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Présentation | «Descartes et Dior», le yin et le yang : l'Ambassade de France à Pékin (18-01-2012)

Livrée en novembre 2011 par Alain Sarfati, l’Ambassade de France à Pékin est un projet flexible conjuguant subtilement contradictions françaises et dualités chinoises, loin de l’écueil iconique et des symboles caricaturaux. Face à la complexité programmatique, l’architecte mêle au dessin cartésien la fantaisie d’un drapé haute couture. Découverte.

Ambassade | Bureaux | | Alain Sarfati

«Cela fait huit ans. En fait sept mais je dis plutôt huit car, en Chine, le chiffre est l’homophonie du bonheur». C’est avec appétence qu’Alain Sarfati présente au Courrier de l’Architecte le résultat du concours remporté en 2004 pour la réalisation de l’Ambassade de France en Chine.

Qualifié de 'campus' - un terme que l’architecte, ayant la sémantique précise, juge en l’occurrence inapproprié -, le bâtiment articule en fait chancellerie, résidence de l’ambassadeur et consulat de France en Chine. «Le projet rassemble ce qui était auparavant dispersé en sept endroits différents. Plusieurs fois au cours des études, il fut même question d’y intégrer le lycée français». D’où, justement, les retards pris au regard du calendrier.

En fait, l’enjeu était double : réunir «efficacement» des programmes ordinairement distincts et incarner un 'paradigme français' en termes architecturaux.

Comment «mettre en musique», au sein de 20.000m², différentes fonctions ? Une question «préliminaire», selon Alain Sarfati. «Avant la question de l’identité, celle de la fonctionnalité. On ne démarre pas un projet en se demandant quelle tête ça va avoir», dit-il.

Pour résoudre la complexité programmatique, l’architecte a réparti les trois principaux composants du programme - résidence, chancellerie et consulat - autour du jardin de la résidence, offrant à chaque 'côté' son entrée dédiée. Le quatrième côté du quadrilatère est formé par des serres pouvant servir de salles d’exposition ou de jardins d’hiver selon les besoins.

A la jonction de la chancellerie et du consulat, Alain Sarfati a élevé une 'tour des services', laquelle, quoique à peine haute de huit étages (vingt-sept mètres), «offre une résistance au choc d’un environnement écrasant». Jouer de l’échelle : une façon, aussi, de passer «d’un équipement à un monument».

02(@NoelleHoeppe)_B.jpgA l’intérieur, l’architecte estime avoir remporté le pari de  la fluidité grâce à un plan libre permettant différentes modalités d’organisation. 

«La distribution se fait de plusieurs manières : en enfilade, via des galeries, en dérobée», précise-t-il. Notamment, le système de galeries de la résidence est composé de 600m² répartis en trois salles de réception pouvant fonctionner de manière indépendante.

Une fois «la mécanique» peaufinée, place à «la carrosserie». En fait, l’une ne va pas sans l’autre et, quant à la symbolique architecturale, «je ne me suis pas posé la question a priori. Etant Français, je me suis laissé guider par mon socle personnel».

D’expliquer que, traditionnellement, «les résidences empruntent le vocabulaire architectural du pays d’implantation alors que les chancelleries adoptent une écriture moderne».

Ni résoudre la culture chinoise à une démarche iconique, ni, au titre d’identité française, proposer une architecture internationale, Alain Sarfati souhaitait «une architecture universelle hic et nunc».

«Dans mon travail, je traque les contradictions. La singularité se construit dans la manière de résoudre ces contradictions», assure-t-il.

03(@NoelleHoeppe)_B.jpgOr, de contradictions, la culture française est pétrie. «Entre Descartes et Dior», résume Alain Sarfati. Précisément, l’identité française du 'campus' est incarnée par l’alliance, sur le même site, d’un dessin cartésien et de la fantaisie d’un drapé renvoyant à la haute couture française, celui du voile de verre sérigraphié recouvrant, côté jardin, la façade de la tour des services. Un mariage «spontané» donc, permettant d’éviter l’écueil du pastiche, la reproduction «d’un petit Chambord, de Matignon ou de l’Elysée».

