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Visite | Mon HLM ? Brut de luxe ! (01-02-2012)

«J'ai travaillé en creux et me suis inscrit dans une logique où le bâtiment, lisse, est un volume pur», note Frédéric Schlachet. Le jeune architecte a livré fin 2011, pour le compte de la Société Immobilière d’Economie Mixte de la ville de Paris (SIEMP), un ensemble de onze logements sociaux dans le Xe arrondissement de la capitale.

Logement collectif | 75010 | Frédéric Schlachet

Métro Strasbourg-Saint-Denis. Au sortir, la Porte Saint-Martin, en vis-à-vis, le Théâtre de la Renaissance. La façade surchargée attire le regard. Aguicheuses, ces cariatides, non ? Par delà, un peu loin, une rupture. La masse de béton tranche, l’arête est vive. Les onze logements sociaux imaginés par Frédéric Schlachet affirment leur présence dans le paysage faubourien de la rue René Boulanger

«Paris est une ville corridor qui déroule des rubans de façades», souligne l’architecte. Au jeu des continuités, des pleins et des déliés, Frédéric Schlachet privilégie une recherche plastique. «Je trouvais beau, depuis la rue, de voir la cour de l'immeuble mitoyen avant que l'ancien bâtiment soit démoli».

Réglementations et ABF eurent raison de l’idée initiale. Un alignement donc. «Je voulais toutefois ne pas être dans le registre du ruban mais dans celui du volume. J’ai développé une continuité spatiale, certes, mais en relation avec la cour voisine», explique Frédéric Schlachet.

02(@FredericSchlachet)_S.jpg L’agence, créée en 2001, sise rue Saint-Denis, exhibe sur ses murs, en plus de sculptures, une série de maquettes en plâtre. «Je trouve important de montrer les masses. Dans ces représentations, les rues sont interprétées comme un décor», souligne-t-il.

«Tous les projets ne se prêtent pas au plâtre. Plus que le carton ou le plastique, il permet davantage l’abstraction», soutient l’architecte à la précision près que «la maquette n’a été faite qu’une fois le projet avancé».

«Je tends vers l’abstraction sans vouloir toutefois y parvenir par tous les moyens», précise Frédéric Schlachet. Il s’agit alors pour l’homme de l’art d’offrir un jeu de perception. Si les usages sont identifiables, les objets, quant à eux, ne le sont pas.

Les fenêtres sont des «percements», les volets «des formes géométriques autonomes». «Ce bâtiment offre des qualités d’abstraction», soutient l’architecte.

03(@FredericSchlachet)_B.jpg «J’ai le réflexe d’être lisse», dit-il. La matière participe de la masse. La simplicité est gage de lecture, la multiplication gage de perte. «Peut-on parler de minimalisme ? J’en doute».

«Construire en béton n’est pas un choix mais une décision. Il est plus facile à Paris d’en faire que du métal, notamment pour son esthétique plus minérale», dit-il. La prévention ne fait pas concession et les blocages furent toutefois nombreux.

Si, de prime abord, l’architecte souligne les caractéristiques plastiques de son projet, la volumétrie, «travaillée en creux», n’en est pas moins issue de l’organisation des logements.

«Je ne recherche jamais la simplification des plans. Il n’y a pas d’étage courant mais un jeu de volumes intérieurs comprenant notamment des duplex croisés. Je recherche à tout prix le rapport à l’extérieur, au balcon ou à la terrasse», précise-t-il. Seul un logement déroge à la règle.

04(@FredericSchlachet)_S.jpgLa façade donne ainsi à lire l’organisation. Index au plâtre, ici une chambre, là un salon. «Il y avait des vues directes à aménager et une disposition, mince, sans ascenseur, à gérer», prévient l’architecte.

Sur l’esthétique brutale, l’architecte se défend. «Ce bâtiment est un peu dur mais il ne donne pas à voir que c’est du logement social». Aussi, halls et escaliers sont généreux. A l’extérieur, la présence affirmée se justifie, elle aussi. «Les grands murs sans fenêtre sont une respiration pour la ville», dit-il.

Enfin, l’articulation. «Je n’ai pas traité l’angle. Il n’y a pas de figure d’angle sauf à dire que le bâtiment en son entier est une figure d’angle. J’aurais été malheureux de devoir faire un pan coupé. Il s’agit là d’un tic formel désuet. L’effet est dans le non-effet», assure-t-il.

En somme, pour Frédéric Schlachet, il s’agit de ne jamais se perdre.

Jean-Philippe Hugron

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