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Présentation | Musée du Cristal Saint-Louis à Saint-Louis-lès-Bitche (57), de Lipsky + Rollet (26-10-2010)

Cristal Saint-Louis, manufacture d’objets en cristal depuis 1571, est un site industriel exceptionnel implanté au coeur des forêts vosgiennes, dans le pays de Bitche. L’implantation du musée fut l’occasion pour Florence Lipsky et Pascal Rollet d’assumer et de renforcer l’ancrage de la société dans cette ville qui est née pour et qui ne vit que par le cristal.

Bâtiments Publics | Culture | Architecture industrielle | Moselle | Intégral Lipsky+Rollet

Le fragile et le titanesque

Pour produire des objets très raffinés et de taille modeste, l’homme met en place des installations énormes qui manipulent des matières lourdes et dangereuses (plomb, arsenic, soufre) et des énergies violentes (four à 1.500°C). Cet assujettissement du titanesque au fragile est sans nul doute pour une grande part dans la fascination qu’exerce l’expérience d’une visite de la fabrique.

Le grenier de Saint-Louis, la chambre de cristal

Le visiteur qui a eu le privilège d’accéder au grenier dans lequel sont actuellement rassemblées toutes les pièces historiques de la collection de cristal est saisi par le contraste entre la rusticité du bois de la solide charpente et la préciosité du cristal qui scintille dans la pénombre des combles anciens des bâtiments du 19ème siècle.

Faire continuer à vivre l’idée du grenier dans le nouveau musée

Le nouveau musée est un lieu qui s’inspire de l’actuel grenier et qui cherche à retranscrire le contraste des forces en présence ("le fragile et le titanesque"), tant du point de vue de l’ambiance lumineuse que des rapports entre les matériaux et du mode de présentation par accumulation.

Le volume de la galerie-musée s’implante dans la grande halle encore en activité, à l’emplacement d’un ancien four désaffecté. Le musée est composé d’une promenade linéaire en pente douce qui s’enroule autour de grandes étagères en bois, enveloppées de polycarbonate. Le long du parcours, le visiteur est invité à découvrir la nature du cristal et son lien avec le feu, les techniques et savoir-faire employés pour le mettre en forme, puis la collection historique des objets Saint-Louis. Par deux fois, le cheminement propose des vues plongeantes sur le reste de la fabrique ; ce sont de grands plongeoirs suspendus qui projettent le visiteur dans le volume de la halle et lui permettent d’observer les souffleurs de cristal en pleine activité autour du four à 12 pots.

Le parcours scénographique propose un récit entre création, patrimoine, actualité et contemporain. Le parcours est séquentiel. Chaque séquence offre une posture de visite, une manière de regarder et de découvrir la question du cristal. La visite se termine en partie haute du musée dans un espace ouvert qui permet de mettre en scène les créations contemporaines ou des expositions temporaires. La structure arborescente de la charpente y est particulièrement visible et donne au lieu toute sa qualité architecturale. L’image évoquée du grenier prend ici tout son sens.

Dans l’atrium central, ouvert au-dessus de la fosse de l’ancien four, une variation de lustres (60 à 120 lumières) en cristal sont suspendus à la superstructure et définissent une ambiance lumineuse très spécifique au coeur même du musée. Le public redescend ensuite par un escalier qui le ramène au point de départ de la visite ; la sortie se fait à travers le comptoir Saint-Louis, aménagé dans un bâtiment implanté contre la grande halle.

02(@Lipsky&Rollet)_S.jpgTexte détaillé avec données techniques

Le grenier Saint Louis
A Saint-Louis, il est un lieu magique, c’est le grenier dans lequel sont rassemblées les pièces de la collection. Rangées sur de simples tables, des myriades de carafes, de verres à pied, de flûtes, de bougeoirs, de vases, de presse-papiers et de pièces d’art sculptées - transparents ou colorés, dorés ou taillés, en série ou en exemplaire unique - scintillent dans la pénombre des combles anciens supportés par de solides charpentes en bois. Le contraste entre la rusticité du bois et la préciosité du cristal nous a saisi. Les objets accumulés retracent toute l’histoire de la production et du savoir-faire de St Louis. Ce grenier est la mémoire du site et l’esprit du musée.

La halle abrite le musée

Après une longue route jusqu’au coeur des forêts vosgiennes, le visiteur a la surprise de découvrir le musée du Cristal au sein même de la manufacture de Saint-Louis-lès-Bitche. Tel une nouvelle machine, le musée prend place dans la halle de production, au dessus de la fosse ouverte du foyer d’un ancien four. Indépendant, il ne touche ni les murs, ni le toit, ni la structure de la halle qui l’abrite et fonctionne comme une machine intégrée au process industriel et met en scène les gestes spécifiques des verriers.

Dès l’entrée, la vue est confrontée au rapport ancestral à la terre et au feu puis c’est le bruit de fond de la production qui accompagne la visite. Contraste et oppositions se cumulent : celui du grand volume de la halle avec l’espace plus intime du musée, celles du titanesque des machines avec la fragilité des petits objets qu’elles produisent et de la préciosité du bois avec la rugosité du cristal.

La grande halle est un haut volume parallélépipédique de 67m de long, 19,80m de large, surface de travail de 1.326m² et hauteur libre sous ferme de 8,40m. Espace industriel potentiellement en attente d’une nouvelle installation, la partie occidentale, au-dessus du foyer du vieux four, nous a semblé propice à l’installation du musée. Autrefois, elle comportait trois fours à pots. Au rez-de-chaussée surélevé travaillaient les verriers qui avaient accès à la partie supérieure des fours. Par 8 ou 12 ouvertures, grâce à une canne métallique creuse, ils puisaient la pâte de verre en fusion contenue dans d’épais pots d’argile réfractaire. Le travail de soufflage et de modelage du cristal s’opérait ensuite dans un rayon de 4 à 5 mètres, autour du four.

