Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Venezuela | Blob et culture : fractales à Caracas (11-01-2012)

Benjamín Gáfaro, journaliste pour Complot, magazine hispanophone édité à Miami (USA), consacre le 16 décembre 2011 un article à l’un des édifices les plus audacieux construits à Caracas ces dernières années. ODA (Eric Brewer et Juan Andrés Machado) achèvera en 2012 un nouveau théâtre dans la capitale vénézuélienne témoignant de la vitalité de la scène architecturale sud-américaine.

Bâtiments Publics | Culture | Caracas | ODA Officina de Arquitectura

L’AUDACE ORANGE
Benjamín Gáfaro | Complot

CARACAS - Ces cinq dernières années, s’est progressivement érigé à Caracas un origami qui, peu à peu, trouvera sa forme définitive ; une structure orange qui est aujourd’hui en passe de devenir une icône.

Il est question ici d'un édifice s'inscrivant dans un projet de centre culturel, Chacao, planifié dans les années 90 selon le dessin original de l'architecte Alvaro Rodríguez. Resté inachevé, l’ensemble n'a jamais été terminé notamment à cause des coûts de production et du cadre légal. En 2003, sous la mandature du maire Leopoldo López, le projet est ressorti des cartons pour évoluer vers ce qu'il est désormais.

«Il était nécessaire d’y apporter des modifications et de l'adapter à la réalité actuelle de la ville», dit Diana López, présidente de la Fundación Cultural Chacao qui a été, dès le départ, à la tête de cette initiative, l’une des plus complexes - et pour le moins nécessaires - projetées dans la capitale ces dernières années.

Intervient alors dans l'histoire, ODA Oficina de Arquitectura, un atelier fondé par les architectes Eric Brewer et Juan Andrés Machado. Depuis 2007, tous deux ont développé une série de projets et ce à des échelles variées, allant de la simple pièce de mobilier au plan urbain. «Nous avons fonctionné et grandi indépendamment de la situation du pays. Nous avons été constants et avons su trouver les opportunités de travail afin d'y répondre au moment précis».

Parmi ces moments, celui où Diana López les a choisis pour la révision des plans de la première phase du centre Culturel Chacao et pour la construction du Théâtre Municipal. «Nous devions sauver l'édifice existant. Nous ne pouvions pas simplement le détruire. Nous devions nous adapter à l'existant et en tirer le plus d'avantages», souligne Eric Brewer.

02(@CulturaChacao)_B.JPGEn guise de point de départ, les ruines de béton restées telles quelles depuis dix ans d'inactivité. Juan Machado évoque l’origine d’une logique ainsi que les solutions adoptées dans un contexte de moyens limités : «pour réussir à établir, dans ces conditions, un vaste espace, jeune et chaleureux, nous avons présenté un concept industriel, c'est-à-dire un Centre Culturel sous forme de hangar évoluant selon les dotations et devenant de fait un espace toujours plus sophistiqué. Nous prenons en compte des critères d'austérité sans pour autant renier la qualité. Il s'agit d’offrir le meilleur en ce qui concerne le son, la lumière et les assises».

Il en ressort l'un des principes notables du travail d'ODA : utiliser le moins de matériaux possible afin de parvenir à l'harmonie et l’intégrité.

L'objectif initial a été atteint de cette façon. Alors que la première phase était achevée et ouverte au public, il resterait à réaliser le plus important défi : ériger «une carapace orange» sur la première structure et la convertir en oeuvre d'art.

Un édifice qui dialogue avec la ville

«Jamais je n'ai pensé qu'un lieu comme celui-là allait devenir aussi pertinent et indispensable. Le modèle était un amphithéâtre à l’échelle de la ville ; nous le connaissons désormais comme un lieu métropolitain», ajoute Diana López, assumant à la mairie la position de client face à l'équipe ODA.

Le passage d'un amphithéâtre à un théâtre couvert, du moins à une structure complexe, s’explique par des raisons pratiques : le son, à l'air libre, dérange le voisinage de l’équipement. Ainsi, à la complication inhérente à la construction s'ajoute le fait d'être hermétique et de devoir respecter, à l'intérieur d'un espace déjà réduit, les constructions voisines : «concevoir une forme courbe parfaite en 3D et la construire est impossible au Venezuela. Une boîte n'était pas plus viable, d’autant plus que l'espace ne le permettait pas».

