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Etats-Unis | De Lucy à Steve Jobs ou de l'outil à l'ordi (26-10-2011)

Dans un article paru le 11 octobre 2011 dans The New Republic, Sarah Williams Goldhagen, la critique d'architecture du magazine américain, explique ce qui a fait le succès des créations de feu Steve Jobs. Selon elle, si les fans d’Apple portent une affection toute particulière aux produits de la marque, c’est en vertu du besoin inhérent à la nature humaine d’interagir avec les objets.

Design | Etats-Unis

COMMENT STEVE JOBS A TRANSFORME LE DESIGN EN BESOIN
Sarah Williams Goldhagen | The New Republic

WASHINGTON - Même le 'génie' de l’Apple store de votre quartier concède que votre argent achète bien plus de puissance informatique avec un PC. iTunes exaspère en multipliant les pépins et n’est pas aisé à la navigation. L’iPod est si délicat qu’il se casse, apparemment au moindre éternuement.

Alors qu’est-ce qui explique ce monde en deuil, éploré d’admiration, lors du décès de Steve Jobs la semaine dernière à l’âge de 56 ans ? Peut-être que les Américains, souffrant des aléas de l’économie et du pathétique spectacle d’un système politique arrivé dans une impasse, ont trouvé dans la personnalité de Steve Jobs (iconoclaste, tenace et charismatique) ainsi que dans son histoire personnelle (bel homme, modeste à ses débuts pour finir avec une fortune colossale) une terre fertile pour un héros consensuel.

Pour autant, la contribution de Steve Jobs ne réside peut-être pas tant dans son histoire personnelle, ni dans ses inventions technologiques ni dans aucun des produits Apple, mais dans le fait qu’il a conféré au design une importance indiscutable, non pas en tant que valeur commerciale mais en tant que besoin essentiel.

Steve Jobs sut tôt reconnaître que les ordinateurs étaient des machines intimidantes faisant la joie des seuls passionnés et que le design pouvait les rendre abordables pour le quidam. Cela fut bien sûr souvent souligné et applaudi. Mais ce n’est pas tout. Il est important de comprendre en quoi le design d’Apple a fait des produits de la marque les objets d’affection qu’ils sont devenus.

Talent artistique et obsession du détail ne suffisent pas à créer un design 'hallucinant'. Le design des produits Apple les transforme de machines faites par l’homme en objets d’affection. Que Steve Jobs en ait été conscient ou non, les produits Apple font appel à des prédispositions psychologiques ayant trait à la façon dont les êtres humain réagissent aux objets composant leur environnement. Telle est la leçon cachée du succès d’Apple et de Steve Jobs.

Regarder un écran pixelisé n’engage pas à nouer une relation avec son ordinateur. La première réussite de Steve Jobs, lors de la sortie du Macintosh en 1984 ? La souris. Apple n’a pas inventé la souris liée à l’ordinateur personnel, c’est Xerox qui l’a fait. Mais Steve Jobs a simplifié la souris, l’a rendue plaisante au toucher et facile à manipuler, ronde et mignonne.

02(@raneko).jpgLes êtres humains, issus de l’évolution, sont par essence des manipulateurs d’objets. D’une façon ou d'une autre, Steve Jobs savait que, pour être attiré par un ordinateur, le quidam a besoin d’un outil à manipuler selon des schémas sensoriels et tactiles préétablis et familiers, d’interaction avec les objets de son environnement. Avec la souris, plus besoin de faire usage des touches 'flèches' du clavier pour se diriger dans un texte. Il suffit de cliquer ci et là de la même façon que, dans le processus d’écriture, un stylo bouge sur une feuille de papier.

Sans doute le succès du premier Macintosh a-t-il encouragé Steve Jobs à persévérer sur la voie du design au service du corps et de l’esprit humain. Avec la souris, Steve Jobs a démontré sa compréhension des habitudes humaines en terme de manipulation d’objets. Cette compréhension mena au développement d’ordinateurs, d’iPods et d’iPhones fins, aux angles ronds, autant de machines qui ne sont pas pénibles à porter mais en revanche agréables à tenir en main.

Avec le design des ordinateurs Mac, Steve Jobs a illustré sa compréhension de la propension humaine à l’animisme. Paola Antonelli, commissaire en chef du design au MOMA à New York, décrit son premier Macintosh, en 1990, comme un «petit chiot [la] regardant». «Ce n’était pas simplement un objet de travail ; il me tenait compagnie», dit-elle.

03(@bgreenlee)_S.jpgLes gens décrivent régulièrement leurs objets Apple, Macs ou iPads comme des amis. En 1998, l’iMac combinait simplicité d’usage avec design anthropomorphique. Les angles arrondis de l’écran forme un visage (la fente de la disquette une bouche). L’aspect général de l’iMac rappelle une tête humaine - pas une tête connue, mais la façon dont nous appréhendons les têtes humaines, composées d’un visage bien plus présent dans notre imagination que l’arrière du crâne -.

Même le logo de la société, une pomme entamée, appelle à l’interaction avec un objet. Presque tout le monde a déjà mordu dans une pomme - ainsi que l’illustre les nombreuses pommes, en partie consommées, déposées devant les boutiques Apple ces derniers jours pour commémorer la mémoire de Steve Jobs -.

Cet aspect (le design), certes couplé à d’autres qualités des produits Apple, n’est pas la seule conception d’un emballage extérieur. Il est le produit. Que les ventes n’en finissent pas de grimper nous dit de l’importance que les gens confèrent, sciemment ou non, au design - notamment au design interpellant la nature profonde de nos corps et de nos esprits -.

Sarah Williams Goldhagen | The New Republic | USA
11-10-2011
Adapté par : Emmanuelle Borne

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