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Présentation | Pour l'architecture, retour à l'âge de glace (07-12-2011)

«Ce qui m’intéressait était de développer un projet à la marge», débute Antoine Weygand. Une chambre de glace à l’Icehotel en Suède par delà le Cercle Polaire, un brin borderline, non ? «Les Suédois connaissent ça par coeur, tout a commencé il y a 20 ans», dit-il. Une tradition, peut-être, mais l’appel à un architecte français, beaucoup moins.

Commerces et hôtels | | Weygand Badani Israel

Deux pages de programme et deux cents candidatures. «N’importe qui peut répondre, même celui qui ne sait pas planter un clou», s’amuse Antoine Weygand. Alors, un architecte ?

Le projet est avant tout artistique. Il n’est, pour précision, aucunement question pour des hommes de l’art d’apporter et d’exposer leurs oeuvres ; il leur est demandé de produire une composition originale à partir de glace. Chacune vient parfaire l’une des vingt-six chambres stylisées de l’hôtel.

«J’ai regardé les catalogues présentant les réalisations passées. Souvent, l’approche était minimaliste. Nous voulions donc apporter un projet plus dessiné», explique l’architecte parisien.

02(@MoaKarlberg).jpg«Nous avons donc abordé le plan de manière architecturale. Nous avions à coeur de réaliser des documents précis, cotés», poursuit-il. Une erreur ? Le travail de la glace est souple et la maîtrise d’ouvrage n’avait que peu à faire de dessins d’exécution. La question s’évaluait davantage en terme en bloc de 2x1x0,75 mètres.

In situ, le constat est clair : impossible d’imposer un dessin précis. CQFD. «C’est de la sculpture qui offre une grande tolérance d’environ 3cm pour la glace», explique Antoine Weygand. Bref, utiliser les contraintes de mise en oeuvre pour les tourner en qualité était un objectif.

Les études préalables se sont, malgré tout, avérées utiles pour la formalisation du projet. «C’est une très bonne école. Nous devons rester souples. Il ne servait à rien d’être psychorigide», poursuit-il.

03(@MoaKarlberg)_S.jpgLa collaboration d’un plasticien, Roland Toupet, a permis de «donner une dimension lyrique et artistique» au projet. Le fil conducteur : la géométrie naturelle - celle du flocon - et la géométrie artificielle - celle du diamant taillé -.

«Nous avons appris qu’il est plus facile de travailler les formes souples», indique Antoine Weygand. Pyramide, losange, prisme sont d’autant plus complexes à réaliser. Bref, le choix de la difficulté.

Quatre paires de gants, genoux dans la neige, ciseaux et tronçonneuses en main, l’apprentissage se fait sur place dans une ambiance «Beaux-arts». «La glace réagit comme le plexiglas. Nous nous sommes retrouvés à tailler, à ôter des couches successives. C’est une école de sculpture et l’intérêt est de pouvoir directement travailler le matériau final à l’inverse du granit qui nécessite un entrainement sur de la terre ou du polystyrène», indique l’architecte.

Au préalable, libre à l’artiste de choisir ses blocs de glace, plus ou moins transparents, plus ou moins translucides. Fait exceptionnel, cette année, le matériau se faisait rare. «Même Discovery Channel a fait un reportage. Nous avions 7°C en ce début décembre et la neige, en conséquence, fondait», rapporte Antoine Weygand.

04(@MoaKarlberg)_S.jpgAu bout de vingt jours, le résultat est enfin satisfaisant. «Nous y avons cru, ils y ont cru. La correspondance entre l’idée et le matériau a pris corps», souligne-t-il.

L’expérience, chronophage, est, pour toute l’agence Weygand Badani Israel & Architectes, enrichissante. «Nous avons autant souffert que pour la maison Santos Dumont», ironise Antoine Weygand.

In fine, celui qui fit «un peu de sculpture» pendant ses études a retrouvé dans le Grand Nord la cohérence d’une pratique. «Appréhender l’architecture, c’est en somme, engager le passage du spirituel à la matérialité et ce, de façon intuitive».

Jean-Philippe Hugron

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