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Présentation | Là-bas, dans la forêt, le nouveau Centre de secours de Biscarosse (15-02-2012)

Livré en septembre 2011 le long de la forêt des Landes, le nouveau Centre de secours de Biscarosse remplace un hangar délabré au sein du bourg. «Il était temps qu’ils déménagent», souligne l’architecte Martin Duplantier. Lequel a offert à quatre-vingt pompiers un ensemble tout de pin composé, jouant ainsi la carte de l’insertion dans le paysage local. Un bâtiment pragmatique.

Autres | Bois | Landes | Martin Duplantier

«Voir, être vu, se reposer sans être vu», telle était la problématique du concours pour le nouveau Centre de secours de Biscarosse, remporté par Martin Duplantier, 31 ans, en mai 2008. Fraîchement diplômé, le jeune architecte visite alors d’autres casernes afin de bien mesurer les enjeux du sujet.

Voir : «le Centre est installé sur un parcellaire stratégique, à l’entrée de la ville, en lisière de la forêt des Landes et le long de la future route qui mène vers l’océan. Il était important pour les pompiers d’avoir une vue dégagée sur cette rue».

Etre vu : «il existe une notion de parade ; on montre les camions, toujours clinquants».

Se préserver des regards : «j’ai découvert qu’attendre fait partie de la vie des pompiers». En clair, entre deux alertes, ces derniers patientent au sein du foyer, une oisiveté qu’ils souhaitent soustraire aux regards.

Plutôt que de composer un canonique plan en L et n’ayant pour seule limite parcellaire «de ne pas dépasser 10.000m²», Martin Duplantier a choisi de distinguer les deux fonctions du cahier des charges, c’est-à-dire les locaux administratifs et la remise des camions, en «allongeant» le bâtiment administratif de part et d’autre du garage.

Ce faisant, il préserve l’intimité les lieux de repos, disposés à l’extrémité ouest de la barrette de bureaux. A l’est, la partie publique (zone alerte et administrative) donne donc sur la rue.

«Sachant que les locaux administratifs sont composés de nombreuses salles, créer un bâtiment long et étroit permet d’avoir de la luminosité dans toutes les pièces ainsi que dans les circulations», précise l’architecte.

02(@MartinDuplantier)_S.jpgSurmonté par le dortoir, le rez-de-chaussée du bâtiment administratif compte foyer, cuisine, salles de cours et zone d'alerte, laquelle comprend une salle de garde où passent les pompiers «avant de foncer, via une galerie, dans les vestiaires installés dans la remise».

Composée de onze travées, le garage est orienté à l’est. Un choix opéré pour le protéger des vents dominants et optimiser la gestion des flux. «Il ne faut pas faire plus de deux virages pour débarquer sur la route», précise Martin Duplantier. Des contraintes somme toute classiques.

En revanche, l’architecte a dû régler «deux complications». L’une était structurelle : «Le terrain étant précédemment occupé par une décharge, le centre est posé sur des remblais». Pour renforcer ce sol hétérogène, Martin Duplantier a fait le choix d’une série de colonnes ballastées. Autre difficulté : le système de rafraichissement des pompes à chaleur du bâtiment administratif. «Il fallait permettre à l’eau de regagner doucement la nappe car elle est haute, d’où une grande noue à l’arrière du centre».

A cet égard, le bâtiment administratif est légèrement surélevé sur la dalle de béton afin de permettre au bois parant le bâtiment «de flotter mais aussi mieux vieillir». En effet, si ce n’est pour les portes écarlates du garage, clin d’oeil iconique, le nouveau Centre de secours de Biscarosse tient son identité à la mise en oeuvre d’un «matériau endogène», le bois.

03(@A.Pequin)_S.jpg«Nous sommes dans les Landes, la plus grande forêt d’Europe. Par ailleurs la filière bois a du mal à se développer». Faire usage du matériau était donc évident à double titre : d’une part «en terme d’économie locale» donc ; d’autre part, parce qu’en composant l’ossature de la remise et le bardage du bâtiment administratif - dont la structure est en béton «pour des raisons d’inertie et de confort acoustique entre les deux niveaux» - le pin maritime et l’épicéa favorisent l’insertion de l’ensemble dans son contexte.

Afin de jouer plus encore la carte de l’intégration, Martin Duplantier a préservé les arbres existants en périphérie de la parcelle et planté des pins parasol le long de la rue.

«Nous avons également gardé les grands pins pour faire écran entre le Centre de secours et la villa du chef, implantée au nord du terrain». A l’occasion de ce projet, Martin Duplantier a en effet eu droit à quatre projet en un : outre la remise et son bâtiment administratif, le cahier des charges comptait une tour de manoeuvre et la villa du chef de brigade. Implantée en retrait du centre, face à la forêt, compacte et dotée d’une loggia en bois plein sud, la maison emprunte son allure aux habitations landaises.

04(@A.Pequin).jpgCompter 2.200m² au total, une surface idéale pour mettre le pied à l’étrier. Livré en septembre 2011, le Centre de secours de Biscarosse et dépendances est en effet la première réalisation de Martin Duplantier. Pour une première, l’architecte s’est montré particulièrement pragmatique. «Une fois l’esquisse validée, nous avons eu très peu de retouches sur le fonctionnement», confirme-t-il. Au détriment de la fantaisie ?

Y voir l’influence de ses collaborations avec David Chipperfield ? De passage à Paris début février, ce dernier soulignait : «nous autres anglo-saxons sommes peut-être trop pragmatiques». Ayant travaillé au sein de l’agence londonienne, Martin Duplantier est aujourd’hui associé à l’architecte anglais dans le cadre du campus HEC, dont la livraison est attendue pour mai 2012. Un concours remporté quelques temps avant celui du Centre de secours, dans la foulée du diplôme.

Originaire de Bayonne, ayant grandi à Bordeaux et aux Etats-Unis, Martin Duplantier se montre en tout cas aussi déterminé que pragmatique. En plus de son agence bordelaise, l’architecte s’est doté d’une adresse parisienne «car cela permet de travailler à l’international».

Emmanuelle Borne

05(@A.Pequin)_S.jpgFiche technique

Maîtrise d’ouvrage : SDIS 40
Maîtrise d’ouvrage déléguée : SATEL
Architecte : Martin Duplantier
Paysagiste : Anouk Debarre
BET : Betri (structure, VRD), Betem (cvc, pb, cfa/cfo)
Concours : mai 2008
Livraison : septembre 2011
Budget : 2,2M euros
Surface bâtiment administratif : 670m²
Surface remise : 1.110m²
Surface villa : 110m² + garage

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