Livrée en septembre 2011 à Bois-Colombes (92), la Maison Leguay est une réhabilitation-extension composée de trois modules, dont deux neufs. Difficile pourtant de distinguer le nouveau de l’ancien, tant la géométrie, les matériaux et les menuiseries brouillent les pistes. Pour parfaire la fusion, des interstices vitrés jouent un rôle de sas.
«Espace et lumière, fluidité et convivialité étaient les maîtres mots du projet». Les termes sont ceux de Laurence Leguay, maître d’ouvrage avec son mari Frédéric Leguay d’une maison livrée au terme de l’été à Bois-Colombes et non, contre toute attente, ceux de son architecte Jacques Moussafir.
Dans le salon, un ouvrage sur Peter Zumthor. Pas de doute, ces clients-là sont avertis. Avantage, inconvénient ? «Au-delà de la sympathie, ce qui compte est une vraie demande d’architecture», répond Jacques Moussafir.
La relation qui a donné naissance à cette maison de briques noires fut visiblement de confiance. En témoigne la visite du Courrier, que l’architecte a confiée à la propriétaire. «Nous nous sommes choisis», confirme Laurence Leguay.
«Ayant acheté ce terrain doté d’une maison typique de banlieue que nous voulions réhabiliter et agrandir, nous avions repéré les réalisations de Jacques à Montreuil et Suresnes. Un jour, l’une de mes collaboratrices évoque son nom. J’ai pris ça comme un signe». Le soir même, Laurence Leguay contacte l’architecte.
Malgré «un budget minuscule» (revu à la hausse depuis ndlr), il y a rencontre. Une affaire de goût donc.
Résultat : trois modules en équerre couvrent 232m², dont 114m² pour le pavillon d’origine en brique et pierre meulière relié à «deux clones», selon l’architecte, via deux failles de verre «allant des fondations jusqu’au toit», selon les maîtres d’ouvrage.
Précisément, entre les deux interstices vitrés, le module de circulation dessert d’une part la cuisine surmontée, à l’étage, de la chambre des parents et, d’autre part, le salon surmontant «les chambres des filles» en demi sous-sol.
«Ces césures vitrées offrent à la fois un rapport fugace avec l’extérieur tout en reliant différents lieux», souligne Jacques Moussafir. Par relier, il entend «brouiller les limites entre l’existant et les extensions».
«Les sas vitrés permettent d’éviter d’accoler la brique teintée dans la masse de l’extension et la brique peinte de la construction existante», ajoute Laurence Leguay. Effectivement, à l’extérieur, rien ne jure et le corps noir de la maison Leguay la distingue sans ostentation d’un contexte coquet.
«Nous n’étions pas partis sur une brique sombre a priori. Au départ, nous voulions de la brique constructive mais le prix est prohibitif. Quand j’ai découvert cette brique teintée dans la masse longue de 22 centimètres, je suis tombée en arrêt», souligne Laurence Leguay. «J’aurais préféré une brique plus satinée pour offrir un écho au toit en zinc», précise Jacques Moussafir.
Une teinte bienvenue par les voisins ? «D’aucuns y voient un effet blockhaus», sourit Laurence Leguay. De fait, l’impression est trompeuse. «C’est une maison hyper-ouverte sur elle-même». Articulée autour d’une terrasse et prolongée par un jardin sur lequel Jacques Moussafir a multiplié les ouvertures, l’espace intérieur est effectivement «fluide».
«Hormis celles des WC et des chambres des filles, pas de portes».
Par ailleurs, c’est béton au sol et parpaings apparents au mur. «Un choix évident» pour les Leguay, raccord avec l’économie du projet, nécessitant «une exigence quant à la pose», selon Jacques Moussafir.
Représentant «la brique constructive que nous n’avons pas pu nous offrir» [Laurence Leguay], le parpaing est une autre manière de «brouiller les choses» [Jacques Moussafir]. «Les parpaings viennent habiller l’isolant posé sur la brique porteuse de l’existant, alors qu’à l’inverse, dans l’extension, le parpaing est porteur», dit l'architecte.
Béton, brique, parpaing... mélèze. Outre le sculptural escalier, le bois compose de vastes caissons accueillant les baies vitrées ainsi que la menuiserie des autres ouvertures. Une façon «de réchauffer le tout» selon Laurence Leguay.
Ne pas y voir pour autant «une mise en oeuvre pittoresque». Pour Jacques Moussafir, aucun matériau n’est «anecdotique». Chacun est condition sine qua non d’un mariage réussi.
«Jacques Moussafir ne fait pas seulement des oeuvres d’art ; il se préoccupe de l’usage».
«Pour les Leguay, la spatialité est aussi importante que la fonctionnalité».
Une vraie rencontre.
Emmanuelle Borne
Fiche technique
Localisation : Bois-Colombes (92)
Photographe ou plasticien ? Conjuguant les talents au pluriel, Jean-Pierre Duplan brouille les frontières et offre aux lecteurs du Courrier de l’Architecte des images aux noms à peine évocateurs, images qui plongent...[Lire la suite]
_B.jpg)
En guise de carte blanche, Milène Servelle a choisi de présenter, en 2013, son reportage de deux tours monégasques livrées en 2012, celle de Jean-Pierre Lott et celle de Jean-Michel Wilmotte. Vues du ciel, vues du sol,...[Lire la suite]
_B.jpg)
L’humour - voire un sens aigu de la dérision, fut-elle auto -échappe souvent aux photographes. Si Jean-Philippe Hugron prend la photographie très au sérieux, il n’aime rien moins que désacraliser ses...[Lire la suite]
_B.jpg)
Photographe ou plasticien ? Conjuguant les talents au pluriel, Jean-Pierre Duplan brouille les frontières et offre aux lecteurs du Courrier de l’Architecte des images aux noms à peine évocateurs, images qui plongent...[Lire la suite]
_B.jpg)
Cyrille Lallement fut architecte avant d’être photographe. Ceci expliquant l’acuité de son regard ? En tout cas, il offre ici une étonnante carte blanche dépeignant une ville à la symétrie...[Lire la suite]
_B.jpg)
Paris-New York, deux sujets de prédilection. Toujours plus haut, Manhattan, La Défense ! Au photographe de capter la ville debout, tantôt à l'aube, tantôt au crépuscule... et d'attendre, toujours...[Lire la suite]
_B.jpg)