03(@ODA)_S.JPGPour Juan Machado, la solution était de penser «un édifice qui se développe comme une espèce de pâte à modeler qui change selon les alternatives». La 'fractalité' a été le moyen de rendre possible un tel dessin.

Les fractales - terme proposé par le mathématicien Benoît Mandelbrot - sont des objets de n'importe quel type dont la surface est irrégulière mais dont l’irrégularité se répète géométriquement à différentes échelles. C'est à partir de plans droits et de points positionnés en l’air que la structure a pris sa forme. Le résultat est une création expérimentale, complexe à mettre en oeuvre, mais qui marque un temps nouveau de l'architecture contemporaine vénézuélienne. «Nous nous sommes risqués à un dessin osé qui a sa propre forme et qui ne se trouve limité par aucun conventionnalisme. Le résultat est satisfaisant puisque réel et tangible».

L’autre avantage de la structure fractale a été de pouvoir répondre aux exigences acoustiques grâce à la forme même du bâtiment comme l'explique Eric Brewer : «En général, il s'agit de faire une boîte et ensuite d’en revêtir l'intérieur. Ici, à la différence, la forme fractale génère l'acoustique». Le défi était assez difficile ; il y avait un risque important dès lors qu’il s’agissait avant tout d’une théorie. Les premiers essais acoustiques ont révélé aux architectes qu'il valait la peine de courir un tel risque.

04(@CulturaChacao).JPGAvant tout, une équipe

Après cinq ans d'espoir et de travail, l'inauguration du Théâtre Municipal Chacao sera un fait d'ici quelques mois. Avec une capacité de 580 spectateurs dans la salle principale, une scène de 12x12 mètres, quatre salles de répétition pour la danse et le théâtre, dix salles de répétitions individuelles et sept loges, les citoyens pourront s'approprier un nouveau centre de création culturelle dont l'extérieur, cette grande armature orangée qui fait référence à l'Avila*, symbolise une oeuvre plastique qui dialoguera en permanence avec la ville.

Juan Machado souligne que le crédit de cette oeuvre ne peut pas être qu'un seul nom. Une large équipe a soutenu chaque partie du processus comme Nelly Reyes, chef de projet, mais aussi les 18 architectes, ingénieurs et consultants et bien d’autres encore. «Voilà la plus belle des opportunités que nous n’ayons jamais eu. Le plus important aura été l'effort donné pour conférer à la ville un autre visage, pour lui offrir un espace où d’aucuns peuvent s'instruire».
 
Benjamín Gáfaro | Complot | USA
16-11-2011
Adapté par : Jean-Philippe Hugron


* Haute de 2.765 mètres, l'Avila est l’une des montagnes dominant Caracas.

Réagir à l'article


Album-photos |Architectures Anne Démians

En 2018, à l’agence Architectures Anne Démians, on retiendra de beaux concours. Hôtel du département 92, Réinventer Paris 2, Fondation Italienne. Plus particulièrement celui remporté : Grand...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de MDNH architectes

L'agence a livré en 2018 la première tranche d’un îlot de 79 logements à Bonnières sur Seine (78), un ensemble urbain qui redynamise le centre bourg et qui s’articule avec la nouvelle urbanité de...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 de Pierre-Alain Dupraz

Après une riche année 2017, notamment avec les 1ers prix obtenus pour deux concours majeurs sur Genève que sont l’aménagement de la rade et la réalisation de la Cité de la musique, ce dernier en...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Michel Rémon & Associés

3 bâtiments en chantier // livraison de l’hôpital Edouard Herriot à Lyon // une large ouverture à l’international : concours en Autriche, Allemagne, Russie et en Belgique enfin avec le concours gagné pour...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Search

L’Agence Search, fondée à Paris en 2005 par Caroline et Thomas Dubuisson, s’illustre dans des registres variés d’équipements publics et privés. L’actualité de l’agence concerne,...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 d'Atelier(s) Alfonso Femia

Atelier(s) Alfonso Femia est la nouvelle dénomination de l’agence 5+1AA depuis 2017.  Les Atelier(s) Alfonso Femia développent des projets participant à la transformation des villes méditerranéennes et...[Lire la suite]

Une villa possède une relation unique, poétique avec son parc ; un dialogue fait de références visuelles et de perceptions, de relations collectives et «intimes». Notre proposition veut créer un moment de réflexion afin de permettre à la Villa Bo