Architecte connu, dit-on, en Angleterre, Thomas Smith a toutefois fait oeuvre en France, à Nice. En tout et pour tout, une église néogothique, un style «populaire» à l’époque de sa construction en 1860. Cent cinquante ans plus tard, Jean-Baptiste Griesmar restaure l’édifice religieux. Une aptitude à la restauration ? Pas même ACMH. Alors ?
«L’Eglise Anglicane de Nice avait téléphoné au syndicat des architectes et le SACA avait une permanence qui a diffusé le message auprès des agences niçoises pour réaliser des travaux de confortement. Je venais de quitter mes associés et de créer mon propre bureau. J’ai dû être l’un des premiers à répondre», explique Jean-Baptiste Griesmar.
A la réactivité, autre point fort, l’architecte est bilingue. Alsacien, formé à Marseille mais diplômé à Lyon, parti en études à Budapest, il rencontre à Nice un couple de Canadiens avec lesquels il crée une première agence. Pour débuter, une commande, la restauration de la villa Chagall à Saint-Paul de Vence pour le compte d’un riche propriétaire.
Puis, de la Provence direction Londres. Pour ce même client, plusieurs projets à suivre dans la capitale anglaise. Les allers-retours avec la French Riviera sont alors fréquents.
L’église anglicane de Nice était donc une opportunité pour A-GA (Agence Griesmar Architectes), la nouvelle agence de Jean-Baptiste Griesmar. L’édifice, protégé au titre du PLU, n’est pas considéré comme monument historique. Et pourtant.
Monseigneur Kenneth Letts, recteur, souligne - dans un français aux sonorités australiennes - l’importance même du lieu sacré. Arrivés en 1774, puis repartis en 1789 pour revenir en 1815, les Anglais ont marqué l’histoire de Nice.
«Le prêtre alors en service en 1820, notant en ville le chômage croissant, a demandé à ses paroissiens de l’argent pour créer un chemin le long de la mer, la future Promenade», explique-t-il.
Sombre, noir, encrassé, l’édifice n’est désormais plus remarqué et son histoire oubliée. Bref, bien loin de la proprette Prom’.
Il fallut donc attendre des chutes de pierre remettant en cause la sécurité pour obliger la communauté anglicane de Nice à faire des travaux.
«Les études ont été longues. Nous avons compris que la pollution et la promiscuité de la mer attaquaient la pierre mais aussi, plus curieusement, la présence d’arbres résineux dans l’ilot de verdure que constitue le cimetière adjacent», explique l’architecte.
Si la pierre de La Turbie résiste plutôt bien, la pierre de Bourgogne, employée pour les encadrements et les décors, a subi les affres du temps.
Reste à un architecte «résolument contemporain» de suivre l’ambitieux projet. «De par notre métier nous sommes capables de répondre à tout type de programme. Nous avons l’obligation d’être toujours meilleur», dit-il.
De son côté, l’entreprise se plait à évoquer son «habitude à travailler avec des ACMH» ; toutefois, pour elle, la collaboration avec Jean-Baptiste Griesmar a apporté «un regard neutre et positif sur le bâtiment». Révélation : «certains ACMH peuvent parfois passer à côté de l’essentiel». Bref, l’entreprise n’est pas peu fière de son devoir de conseil.
Néanmoins, demeure la question patrimoniale et la restitution d’une église. Alors, la pierre, apparente ou non ?
«L’église ne dispose d’aucune archive sinon la seule lettre d’un contrôleur d’architecture et quelques photos datant des années 60. Cela dit, plus que ces considérations esthétiques, la question est de retrouver la place d’un édifice religieux important pour la ville de Nice. Nous adoptons toujours le même principe : avant de dessiner la chaise, nous dessinons la pièce», explique Jean-Baptiste Griesmar.
Rendre présent l’édifice, lui redonner un rôle dans la rue, affirmer sa stature, passe selon lui par un travail sur ses façades. Si le débat sur le parti original de Thomas Smith subsiste, le choix porté fut de remplacer les pierres abimées et de retravailler le jointement à l’aide de chaux blanche.
En plus d’uniformiser la teinte, la chaux laisse apparaître la matérialité caractéristique de la construction. De quoi satisfaire les adeptes de Thomas Smith, s’ils en sont.
Depuis, l'Agence Griesmar Architectes poursuit son activité «contemporaine». «Nous sommes désormais douze à l’agence ; nous avons embauché tous les mois depuis un an», se félicite Jean-Baptiste Griesmar.
Une affaire qui roule donc, sur la côte d’Azur et, dorénavant, jusqu’à Genève.
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