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Portrait | Obsessions / Situation : l'agence Chartier / Dalix en filature (25-10-2010)

Emancipation récompensée. Le Prix de la Première Oeuvre 2009 distingue la jeune agence parisienne crée en 2006 par Frédéric Chartier et Pascale Dalix pour son boulodrome à Meaux (77). Le couple d'architectes revient sur l'histoire récente, déjà riche, d'une association les ayant conduits sur les traces de l'efficacité et de l'expérimentation. Portrait.

Première Oeuvre | France | Chartier / Dalix

Se présenter. L'exercice vis-à-vis de la presse est devenu un rituel, le Prix de la Première Oeuvre ayant porté un coup de projecteur sur la jeune agence Chartier / Dalix. "Nous sommes allés, hier encore, faire visiter le boulodrome", raconte Frédéric Chartier. Le lamento oculaire est visible, les orbites dénoncent encore et toujours ce même trajet, direction Meaux. En somme, la rançon de la gloire.

Alors qui sont-ils ? L'éclairage médiatique entraîne une forme d'accoutumance. Qui sont-ils donc ? La réponse est désormais presque mécanique et déroule les atours d'un rapide curriculum vitae. Stop. Stop. Stop. Qui êtes-vous ?

Chronologie redessinée en trois bébés.

"Avec Pascale [Dalix], nous nous sommes rencontrés en première année d'architecture. Nous étions à Paris Villemin et nous travaillions dans le même studio. Nous avons ensuite cheminé ensemble à l'école" disent-ils ; il sera diplômé en 2001 à Paris-Malaquais, elle en même temps à Paris-Villemin. Leurs centres d'intérêts respectifs auraient pu séparer le couple alors que l'une privilégiait sa réflexion sur l'Asie du Sud-Est quand le second rêvait de Berlin et de son dynamisme architectural. "Ma mère étant professeur d'allemand, il m'était plus facile encore de porter mon regard à l'est du Rhin. A l'époque, en 98-99, Berlin était une ville en chantier. J'ai travaillé dans une petite agence et par là même je pouvais voir mes amis de la Technische Universität", dit-il.

Frédéric Chartier arpentait les artères de la jeune capitale allemande (s'il est permis de l'écrire ainsi) quand Pascale Dalix était à l'autre bout du monde, au Laos. "Nous nous sommes retrouvés pour le diplôme. Nous nous entraidions pour nos projets respectifs", se remémorent-il. DPLG en juillet, six mois plus tard une place à l'agence de Dominique Perrault. Premier bébé.

"Nous avions alors envie de travailler en Chine, nous cherchions tous les moyens pour partir. L'agence Arte Charpentier embauchait. Un couple d'architectes était pour eux une opportunité", se souvient Frédéric. La peur de la grippe et du SRAS, la crainte pour la santé du petit ont mis à mal l'ambition extrême orientale du couple. L'eldorado chinois n'est jamais aussi accueillant qu'en carte postale.

Frédéric Chartier avait parallèlement envoyé des candidatures un peu partout dont une chez Herzog et de Meuron qui retint leur attention. Sept heures de voyage aller. Un entretien de quelques dizaines de minutes. Sept heures de voyage retour. Affaire conclue, direction Bâle. "C'était moins glamour et exotique que la Chine", confie Frédéric. "Mais l'agence Herzog et de Meuron est un mythe". Epanouissement. Deuxième bébé.

02(@Janand)_B.jpg"J'avais l'impression de revenir à l'école. Herzog et de Meuron font de la recherche et ils s'en donnent les moyens notamment à travers la production de maquettes d'échelles diverses aux matériaux variés. Pendant deux ans, j'ai autant exploré pour eux que pour moi-même", raconte Frédéric. "J'ai appris l'efficacité avec Dominique Perrault, l'expérimentation avec Herzog et de Meuron", résume-t-il. Pendant ce temps là, après un DEA mutations architecturales et urbaines (Université Paris VIII), Pascale Dalix est souvent à Paris.

Aussi enrichissantes puissent être ces expériences, Frédéric Chartier quitte pourtant l'agence bâloise. "J'avais envie avec Pascale, qui travaillait alors de l'autre côté de la frontière, de mener un projet commun pour nous-mêmes. J'avais également envie de réfléchir à la petite échelle". A force de travailler sur l'exceptionnel, de gratte-ciel en musée, de Vienne à Metz, les échelles plus modestes ont des atours de jeunes premières et la fraîcheur des débutantes.

