Dans un article publié en février 2012 dans le quotidien malaysien The Star, Frankie Taggart présente les efforts du conservateur Niels Gutschow pour sauvegarder le patrimoine architectural de Katmandou. Le journaliste souligne la ténacité de l’expert dans une ville où, il y a encore dix ans, aucun permis de démolir n’était requis. Malgré l’évolution de la réglementation, la préservation y reste un sport de combat.
Contexte
Né à Hambourg en 1941, l’historien de l’architecture et conservateur Prof. Niels Gutschow a notamment développé des programmes de conservation du patrimoine architectural au Népal, en Inde et au Pakistan. Il s’attache non seulement à l’aspect stylistique de bâtiments anciens mais procède surtout à une analyse approfondie des méthodes et techniques de conception.
Ayant travaillé au Japon en 1968 en tant qu’apprenti charpentier, Niels Gutschow devint membre du premier programme de conservation népalais-allemand en 1971. En 1973, il obtint son doctorat en architecture au sein de la Darmstadt University of Technology, en Allemagne.
Travaillant sur la conservation de villes anciennes de la vallée de Katmandou, Niels Gutschow oeuvre notamment au sein des villes de Bhaktapur, Katmandou et Patan, toutes trois inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979.
Interdisciplinaire, la méthodologie mise en place par Niels Gutschow ne s’attache pas seulement à l’histoire architecturale mais aussi aux rites religieux et à l’anthropologie.
En juin 2011, l’oeuvre de Niels Gutschow a été récompensée par le Fukuoka Arts and Culture Prize.
EB
SAUVER DES TRESORS DE PIERRE
Frankie Taggart | The Star
KATMANDOU - D’aucuns disent que les temps médiévaux n’ont jamais vraiment pris fin au Népal, où les villes et le patrimoine architectural restent inchangés.
L’image que gardent les touristes de Katmandou est celle des toits démultipliés des pagodes, des palais et des temples ainsi que celle de ces cours intérieures du XVIe siècle, lesquelles furent un temps le composant essentiel de l’aménagement urbain.
Pourtant, selon Niels Gutschow, l’un des experts mondiaux en la matière, l’architecture historique de la capitale népalaise ne sera bientôt qu’un souvenir alors que l’urbanisation sauvage et le désir de modernité changent le visage de Katmandou.
«Consigner les choses dans un livre est un acte de préservation car, un jour, ce sera le seul lieu de mémoire», dit Niels Gutschow, lequel a dédié les quatre dernières décennies de sa vie à relater et préserver les trésors architecturaux du Népal.
A soixante-dix ans, Niels Gutschow a fouillé de multiples sols et gratté sans fin le béton pour mettre à jour l’art oublié des Néwars, premiers habitants de la vallée de Katmandou connus pour leur savoir-faire en matière de briquetage et de sculpture du bois.
Les monuments hindous et bouddhistes des trois villes de la vallée où le spécialiste allemand a travaillé - Bhaktapur, Katmandou et Patan - furent les premiers sites asiatiques inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979.
Mais, chaque année, des cours intérieures aux portes richement sculptées sont démolies, des balcons et linteaux sont enlevés et des corniches et plafonds sont supprimés pour faire place à de nouvelles maisons dans une capitale en pleine expansion.
De significatifs monuments, monastères, temples et constructions historiques disparaissent de par la vallée.
«Il y a encore dix ans, un permis de démolir n’était même pas nécessaire», souligne Niels Gutschow. «Il était possible de démolir sa maison, même dans le cadre de sites inscrits à l’UNESCO».
«Un amendement à la loi impose désormais le permis de démolir mais cela n’a pas de conséquences dans la réalité. Il n’y a pas de mise en application parce qu’aucune municipalité n’a les moyens de dépêcher les forces de l’ordre sur place pour mettre la loi à exécution. C’est un pays sans loi», ajoute-t-il.
Né à Hambourg, fils d’architecte, Niels Gutschow a étudié l’architecture à l’Université de Darmstadt, en Allemagne et travaillé comme apprenti charpentier au Japon dans les années 1960.
Il est arrivé au Népal en 1971 en tant que volontaire sur le projet de restauration du monastère Pujari Math Hindu à Bhaktapur, ville située à treize kilomètres à l’est de Katmandou, où il s’est installé avec sa femme Wau.
Le talent de Niels Gutschow est de sauver des bâtiments historiques de la ruine à partir d’une approche holistique prenant en compte d’anciens rites et techniques de construction définis à partir de vieilles photographies et d’un travail de recherche digne d’un détective.
Son dernier projet porte sur la restauration du Patan Royal Palace et du jardin archéologique de Bhandarkhal, un site de trésors archéologiques datant du XIIe siècle.
Mais les communautés locales, soucieuses d’acquérir un niveau de vie digne du XXIe siècle plutôt que de préserver le caractère médiéval de leur patrimoine, ne sont pas toujours reconnaissantes de son travail.
Niels Gutschow se souvient de violentes résistances à ses efforts de conservation, en particulier à propos de l’Itum Bahal, l’une des cours intérieures bouddhistes les plus vastes de Katmandou, où ses ouvriers furent attaqués à coups de marteaux.
Il dit que son travail consiste à documenter une période bien au-delà du Salut. Mais alors que la dernière maison newari aura sans doute disparu d’ici une génération, il essaie de préserver les principaux monuments de Katmandou.
Architecture des Néwaris, l’ouvrage en trois volumes que Niels Gutschow a mis quarante ans à écrire et dernier en date d’une douzaine de livres, fut publié à la fin de l’année dernière.
Selon Niels Gutschow, ce livre est «l’ultime» chronique des techniques de constructions néwaris et pourrait bientôt devenir le seul compte-rendu d’une époque consignée à l’Histoire par la modernité.
«Je ne déprime pas», dit Niels Gutschow. «Ca fait partie de la vie».
Frankie Taggart | The Star | Népal
19-02-2012
Adapté par : Emmanuelle Borne
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