Design Ikonik septembre 2013

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Cahier Spécial - Maisons 2012

Présentation | Une maison, prototype du gratte-ciel (25-01-2012)

«J’étais attendu au virage», se souvient Jean-Baptiste Pietri dès lors qu’il évoque le contexte dans lequel émergea la maison dite 'des bains de mer chauds'. Livré en 2008 dans la cité phocéenne en lieu et place d’un établissement réputé au début du siècle pour sa balnéothérapie, l’édifice s’inscrit dans un paysage désormais chaotique, celui de la Corniche.

Reconversion | Logement individuel | Marseille | Jean-Baptiste Pietri

Malmousque, «village» de cabanons, fatras urbain mêlant constructions formelles et, sans doute, informelles, présente aujourd’hui une allure plus noble, 'gentrification' oblige. «Les pêcheurs ont laissé place aux banquiers et aux avocats», souligne l’architecte.

Néanmoins, la maison réalisée en 2008 représente un «geste urbain», sinon un acte pionnier. Maison familiale, elle permet à l’architecte de «faire ses armes», d’initier sa réflexion voire d’appréhender ses «obsessions».

«L’idée était de développer un parti doux, appréhendable, contextuel et social», prévient Jean-Baptiste Pietri.

02(@LucBoegly)_S.jpg «Toutes les maisons sont construites les unes sur les autres. Cette villa est un paradoxe», poursuit-il. Aussi, la co-visibilité est devenue l’enjeu du projet. En d’autres termes, voir sans être vu, être visible sans se montrer. «Il fallait offrir un paysage agréable», dit-il.

Les servitudes de passage mènent à la plage. Problématique. «Il fallait éviter que tout un chacun soit tenté de rentrer sans pour autant venir ériger un mur de barbelés. Il s’agit avant tout d’une maison de reconquête. Le fait de construire, de réaliser des transparences fait qu’elle est, en quelque sorte, habitée par les voisins», explique-t-il.

La maison 'des bains de mer chauds' fait donc «la sécurité» d’un secteur jusqu’à présent peu réputé. De «quartier typique», Malmousque devient l’un des «endroits» de Marseille, l’anse de la Fausse Monnaie - une autre carte postale - et la pression foncière aidant.

Le site était pourtant, il y a dix ans, désaffecté. «Le propriétaire avait profondément modifié la construction et je n’ai jamais pu retrouver la configuration d’origine. Il n’y avait qu’un blockhaus en contrebas de la Corniche», se souvient l’architecte.

Plateforme de béton, plage de soleil pour les plus optimistes, la parcelle offrait une position privilégiée sur la mer. «Nous voulions par rapport à l’ADN du site garder un rappel sans tomber dans un dessin trop facile, métaphorique», souligne-t-il.

Le trait réinterprète alors l’imaginaire du cabanon sans pour autant céder au pastiche. Le parti adopté est résolument contemporain. Parmi les éléments fondamentaux : la vue.

«Tout le monde devait pouvoir en profiter. Il a fallu donc mener un travail sur les modes de vie en famille. Les espaces sont tous ouverts et pourtant délimités», précise l’architecte.

Un jeu de transparence s’opère «de sorte à préserver une intimité et à donner une façade matérielle à la maison», poursuit-il. De fait, Jean-Baptiste Pietri conçoit une succession de trois «peaux».

03(@LucBoegly)_S.jpgLa première, une baie vitrée dont le châssis est en accordéon «comme sur les terrasses de cafés» ; la deuxième, des volets en bois, également en accordéon ; et enfin, entre les deux, une troisième, des volets roulants pour «se protéger de l’intrusion ; nous sommes à Marseille», rappelle-t-il. Le tout d’une blancheur immaculée.

A la question du bois et des influences maritimes, l’architecte répond en citant Gustave Eiffel : «La meilleure protection, c’est la peinture».

In fine, après plus d’une vingtaine de chantiers, dont nombreux furent plus conséquents, la maison 'des bains de mer chauds' reste le projet le plus important pour Jean-Baptiste Pietri. «Elle synthétise parfaitement ce que je souhaite mettre dans un projet. Cette maison exprime mon idéal bien mieux que des mots», dit-il.

Plus encore, la maison préfigure H99, une tour de logements en front de mer située sur les quais d’Arenc dont les travaux devraient commencer en 2012. «Prototype», 'les bains de mer chauds' a donc permis à l’architecte d’appréhender «la relation avec la vue, les modénatures de façades ou encore le rapport à l’espace méditerranéen».

Bref, «des bains de mer chauds à H99», le gratte-ciel n’est finalement qu’une maison haute.

Jean-Philippe Hugron

04(@LucBoegly)_S.jpg

Réagir à l'article


Design Ikonik septembre 2013

Visite |Keramis et les cinq mousquetaires

Un bâtiment en peau de girafe. La proposition est étonnante d’autant plus qu’elle revêt le musée de la céramique de La Louvière. Sans doute faut-il y voir une allusion aux craquelures du...[Lire la suite]

Présentation |Loci Anima : troisième lieu pour septième art

Françoise Raynaud, fondatrice de l’agence Loci Anima, aime à citer le sociologue américain Ray Oldenburg et son concept de «troisième place». «Comment donner l’envie d’aller au...[Lire la suite]


Design Ikonik septembre 2013

Visite |Peter Zumthor ? Au fond du fjord, à droite

Exit les alpages suisses, les douces collines de Westphalie... La dernière œuvre de Peter Zumthor se situe au fin fond d'un fjord norvégien qui mousse... d'humidité. Et pour cause, en cette mi-septembre, les rayons du...[Lire la suite]

Design Ikonik septembre 2013

Présentation |Diller Scofidio + Renfro, haute ligne et basse tension

«Les architectes de la High Line» ont érigé leur morceau de bravoure : un musée-mou. Biduloïde organique, «paramétrique», Zaha cubo-cubique. Ouf, Los Angeles l’a fait. Downtown peut...[Lire la suite]

Design Ikonik septembre 2013

Visite |Le Mécano de flint

A La Courneuve, dans les ruines de l'ancienne usine dénommée Mécano - dont il ne restait que quelques piles, deux-trois plateaux et une structure métallique - ont été installés une...[Lire la suite]

Design Ikonik septembre 2013

Présentation |Mégastructure culturelle à Cracovie

Peut-on sans cesse se renouveler ? Jusqu’au bout, chacun suit, d’une façon ou d’une autre, les mêmes idées. Une marotte ? «Un credo», répondrait Stanisław Deńko, architecte...[Lire la suite]