Le duo fomente alors son retour à Paris. "Nous avions repéré des concours, sur CyberArchi d'ailleurs. Nous avons ainsi été lauréat de 'Petite Machine à Habiter' et nous avons été nominés au 'concours privé' organisé par Plan01*", se souvient Frédéric. Gagner des concours d'idées signifie souvent qu'il est temps de partir !

De retour à la capitale, les passages en agence se succèdent. Puis, nouvelle récompense. La salle verticale des pas perdus surprend le jury de la consultation internationale pour le Tribunal de Grande Instance de Paris** et vaut à Frédéric Chartier et Pascale Dalix une mention. Enfin, une première intervention concrète : la réalisation d'une extension de salle de classe près de Fontainebleau. De là débute une série de projets. Troisième enfant.

03(@ChartierDalix)_S.jpgAvec l'assurance, bien qu'elle ne soit jamais acquise, le parti architectural s'affine. "Nous essayons d'avoir une attitude critique sur le programme et le site. L'analyse a pour but d'extraire l'essence du projet". A la question du style, Frédéric Chartier reprend : "Nos projets sont tous différents. Je n'ai pas d'appréhension sur le style. A partir d'un sujet, nous menons une recherche. Je n'ai aucune envie d'appliquer quelque chose a priori. Nous développons nos idées à partir d'un endroit et d'un moment", résume-t-il comme tout bon architecte qui se respecte.

Sauf que la question du style amène à réfléchir sur un positionnement. "J'aime bien le changement ; j'ai commencé à faire de l'architecture dans ces grandes agences en étant 'monsieur concours'. Cette expérience explique sans doute mon goût pour les moments de création", offre Frédéric Chartier.

De continuer alors sur l'architecture comme écriture. Il défend ainsi ses obsessions passagères, qu'il explique notamment par ses lectures. L'occasion d'évoquer un concours récemment remporté avec Avenier et Cornejo Architectes pour la RIVP, un Foyer de jeunes travailleurs et crèche de 60 berceaux à Paris dans le 20ème arrondissement. "Je coupe un bâtiment en deux. Je lis Ballard. IGH. Le centre commercial, au milieu du gratte-ciel, est l'endroit de toutes les batailles. Ces images me marquent. Mais je ne me sens aucunement obligé de tout raconter". Le mystère s'entretient.

Le moment est tout trouvé d'évoquer un goût prononcé pour le polar américain, avec Dashiell Hammett en héraut. "Tout est dans l'action. Le style est précis. En quelques mots, la rue est décrite... Peut-être comme en architecture", pense-t-il tout haut. "Expliquer l'architecture en quelques mots, c'est plutôt pas mal", offre-t-il. Agence Pinkerton, un joli nom pour une agence d'archi.

Bref, à l'opposé d'une architecture bavarde, Frédéric Chartier prône l'efficacité des idées plus qu'une position artistique. "Je crois en une architecture de la référence sans pour autant tomber dans la doctrine. J'aime me saisir du site et du temps. Il y a suffisamment d'éléments à prendre dans chaque situation", dit-il.

Il revendique alors ce qu'il nomme "une architecture de situation". La porte de la salle de réunion s'entr'ouvre. Pascale Dalix revient après s'être absentée.

Frédéric : "Nous parlions du style"
Pascale : "Ce serait pas mal d'avoir une écriture"
Frédéric : "Une écriture ? C'est très Beaux-Arts..."
Pacale : "C'est vrai... Nous avons plutôt des obsessions..."

Le débat était lancé, mais l'entente refait vite surface. L'obsession.

04(@ChartierDalix).jpgLe duo ne se réclame donc d'aucune école, d'aucune idéologie. A l'inverse, il se réfère volontiers à une French Touch. L'annuel optimiste n'est (n'était ?) pas sans regarder avec attention l'activité de la jeune agence et vice versa. Un grand écart polémique que ces jeunes lauréats de la Première Oeuvre se refusent à pratiquer.

Famille à la ville et couple à la scène, le duo interpelle. "Si nous ne travaillions pas ensemble, nous ne passerions jamais de temps ensemble. Il y a un côté humain intéressant mais il est vrai que l'architecture est si 'addictive' qu'elle donne parfois le vertige".

Vertige de la situation, vertige de l'obsession, Chartier / Dalix construit sa vision de l'architecture.

Jean-Philippe Hugron

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 10 février 2010.

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