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Cahier Spécial - En direct de Batimat - Jeudi 10 novembre

Actualité | La pierre de taille massive, un matériau d'avenir ? (10-11-2011)

Parmi les architectes invités au salon, Batimat accueille Laurent Lehmann, cofondateur de l’agence Eliet&Lehmann, laquelle a récemment livré deux projets faisant la part belle à la pierre de taille massive. Un matériau peu employé et pour cause : sa filière n’est pas encore organisée.

Batimat | Pierre | France | Eliet & Lehmann

Les architectes invoquant la pierre massive dans leurs projets sont peu nombreux. Outre Gilles Perraudin, faisant à ce titre figure de chef de file, l’agence Eliet&Lehmann a notamment livré, en 2010, deux opérations en partie en pierre de taille massive, l’une composée de 50 logements à Hérouville Saint-Clair (14), l’autre de 16 logements à Bry-sur-Marne (94).

«Après guerre, le monde de la construction fut réorganisé en France autour de la filière béton. Jusqu’alors matériau de prédilection, la pierre massive a alors disparu du paysage, à l’exception de projets conduits par de petits promoteurs réalisant dans l’anonymat un ou deux projets par an», souligne Laurent Lehmann.

Outre cette explication historique, il avance une raison «culturelle» à la pénurie de projets d’envergure en pierre de taille. «Architectes et étudiants en architecture ne sont pas formés à la question constructive et encore moins à l’utilisation de la pierre. En fait, les écoles qui s’intéressent à la construction se préoccupent davantage des matériaux dits HQE, tel le bois».

Apparemment simple à mettre en oeuvre en ce sens qu’il s’agit d’empiler des modules les uns sur les autres, la pierre est néanmoins, selon Laurent Lehmann, «un sujet compliqué nécessitant la maitrise d’un certain nombre de savoir-faire qui ne sont pas faciles à acquérir car les producteurs sont éclatés sur le territoire en unités de productions quasi-familiales». Selon les carrières - qu’elles soient souterraines ou aériennes - et également selon leur mode d’extraction - qui conditionne notamment la taille des blocs -, chaque pierre possède ses propres caractéristiques.

Ce déficit de connaissances constitue donc, selon l’architecte, le principal obstacle à la multiplication de bâtiments collectifs en pierre.

De souligner néanmoins l’existence du CTMNC (Centre Technique de Matériaux Naturels de Construction), doté d’un département dédié à la pierre naturelle, ainsi que la revue Pierre Actual, «rédigée dans la banlieue lyonnaise par des passionnés».

«Mais c’est à peu près tout».

Bref, «pour convaincre un bureau de contrôle ou un maître d’ouvrage, il faut des informations techniques et les récolter implique un énorme travail». En d’autres termes, le déficit en matière d’information ainsi que l’absence de représentation, c’est-à-dire d’une filière organisée, ne rend pas l’emploi de la pierre par les architectes chose aisée.

02(@Eliet-Lehmann)_B.jpg«Nous nous y sommes intéressés à l’occasion de l’opération à Hérouville Saint-Clair, pour laquelle nous avions imaginé trois variantes : l’une en pierre agrafée, une deuxième en pierre autoporteuse et la troisième en pierre massive», poursuit Laurent Lehmann.

Contre toute attente, ce fut la pierre massive qui s’est avérée la variante la moins onéreuse car elle ne nécessite qu’une seule intervention.

En fait, «la compréhension du processus d’extraction et de transformation est une des clés de l’économie de la mise en oeuvre», précise Laurent Lehmann. Ainsi, «plus vous collez à la capacité de dimensionnement, plus le calepinage de façade correspond à la hauteur des blocs extraits, moins il y a de chutes, moins c’est cher», explique-t-il.

De préciser que l’opération en question est mixte, composée de pierre mais aussi de béton.

Reste que 50 logements et 55 places de parking pour 1.070 euros/m² SHON est effectivement «un tour de force». «Par rapport à un béton en voile porteur périphérique, le surcoût lié à la pierre n’est que de 2 et 5% », assure Laurent Lehmann.

Lequel rend hommage à l’architecte Gilles Perraudin «qui a fait ressortir la pierre de son anonymat depuis environ dix ans». Chais ou maisons individuelles notamment, «il y a dans le sud de jeunes architectes qui font des projets en pierre de taille massive et certaines carrières redoublent d’activité».

03(@Eliet-Lehmann).jpgPlus précisément, «sous l’impératif énergétique, le monde de la construction s’ouvre à d’autres matériaux et modes constructifs que le béton». Parmi lesquels la pierre, dont la durabilité est indiscutable. «Quant à ses qualités environnementales, il suffit de la couper. Pour le transport, l’idéal est de la mettre en oeuvre à proximité d’une carrière et, ainsi, les dépenses en CO2 sont quasi nulles». De noter enfin que le matériau est ré-employable.

Concernant ses qualités structurelles, «la résistance à la compression n’est pas très éloignée de celle du béton, de l’ordre de 25MP».

Quant aux qualités thermiques du matériau, le sujet fait débat. «Gilles Perraudin défend une mise en oeuvre massive sans isolant avec des murs de 60 centimètres». Ce qui implique un coût certain. Tel que mis en oeuvre par Eliet&Lehmann à Bry-sur-Marne, sur 25 centimètres d’épaisseur, «nous utilisons sa résistance à la compression mais pas ses qualités en matière d’inertie thermique». Isolants et rupteurs de ponts thermiques complètent donc l’ensemble.

«Cet aspect thermique est l’une des difficultés de la mise en oeuvre du matériau. Il est certain que nous devons trouver d’autres solutions que les rupteurs de ponts thermiques et nous y travaillons».

Enfin, Laurent Lehmann met l’accent sur les qualités plastiques du matériau. «Même les bâtiments les plus simples restent beaux car ils nous parlent de masse, de gravité et ils accrochent la lumière».

Sans être exclusifs, l’architecte et son associé comptent continuer à invoquer la pierre par amour pour ces matériaux dotés d’une véritable matérialité. «La pierre correspond à notre école de pensée».

Emmanuelle Borne

04(@Eliet-Lehmann)_B.jpg

Réactions

savoie | tailleur de pierre | savoie | 16-11-2011 à 21:52:00

bonjour..
en tant que tailleur de pierre, je crois tout a fait a la construction en pierre massive. écologiquement nous allons nous y retrouver, en ce qui concerne la qualité visuelle du bati, qu'il soit individuelle ou collectif nous pourrons parler intégration.
pour moi la priorité aujourd'hui est de sensibiliser les écoles et centre de formation pour les nouvelles génération.

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