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Présentation | Médiathèque Saint-Lazare : Bigoni-Mortemard sublime l'oeuvre de Baltard (07-12-2011)

Chargés de la réhabilitation de l'ancienne prison Saint-Lazare (75010), les architectes Stéphane Bigoni et Antoine Mortemard ont choisi de transformer, derrière l’enveloppe en pierre, le système porteur afin de créer des espaces généreux destinés à une médiathèque. Une troisième vie pour ce bâtiment conçu par Louis-Pierre Baltard. Et un toit-terrasse pour couronner l’opération ?

Reconversion | Culture | Bâtiments Publics | 75010 | Bigoni Mortemard Architectes

Seul témoignage d’un ensemble beaucoup plus vaste dont les origines remontent au Moyen-âge, le quadrilatère rescapé de l’ancienne prison Saint-Lazare a été édifié dans les années 1820 par Louis-Pierre Baltard, père de l’architecte des Halles. Transformé en hôpital dans les années 1930, il a perdu cette vocation à la fin des années 1990. La chapelle demeure hors programme.

Les extérieurs se présentent sous un aspect très proche de leur état d’origine. Seule la surélévation savante du bâtiment principal - l’infirmerie - est à signaler, réalisée après 1874 par l’architecte du Xe arrondissement, Edouard-Auguste Villain. Il résulte de cet exhaussement que la cour de l’ancienne prison offre une parenté sans doute non fortuite avec le projet du Couvent de la Charité de Palladio pour Venise, connu alors pour la gravure et Baltard, n’eût sans doute pas désavoué le travail de son successeur.

Les planchers, entièrement reconstruits au XXe siècle et dont la capacité portante maximale est incompatible avec l’exploitation d’une médiathèque, sont démolis. A l’intérieur de l’enveloppe de pierre se glisse une ossature collaborante en acier dotée de ses propres fondations dont le rôle est triple. Il s’agit de constituer un étaiement garantissant la stabilité de l’édifice lors des opérations de curetage, puis d’assumer de manière pérenne la confortation du bâtiment et enfin d’assurer la portance des planchers et de leur surcharge.

La reprise en sous-oeuvre des fondations de l’édifice offre l’heureuse opportunité de créer un étage de sous-sol propice à des stockages dont il serait techniquement beaucoup plus difficile d’assurer la portance dans les étages.

L’insertion de cette structure auxiliaire permet aussi l’ablation de ce qu’il reste des quatre murs de refends, dont les linéaires discontinus posent autant d’obstacles à la cohérence distributive d’un équipement où la générosité des espaces, la fluidité et les effets de transparence sont recherchés. Favorables à l’évolutivité des aménagements, ces grands plateaux unitaires obtenus grâce à une modification nécessaire du système porteur seront contenus et encadrés par ces points d’ancrages distributifs que constituent les deux cages d’escalier symétriques originales, intégralement conservées.

Sur cour, les menuiseries métalliques des années 1930 sont déposées. Historicisantes, leur dessin parasite la lecture de la façade en grand appareil (petits bois rayonnants étrangers à l’esthétique du bâtiment et évoquant davantage une orangerie). L’esprit d’une façade dominée par le principe de la superposition de loggias vues en Italie conduit à s’affranchir de la sujétion et de la géométrie des baies cintrées et à proposer des verrières qui se développeront en retrait de la façade de pierre.

Les ombres portées, la pénombre propre à cette épaisseur ménagée entre la façade et la verrière conféreront une nouvelle monumentalité à la cour de l’ancienne prison. Des rideaux extérieurs s’inspirent de l’esthétique de ces voilages de toile souple écrue, lesquels, au gré des brises et des courants d’air, enrichissent de leur voilure les façades des églises et des monastères du sud de l’Italie.

02(@Bigoni-Mortemard)_B.jpgLes combles du bâtiment principal ont aujourd’hui disparu, remplacés par une toiture terrasse d’environ 700m2. Un extraordinaire panorama à 360 degrés s’offre à quiconque accède à ce niveau. Toute velléité de restitutions de combles disparus de longue date s’efface au profit de la possibilité de rendre accessible la toiture-terrasse et d’en faire un belvédère saisissant au bénéfice des usagers de la médiathèque.

Le projet prévoit d’y implanter une construction sobre de métal et de verre. L’engravement de ce pavillon favorisant l’exploitation de cette terrasse et l’épaisseur des garde-corps minéraux permettent de minimiser l’impact visuel de cette émergence ainsi que de rendre discrète la présence d’usagers à cette altitude.

Invisible depuis les abords du bâtiment, l’ancien chemin de ronde - la rue Léon Schwartzenberg - et la cour jardin, cette addition ne sera perceptible que par un observateur placé rue du faubourg Saint-Denis. Ce n’est qu’au travers des frondaisons du square Alban Satragne et au-delà des parties hautes de la chapelle de l’ancien hôpital qu’il sera possible d’apercevoir le couronnement de l’édicule projeté.

La cour - l’ancien préau - présente à l’heure actuelle un traitement indigne de l’architecture de Baltard. Une pelouse contenue dans des bordures de béton préfabriquées est cernée d’allées revêtues de ciment, tandis que six tilleuls, dont l’analyse phytosanitaire stigmatise l’état de dépérissement, saturent l’espace visuel de la cour de leur taille disgracieuse.

Induite par l’architecture du lieu, la proposition d’aménagement s’inspire des préaux des cloîtres méditerranéens. La cour de l’ancienne prison offre un micro-climat favorable à l’acclimatation de plantes exotiques et à une métamorphose de cet ancien espace carcéral. En contrepoint d’une architecture réglée, non exempte d’une certaine austérité, une végétation luxuriante s’empare de la cour et la change en un lieu d’une sérénité à mi-chemin entre l’onirisme de la jungle vue par Douanier-Rousseau et l’univers tropical des jardins d’essais tel que le XIXe siècle s’en est montré friand.

Les arbres de haute-tige, qui entretenaient jusqu’ici un plafond végétal opaque et une regrettable pénombre tout au long de la belle saison, cèdent la place à des bouquets de palmiers émergeant d’un foisonnement d’arbustes et d’herbacées et dont les ramures diaphanes n’empêchent nullement la diffusion de la lumière.

Dans l’esprit des sentes minérales qui parcourent les grandes serres historiques de la capitale, des dalles posées telles des plaques tectoniques à même la terre végétale démultiplient les points de vue sur les curiosités botaniques.

Par l’addition de tableaux successifs et changeants où se succèdent clairières, alcôves et retranchements, les cheminements qui en résultent concourent à faire paraître le jardin plus vaste qu’il ne l’est. Librement conçus, ses tracés invitent à la déambulation, mais permettent aussi soit de circuler soit de musarder à pieds secs.

Stéphane Bigoni et Antoine Mortemard

03(@Bigoni-Mortemard)_B.jpgFiche technique

Programme : réhabilitation de l'ancienne prison Saint-Lazare à Paris Xe arrondissement (bâtiment inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques) et création d'une médiathèque
Maîtrise d'ouvrage : Ville de Paris, Direction du Patrimoine et de l'Architecture
SHON : 4.300m²
Coût : 12M€ HT
Achèvement : décembre 2013
Equipe : Alexandre Nossovski, Joachim Bakary, Julien Hosansky, Takami Nakamoto

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