Un demi-niveau enterré permettait d’alimenter les foyers des fours en descendant par des rampes le bois abattus dans les forêts voisines. Les fours étaient à la fois bâtis en briques réfractaires et creusés dans le grès rose des Vosges du terrain naturel. Des galeries de ventilation et de circulation des fumées étaient creusées à même la roche. Des canaux drainaient l’eau des sources et de la nappe affleurant.

La halle a été construite sur une grande hauteur afin que l’intense chaleur des fours (1.500°C) puissent s’évacuer vers le haut par des lanterneaux de ventilation naturelle placés au faîtage. Les façades latérales sont largement ouvertes dans leur moitié supérieure afin de laisser rentrer la lumière nécessaire pour le travail de précision du cristal, ainsi que l’air frais permettant d’alimenter l’effet de cheminée naturelle du lieu.

Aujourd’hui, un seul four à 12 pots est en service dans la partie orientale de la halle. Si au sous-sol, le gaz a remplacé le bois et ne nécessite plus la présence active de plusieurs chauffeurs et de dizaines de bûcherons, au-dessus, les gestes des verriers sont toujours les mêmes et, selon l’heure, 15 à 20 personnes s’activent autour des pots dans lesquels sont maintenues en température des pâtes de couleurs différentes correspondant à la production en cours.

Le four central a été démonté. Une arche de re-cuisson (four linéaire permettant de recuire les objets travaillés et leur refroidissement progressif jusqu’à température ambiante) occupe l’espace. Le four le plus ancien qui occupait la partie occidentale de la halle a été détruit. Le foyer et les poches à verre décaissés dans le grès apparaissent aujourd’hui dans le sol de la halle comme une fosse ouverte de 6,22m x 14,00m et de 5,20m de profondeur. Depuis le niveau de l’étage de travail des verriers, on aperçoit d’anciennes traces de feu sur des restes de maçonnerie de briques et les arches des galeries voûtées de ventilation. Ces ruines évoquent un chantier archéologique qui raconte le jeu ancestral du feu et de la terre.

Une promenade autour d’une grande étagère en bois

L’architecture du musée est une promenade en pente douce s’enroulant autour d’une grande étagère d’1,50m de profondeur - vitrine - dans laquelle sont disposées les pièces de la collection. Des volées de rampes linéaires (4,50% de pente sur 1,50m de largeur) longent les faces intérieures et extérieures de l’étagère. Chaque volée se raccorde à la suivante par un palier horizontal permettant de négocier les passages à travers l’étagère et les retournements d’angles. L’ensemble compose une architecture assez frustre dont le maximum de détail a été volontairement éliminé afin d’offrir au regard les pièces de cristal finement ciselées.

La construction est taillée dans un bois de douglas massif (structure poteaux-poutre de 15x15cm) enveloppée d’une simple peau de polycarbonate ondulé qui assure une isolation minimale avec l’air à température ambiante de la grande halle de production. Le volume du musée est lui chauffé en hiver ou rafraîchi en été par un système à air pulsé ; des gaines de diffusion d’air sont diffusées en sous-face des rampes et une colonne montante de distribution principale prend place dans l’angle sud-ouest.

Les rampes sont constituées de plateaux de douglas contrecollé. Ces panneaux reposent sur des poutres de rives massives formant limon, elles-mêmes supportées par des consoles localisées au droit des paliers en porte à faux. Ces consoles métalliques transmettent les charges aux deux poteaux alignés d’une même file de la structure principale.

Réalisés comme les rampes, deux plongeoirs suspendus projettent le visiteur dans la halle et lui permettent d’observer les souffleurs en activité. Le porte-à-faux des limons latéraux est repris par des câbles en acier galvanisé ramenant les efforts dans les piètements des fermes et dans les poteaux.

La couverture de polycarbonate est posée sur des pannes bois portées par des fermes triangulées implantées sur la même trame que la structure de l’étagère-vitrine. Ces fermes sont composées d’arbalétriers moisant en bois et soutenues par des contrefiches arborescentes, en tubes d’acier galvanisé avec embouts aplatis, se raccordant sur une platine placée en tête de chaque poteau de l’étagère-vitrine.

03(@Lipsky&Rollet).jpgL’atrium intérieur est franchi par des poutres sous-tendues par des câbles en acier galvanisé, permettant la reprise des charges induites par une variation de lustres (60 à 120 lumières) suspendus à la superstructure.

Les façades polycarbonate sont supportées par des ossatures secondaires en bois suspendues aux fermes de la charpente et fixées contre les rampes périphériques. Elles forment main-courante et protection contre le vide.

Intégral Lipsky+Rollet

Fiche technique

Programme : Musée pour collection permanente et événements des arts de la table, sur site industriel. Aménagement du comptoir de vente du musée.
Montant des travaux : 1.780.820 euros
Surface : 945m² SHON
Livraison : juin 2007

Maîtrise d’ouvrage
Maître d’ouvrage : Association Saint-Louis Cristal / Lumière en Pays de Bitche
Maître d’ouvrage délégué : Cristal Saint-Louis

Maîtrise d’oeuvre
Architectes : Florence Lipsky + Pascal Rollet
Suivi des études Catherine Fleury, suivi de chantier Laurent Thierry
Scénographie : Philippe Délis
Muséographie : Marcel Meyer, en collaboration avec Philippe Délis
Signalétique : integral Ruedi Baur & associés
Bureau d’études : SFICA + Gaujard technologie
Economie : Bureau Michel Forgue

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 28 janvier 2010.

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