En ce 28 novembre, l’annonce vient d’être faite. Vanessa Larrère est désignée lauréate du Prix de la Première Oeuvre. L’assistance applaudit chaleureusement une jeune femme qui, du haut de ses 27 ans, remporte ainsi plus d’un encouragement. Sont récompensés les bureaux pour agriculteurs qu’elle a livré en 2011 à Liposthey, dans les Landes. Retour sur un projet couronné.
Un programme, des bureaux pour agriculteurs ; un matériau, le bois. La volumétrie est simple et l’écriture reprend les rythmes caractéristiques de la forêt landaise. Son architecte, de la région, se montre sensible au contexte.
«Le projet s’inscrit au coeur d’un domaine agricole familial constitué de champs et d’entrepôts disposés de manière anarchique au fil des extensions successives», explique Vanessa Larrère.
Les transformations de l’exploitation et l’ambition de développer une agriculture biologique invitaient l’architecte à penser la cohérence du site. «Au fur et à mesure des besoins, la ferme s’est agrandie de hangars plus ou moins hétérogènes. Nous voulions restructurer l’entrée et repenser les flux. Nous avons donné une nouvelle façade à l’ensemble», dit-elle.
Depuis l’autoroute, les nouveaux bureaux sont visibles. «Les poteaux sont rapprochés les uns des autres pour éveiller l’image de la forêt landaise proche et de ses grandes verticales sur des étendues illimitées. Il nous a paru intéressant de travailler la répétition. Avec la vitesse, la façade change selon un effet cinétique», indique-t-elle.
Le bois, outre la volonté de parfaire l’image de l’exploitation, s’est imposé en une suite logique dans le parcours de l’architecte. «J’avais fait un stage chez un charpentier pendant plusieurs mois», évoque-t-elle. Ce projet est donc l’opportunité de mettre en oeuvre un savoir acquis.
«Paradoxalement, la filière bois pour la construction n’est pas encore bien développée dans les Landes. Il faut dire que ce bois dégorge la résine et se révèle peu approprié. Nous avons donc utilisé des bois scandinaves», note l’architecte.
«Ce qui m’intéresse est de travailler le détail», lance la jeune lauréate. Le dessin alterne baies fixes et parties pleines, lesquelles sont des ouvrants. «Nous voulions cacher les menuiseries et ne pas avoir de cadre», dit-elle. De fait, le vitrage file sur toute la hauteur. «Nous sommes ainsi projetés vers l’extérieur», ajoute-t-elle.
Toujours dans ce souci du détail, «nous avons géré l’interface grâce à une paroi épaisse intégrant l’ensemble des rangements, passages de gaines et accès à l’usine, le tout dans un traitement unifié de panneaux», note-t-elle.
Après un passage parisien chez Samuel Delmas, Vanessa Larrère s’est installée en libéral à Toulouse où elle a fait ses études. «La ville n’a pas forcément eu la même ambition que ses rivales par le passé, il reste beaucoup à faire. La municipalité a longtemps privilégié les agences locales plus que les architectes nationaux», constate-t-elle.
C’est donc en connaissance de cause qu’elle se lance à son compte. Ce, non sans détermination. «J’ai envie de travailler en mon nom, de faire mes propres choix. Je souhaiterais, à l’avenir, m’associer avec trois ou quatre archis, des amis et, parmi eux, je suis la seule en libéral», dit-elle.
«Pour le moment, je fais tout toute seule», sourit-elle. Les plans, les estimations, les photos et même le site internet.
Le carnet de commande ne désemplit pas pour autant. En cours, la seconde oeuvre, une maison en béton cellulaire. «D’aucuns peuvent retrouver la même démarche qu’à Liposthey, celle de prendre un matériau et d’en extraire les ressources constructives afin de développer l’ensemble du projet», conclut-elle.
Jean-Philippe Hugron
V. Larrère a livré en 2011 des bureaux à Liposthey dans les Landes.
Lipo | 07-12-2011 à 21:47:00
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