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Chronique | En Finlande, Eco-Viikki, un quartier durable, une communauté urbaine (17-11-2011)

Othman Mikou est étudiant en 3e année à l’ENSA Paris Val-de-Seine. Son projet 2011/2012 consiste en un périple au travers de 19 pays en 10 mois afin d’études d’architectures, que ces dernières soient symboliques, vernaculaires ou contemporaines. Le Courrier de l’Architecte publiera ces chroniques de voyage. Episode 1 : l’arrivée en Finlande.

Vie étudiante | Helsinki

La visite de l’un des premiers écoquartiers donne un aperçu de l’impact du développement durable dans l’urbanisme. Conçu il y a dix ans à Helsinki, Eco-Viikki a changé la vie de ses résidents en initiant un comportement communautaire et éco-responsable par le biais de dispositifs urbains et paysagers.

Culture maraîchère, partage d’espaces communs et utilisation de l’énergie solaire font-ils de ce village urbain un modèle d’écoquartiers pour demain ?

Un quartier conçu de manière expérimentale

Situé dans la banlieue nord d’Helsinki autour d’une zone naturelle protégée, Eco-Viikki fut construit entre 1999 et 2004 à l’initiative du gouvernement finlandais qui voulait mettre en pratique les objectifs de développement durable pour la construction d’un quartier résidentiel.

Le site de Viikki fut choisi car il s’inscrivait déjà dans une vaste opération de planification urbaine accueillant un pôle universitaire et scientifique et des zones résidentielles.

En 1994, l’agence Hunga Hunga est lauréate du concours d’urbanisme avec un concept de la 'main verte'. Les lots régulièrement répartis sur tout le site sont entourés de vastes espaces paysagers, intégrant des espaces récréatifs et des jardins collectifs et privés.

Le quartier s’étend sur une superficie de 40 hectares et accueille quelques 1.900 résidents dans 600 logements de typologies variées allant de la maison individuelle aux logements collectifs.

Deux hôpitaux de jour, une école, un centre de formation pour professeurs et un commerce de première nécessité assurent les besoins élémentaires de la population.

02(@D.R.)_S.jpgEmploi de matériaux entièrement renouvelables

Dès le début du projet, l’accent a été mis sur l’utilisation de matériaux renouvelables pour l’aménagement et la construction des lots. Dès la phase d’aménagement, les ingénieurs ont recyclé l’argile déterrée durant la préparation du terrain en l’utilisant pour la réalisation des voies de circulation. Mélangée à la chaux et au ciment, l’argile a remplacé le gravier écrasé pour la mise en oeuvre de la partie inférieure de la couche de roulement.

Pour la construction, les aménageurs ont préconisé le bois pour la mise en oeuvre des maisons individuelles et des bâtiments sur cour. En Finlande, le bois est aussi bien employé pour la réalisation de basses constructions que pour la fabrication de revêtements de surfaces ou de mobilier dans les intérieurs de logements. Douze fois plus isolant que le béton, son utilisation est alors plus économique sur le long terme pour limiter les consommations d‘énergie pour le chauffage des pièces. Et le bois est abondant en Finlande.

03(@OthmanMikou)_S.jpgPeu de voitures et beaucoup de nature

Les concepteurs d’Eco-Viikki ont réduit au maximum la circulation lourde en n’aménageant qu’une voie de circulation principale au nord du site et trois voies secondaires au centre. Celles-ci donnent accès à des parkings aériens de faible capacité dissimulés sous des arbres ou appentis en bois. Le parking construit à Eco-Viikki a été dimensionné sur la base d'une place tous les 120m² bruts construits, ce qui est nettement inférieur au nombre usuellement prévu pour un quartier de cette capacité.

Afin de cibler les besoins réels pour le stationnement des voitures, les places de stationnement ont été vendues séparément, encourageant ainsi les résidents à utiliser le vélo ou le bus pour se déplacer.

Entre les voies, les parcelles ont été aménagées en fonction de la typologie des bâtiments construits par différents maitres d’ouvrage. Connectés par un circuit de promenade, les habitations sont espacées par des cours ou des jardins communs où chaque résident à un espace de culture maraîchère.

C’est là l’originalité de ce projet : chaque habitant dispose, selon sa surface de logement, d’un espace de culture variant de 4m² à 12m² et situé près des artères piétonnes ou sous des serres accolées aux immeubles.

L’initiative fut très bien accueillie par les résidents, quand bien même quelques-uns d’entre eux avouent ne pas cultiver «par manque de temps». Le rendement ? «La culture maraîchère ne donne pas grand-chose faute de climat approprié mais le peu que je cultive entre juin et septembre me donne un mois de pomme de terre pour mes enfants et moi», s’amuse Becke, résident depuis huit ans à Eco-Viikki.

La biodiversité ne perd pas au change de cette activité 'agricole' privée qui favorise les liens sociaux entre voisins partageant les mêmes carrés de culture.

