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Visite | Coup de bambou à Carré Sénart (04-01-2012)

Trois immeubles de bureaux attribués à Monica Donati avec pour ambition «la simplicité des formes et la multiplicité des lectures». A Carré Sénart (77), l’architecte a livré en décembre 2011 le premier édifice d’un ensemble caractérisé par ses façades de bambou. Du Japon à la banlieue sud, en passant par le Cambodge, l’Indonésie et Anduze, parcours d’un choix esthétique et plus encore.

BBC | Bureaux | Bambou | Seine-et-Marne | Monica Donati

Carré Sénart. Le no man’s land ordonné d’allées plantées et de perspectives arborées change à mesure des constructions nouvelles. Un paysage de grande périphérie urbaine s’y dessine désormais. Centres commerciaux, parkings, pylônes, éoliennes... Bref, une zone d’activités améliorée au sud de l’agglomération parisienne.

Sur les bords d’un canal artificiel, en lieu et place d’un verger, une réalisation peu ordinaire, 'l’immeuble bambou'.

Le programme - 11.000m² de bureaux - était somme toute banal, le budget - 16,5 millions d’euros - réduit et l’histoire du projet liée à la vente, l’achat ou à la location de l’ensemble immobilier. Phasée, l’opération a été initiée il y a quatre ans, son achèvement est promis en 2013.

Malgré ces contraintes, la réponse apportée par Monica Donati Architectes, en collaboration avec Alessandro Boldrini et Florent Doux, apparait comme des plus audacieuses.

02(@CamillaPongiglione)_S.jpg«Notre leitmotiv : le bambou», expliquait l’architecte suisse «de culture italienne», en décembre 2011, aux journalistes venus découvrir les lieux. «Le bambou est écologiquement intéressant à tout point de vue. Il permet, entre autres, d’éviter la déforestation», dit-elle.

Un siècle pour un chêne, trois ans à peine pour un bambou. «La fibre de bambou possède une résistance de 40kg par mm² ; en comparaison, la fibre de bois résiste à 5kg par mm²», explique Monica Donati.

Le bambou donc, comme une évidence. Encore fallait-il y penser.

«Je revenais peut-être d’un voyage au Japon», confie l’amateur de littérature nippone. Des séjours en Asie, quelques pages, des images... En tout et pour tout, des impressions.

03(@CamillaPongiglione)_S.jpgMonica Donati évoque aussi bien les soubassements en bambou de constructions à Kyoto que les objets traditionnels de la vie courante au Japon dont la plupart sont liés au bambou.

Un frère aussi, au Cambodge. «Je m’y suis rendu peu après la mousson. C’est un pays de rivières et toutes étaient alors en crue. J’ai pu découvrir maisons flottantes, villages lacustres, embarcations, bateaux... tous, de bambou», relate-t-elle. En substance, un imaginaire.

«J’aime aussi le côté incertain de la verticalité, le côté graphique du matériau ; en somme, le rythme et la cassure», souligne l’architecte.

Restait à convaincre la maîtrise d’ouvrage.

«Il y eut de multiples défenses à assurer et un argumentaire solide à développer», explique Monica Donati. D’un côté, le soutien de l’urbaniste du Carré Sénart, François Tirot, de l’autre, les photographies d’un projet de Kengo Kuma se sont révélés aussi précieux que nécessaires. «Ceux qui ont participé à cette histoire ont tous été, in fine, conquis par le bambou», dit-elle.

04(@CamillaPongiglione).jpg «Nous avions contacté l’agence de Kengo Kuma. Elle avait notamment réalisé un bâtiment en Chine entièrement en bambou. Nous avons eu quelques échanges à ce sujet. Parallèlement, nous avons fait nombre de recherches et travaillé avec la bambouseraie d’Anduze, dans les Cévennes, laquelle développe des filières en Indonésie», dit-elle.

Exit le Cambodge, exit la Chine où le bambou est parfois mal traité. «Le plus important est le séchage. Le mieux est de le sécher et de le préparer, c'est-à-dire le percer, sur place avant de le faire venir par container», indique l’architecte.

La collaboration avec la bambouseraie d’Anduze, dont l’ambition est de développer une filière industrielle, a permis de garantir la qualité pérenne du matériau utilisé. Lequel présentera des teintes de plus en plus grisées tandis que les chocs thermiques le fissureront sans que sa résistance mécanique ne soit aucunement affectée. Ce d’autant plus que le bambou ne joue ici aucun rôle structurel.

05(@CamillaPongiglione)_B.jpgCe sont avant tout les façades sud, ouest et partiellement sud-est, exposées au soleil, qui sont protégées par un «caillebotis vertical composé de tiges d’environ cinq à six centimètres de diamètre, fixées à un fer de rive correspondant au nez de dalle», note Monica Donati.

Au nord et au nord-est, les façades sont plus ouvertes. Quelques loggias rouges ponctuent l’ensemble. «Le rouge ? Celui du Tessin ! J’aime le rouge. C’est ma signature», revendique Monica Donati. Un rouge non impérial ? N’empêche, ici, le bambou : une marque de fabrique ?

«Je ne suis pas spécialiste», relève l’architecte.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Lieu : Carré Sénart, commune de Lieusaint, France
Programme : Immeuble Bambou - Bureaux Bâtiment basse consommation (BBC), en trois îlots, au bord du canal du Carré Sénart
Maîtrise d’ouvrage : Société de Développement de l’Aquarium de Sénart (SDAS)
Maîtrise d’ouvrage déléguée : Fulton
Maîtrise d’oeuvre : Monica Donati Architectes en collaboration avec Alessandro Boldrini et Florent Doux
Surface SHON : 11.000m² en trois phases
Coût : 16,5M€
Livraison 1ère phase : 2011-2012

Calendrier de l’opération
* Lot FG : démarrage du chantier en aout 2010, livraison novembre 2011 ;
* Lot EF : démarrage du chantier en octobre 2011, livraison prévu en novembre 2012 ;
* Lot GH : prévision début chantier courant 2012, livraison courant 2013.

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