les commissaires présentent leurs intentions, il est permis de regretter justement l’absence de documents précisant leurs propos.
Cinquante panneaux pour cinquante espaces publics atypiques générés par l’architecture. «Nous n’avons pas cherché la perle rare». En clair, l’amateur y reconnaîtra la plupart des projets, parmi lesquels le volcan du Centre Culturel d’Oscar Niemeyer au Havre côtoie l’envoûtante 'île sur la rivière' de Vito Acconci à Graz.
Reproche sera sans doute adressé d’avoir fait le choix de projets vus et revus. Ce serait oublier le grand public - puisque la Maison de l’Architecture vise autant 'le néophyte', dixit le communiqué de presse, que l’initié -. Et puis, regarder, n’est-ce pas revoir ? L’exposition offre bien un nouvel éclairage... même si à la bougie.
Cinquante projets, au moins autant de pistes d’innovation. «Soyons prospectifs !», lance David Trottin. «Après la ville traditionnelle, le mouvement moderne a fait de l’espace public un enjeu politique, sans propriétaire», résument les commissaires. Bref, fi de l’espace public indéfini, distinct du cadre bâti ; l’heure est à la réinvention «de la relation entre architecture - l’espace habité - et l’espace public-partagé».
Les commissaires appellent à remédier à «ces espaces passants et uniquement passants» ainsi qu’à une vision sécuritaire de l’espace urbain pour tendre vers «des espaces ludiques et polyfonctionnels, marqués comme tels».
Les pentes en bois du parc de Belleville signées Base offrent une belle illustration, ainsi que le souligne Philippe Croisier, d’une «gestion du risque personnalisée». De l’hygiénisme à la responsabilisation via l’innovation.
«L’exemple est rare en France». D’où la prédominance de projets étrangers parmi les panneaux. «Il existe des niches mais le tissu urbain français est très pauvre», assurent les commissaires. «Boulogne ? C’est le niveau zéro de la pensée prospective». La refonte de la place de la République ? «Une banalité incroyable», assène David Trottin.
Mais là où l’architecte voit «des codes français ringards», d’aucuns peuvent considérer, «dans ces espaces réduits à boire un café et pousser des poussettes», ce qu’ils offrent en liberté de flâner.
«Si cela vous suffit...».
Non, non, les perspectives haussmanniennes ne suffisent pas ; ni emprunter le vélib' pour les parcourir.
Oui à d’autres positions que celle du pas à pas. Ainsi, d’imaginer la multiplication de librairies en plein air telle celle de Karo et Eling Saalman à Magdeburg. Les commissaires le soulignent, l’évolution vers des espaces publics polyfonctionnels semble inéluctable vu l’évolution des modes de communication. Le wi-fi change les formes de nos villes et nos coeurs de mortels ne le regrettent pas.
Mais, aux espaces publics bouillonnants d’usages, quels espaces de flânerie ? Face à l’hyperactivité contemporaine, pourquoi pas la méditation dans des espaces n’appelant ni à se brancher, ni à lire, ni même à rencontrer. «Juste passer, pousser une poussette», justement. Entre les niches, ne pas bouder ces passages simplement «aménagés» - le gros mot est lancé.
A ce titre, ni Paris plages ni une rampe de skate, aussi architecturale soit-elle, ne font l’affaire. La coulée verte, les bords du canal de l’Ourcq, la place Beaubourg, etc. ne suffisent pas, certes, ces espaces n’en sont pas moins nécessaires.
'Kama Sutra 2' ? Oui, allez-y flâner...
Emmanuelle Borne
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francis gouda | 19-10-2011 à 21:01:00
Toujours aussi gonflées, les chevilles...
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