04(@OthmanMikou).jpgUn quartier village

D’autres espaces communs confortent le contact entre les résidents. Dans chaque parcelle du quartier, les familles partagent saunas, laveries et les espaces de jeux extérieurs pour enfants. Situés dans des bâtiments sur cour et à l’intérieur des immeubles de logements, les saunas sont ouverts à tous les résidents de la parcelle qui peuvent aussi le réserver pour des utilisations privées.

Vrai lieu de détente et de sociabilité en Finlande, le sauna est usuellement intégré dans les salles de bains dans la construction des nouveaux logements. A Eco-Viikki, le partage d’un tel espace est aussi bien un moyen de gagner de la surface à l’intérieur des logements que d’encourager la communication entre voisins.

Ce dispositif de partage a créé une ambiance communautaire et les voisins se saluent. «Les systèmes de partage nous obligent à participer à la vie du quartier et à nous connaitre. Ici, discuter avec son voisin n’est pas accessoire mais utile et, après un certain temps, naturel», explique Riika, résidente trentenaire.

Des résidents ont poussé plus loin le concept de partage en instaurant un système de répartition des taches ménagères au sein du lot où ils habitent. A tour de rôle, les habitants effectuent eux-mêmes les travaux de nettoyage des espaces communs qui auparavant nécessitaient le recours à une personne extérieure et le paiement de charges locatives.

Si ce système de gestion demande encore à être rodé, cette collaboration entre voisins est source non négligeable d’économie, déjà entre 400 et 600 euros par an pour chaque foyer.

05(@HarriHakaste)_S.jpgUn concept énergique axé sur l’utilisation de l’énergie solaire

Le concept énergétique constitue le pilier principal du projet avec pour objectif la réduction de la consommation d’électricité pour le chauffage. Afin de privilégier le chauffage naturel des logements, les architectes ont réparti les lots sur l’ensemble du site suivant un axe nord/sud. Les vérandas, jardins d’hiver et loggias ont été réalisées avec vitrage bas émission afin de limiter les déperditions thermiques pendant l’hiver.

Mais la répartition urbaine des lots n’est pas suffisante pour atteindre les objectifs fixés par la ville, prônant une réduction d’un tiers de la consommation par rapport à la moyenne. Le recours à l’énergie solaire s’est donc révélé dès le départ autant une nécessité qu’une opportunité d’expérimentation.

Disposées en toiture ou sur des gardes corps sur près de 60% des constructions, les panneaux installés garantissent en moyenne annuelle la production d’un tiers des besoins énergétiques en eau chaude sanitaire (ECS).

Le système de ventilation double flux permettant une récupération de chaleur lors de l’aération des logements est un autre dispositif de réduction de consommation de chauffage. L’air aspiré depuis les pièces humides passe par un échangeur installé dans le toit qui transfère par conduction thermique la chaleur de l’air vicié. S’il est lui-même consommateur d’électricité, ce dispositif réduit cependant les habituelles déperditions de chaleurs des logements conventionnels.

06(@HarriHakaste)_B.jpgAujourd’hui

Malgré le bon fonctionnement de l’ensemble des dispositifs durables mis en place, des critiques demeurent quant au manque de mixité sociale et urbaine et au sujet de la mauvaise accessibilité du quartier.

Par ailleurs, exceptés les bâtiments hospitaliers et le centre de loisirs pour enfants, le quartier ne dispose pas d’équipements publics ou de lieux de rencontre pour les adultes et souffre d’une image de quartier dortoir.

Les logements, généralement construits pour des familles d’un à trois enfants, laissent peu de place aux célibataires et aux étudiants qui préfèrent des quartiers plus animés. De nombreux habitants se plaignent également de la mauvaise desserte du quartier par les transports publics - une seule ligne de bus -. Cela a convaincu une partie des résidents à acheter une voiture et à construire... de nouveaux parkings en bordure des voies secondaires.

Cela écrit, Eco-Viikki fait aujourd’hui en Europe figure de référence pour ce qui est de la conception d’un écoquartier. L’orientation des lots et les dispositifs de réduction de consommation d’énergie ont donné des résultats proches des objectifs fixés pour la réduction des dépenses financières et énergétiques pour chaque foyer.

La mise en place d’une culture maraîchère privée, initiative aussi éco-responsable que sociale, a reçu un large écho auprès d’autres villes européennes, comme à Stockholm où les aménageurs de l’écoquartier Hamarby Sjostad l’ont intégrée dans quelques îlots.

Enfin, par la mise en place de partage d’espaces communs, les concepteurs ont réussi leur pari de créer un esprit communautaire où voisins partagent galère et détente en se disant bonjour.

Othman Mikou

07(@D.R.)_S.jpg

Réactions

SalutFinlande | 17-11-2011 à 21:32:00

Merci pour cet article très intéressant.

Juste une petite remarque : Viikki (quartier de Helsinki) s'écrit avec deux i et deux k, Eco-Viikki de même. Les doubles voyelles suivies de doubles consonnes ne font pas peur aux finlandais ;-).

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