«Préservant des vis-à-vis, le voile protège aussi des vents dominants et ses ventelles, fermées en hiver et ouvertes en été, lui confèrent un rôle thermique», précise l’architecte.

Aux contradictions françaises, la dualité chinoise. L’Ambassade de France à Pékin tient aussi du yin et du yang. Le jeu taoïste s’exprime par exemple dans les contrastes créés par la mise en oeuvre de chêne foncé et de hêtre clair dans les couloirs ou dans l’opposition entre la pierre calcaire composant les façades donnant sur le jardin alors que le bâtiment repose, à l’extérieur, sur un soubassement en granit gris.

04(@NoelleHoeppe).jpgPar la manière d’orienter mais aussi de distribuer l’espace - Alain Sarfati parle de «degré de connexité» -, l’architecte a emprunté au pays d’accueil de son bâtiment l’art du feng shui, qu’il appréhende comme une alternative au développement durable européen. En fait, une inspiration. Alain Sarfati a en effet, à chaque projet, une image en tête. Celle-ci prend les atours de la tour HSBC à Hong-Kong, signée Norman Foster. «Posé sur pilotis, paré de tons gris marins, ce bâtiment ne pourrait se tenir ailleurs». Hic et nunc.

Par ailleurs, Alain Sarfati met l’accent sur les tons du bâtiment, noirs, blancs et mordorés, qui «s’affadissent dans le climat ambiant». Ne pas y lire une appréciation péjorative. «La fadeur est une saveur proprement chinoise», précise l’architecte.

In fine, tout en étant subtilement évoqués, les deux univers - chinois et français - s’entremêlent. Une architecture universelle donc. Ainsi, si la structure ordonnancée du jardin fait écho aux compositions à la française, de voir aussi en l’espace clos une référence à la Cité interdite. 

Quant au système de galeries de la résidence, installées plein sud, y voir une référence versaillaise mais, aussi, l’orientation idéale selon les standards feng shui. Enfin, le soubassement en granit gris, «un gris chinois», sur lequel est posé le 'campus' répond à «cette idée universelle» autant que chinoise du rapport au sol via un socle.

«Paradoxes chinois ou français, la démarche est la même ; j’ai adopté deux outils pour résoudre les paradoxes : le sol et le ciel».

Rigueur, intuition et suggestion, Alain Sarfati a tout invoqué pour mettre à bas bien des clichés et réunir deux univers sans que l’un prenne ombrage de l’autre.

Emmanuelle Borne

05(@NoelleHoeppe)_B.jpgFiche technique

Localisation : 60 Tianze lu - Chaoyang Distric - Pékin
Maître d'ouvrage : République Française - Ministère des Affaires Etrangères
Maître d’oeuvre - Architecte mandataire : S.AREA Alain Sarfati Architecture
Architectes chef de projet : Christian Laquerrière, Ovidiu Milea et Cristiana Milea
Architectes assistants : Ewina Chau, Jitka Darras
Maître d’oeuvre BET : Séchaud et Bossuyt - Ginger Groupe Ingénierie Europe
Institut de design : BIAD (Beijing Institute of Architectural Design)
Paysagiste : Florence Mercier
Maître d’oeuvre d’exécution : S.AREA - Séchaud et Bossuyt - Ginger Groupe Ingénerie Europe - AES. Christian Prouvost

SHON construite : 19.500m² 
Coût des travaux : 24M€ HT 
Calendrier : concours 2004, livraison novembre 2011

Entreprise Générale : BCEG (Beijing Construction and Engineering Group)
Consultant Façade : Bernard Viry, Nicolas Godelet
Décoration Résidence : Service Décoration du SIMAE
1% artistique : Bernard Métais, Vincent Lamouroux

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