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Présentation | Marc Mimram à Rabat, un pont pour s'adresser au fleuve (14-03-2012)

«Il s’agit de créer ici un ouvrage unique qui s’adresse au fleuve. Cette structure est délicate et sophistiquée. Sculptée dans le béton clair, elle varie continûment le long de ses membrures», écrit Marc Mimram. Livré en 2011, l’ouvrage de 1.300 mètres de long relie Rabat à Salé. Dentelle minérale et palmes de béton, outre un «dialogue avec l’horizon», promettent une résonance avec la géographie.

Notice Architecturale | Transport et ouvrages d'art | Maroc | Marc Mimram

S’inscrire dans l’horizon paysage

Tout ici est tendu, beau et fragile. L’esplanade du mausolée Mohamed V marque un plateau, la médina et les Oudayas forment au loin une fine texture entre le ciel et l’embouchure du fleuve préparant la découverte d’un autre horizon : la mer.

Le nouveau pont doit dialoguer avec cette horizontalité construite, préserver les vues, offrir des regards, laisser filtrer sans obérer, cadrer les ouvertures sans masquer et surtout laisser le ciel. Car de cette minéralité ciselée, seule émerge de l’horizon la tour Hassan, qui souhaiterait s’y confronter.

Notre projet propose de dialoguer avec l’horizon construit. Tout ici est sensible à la faible variation des échelles bâties dans le dialogue des rives du Bouregreg.

En mettant nos pas dans ceux de cette histoire, il nous faut entrer en résonance avec cette géographie construite, sans heurt, sans gesticulation, mais dans l’attention aux qualités du site : une modernité généreuse et sensible.

02(@MarcMimram).jpgUne structure évolutive et orientée

Pour autant, l’infrastructure s’élevant à 10 mètres du sol doit former un projet unitaire variant continûment d’une ville à l’autre, d’un sol à l’autre.

Il ne s’agit pas ici de créer un viaduc solitaire mais de s’inscrire en continuité, en urbanité. C’est pourquoi nous projetons ici un système structurel évoluant linéairement depuis les viaducs d’accès posés sur leurs appuis simples jusqu’au fleuve pour former l’arc central.

La structure toujours évolutive s’adapte aux conditions pour croître vers le Bouregreg. Les travées latérales sont composées de structures de demi-portiques qui vont croissant, orientés vers le centre du fleuve, face à face... pour former la voûte centrale.

Il s’agit de créer ici un ouvrage unique qui s’adresse au fleuve, déterminé qu’il est par le gabarit central, celui de la navigation vers le port de plaisance, marqué par la longue arche très tendue, celle du lit central qui distingue le fleuve navigable de la partie à l’ouest, découverte avec la marée et où s’installeraient les jetées des clubs et des restaurants.

Cette évolution continue se fait le long d’une grande courbe virtuelle ouverte sur le ciel et centrée sur le fleuve.

03(@MarcMimram).jpgUne dentelle minérale

Les arcs évolutifs sont composés à partir d’un motif unique qui va croissant, permettant de rationaliser le mode constructif tout en autorisant ses variations. Au droit des appuis, les bras laissent filtrer les vues lointaines.

Le pont est composé de trois tabliers juxtaposés indépendants pour offrir les lumières entre les voûtes qui varient au gré des mouvements du soleil. Par son orientation nord-sud, le pont accueille le parcours du soleil pour transformer sa structure en un capteur de lumières et d’ombres, tout en évitant la noire profondeur sous son large tablier.

Les trois parties du tablier sont prises en encorbellement sur la structure centrale pour ordonner et hiérarchiser les éléments constructifs.

04(@MarcMimram)_S.jpgA l’ouest, le spectacle de la médina et des Oudayas est offert aux piétons, aux promeneurs, grâce à une large passerelle en balcon sur le fleuve et le spectacle de l’horizon construit. Ce premier pont, qui accueille également le tramway, peut ainsi aisément trouver une autonomie géométrique vers le sol, sur les rives de Salé et de Rabat. Les deux autres tabliers sont réservés aux véhicules automobiles, bordés par le trottoir à l’est.

Cette structure est délicate et sophistiquée. Sculptée dans le béton clair, elle varie continûment le long de ses membrures adaptées au schéma statique. Nous voudrions ici utiliser des bétons de haute performance pour réduire les équarrissages de ces éléments, les affiner, les tendre pour construire une dentelle légère et ouverte sur l’horizon, variant au gré des lumières qui la pénètrent et la font vibrer.

Ce pont est projeté pour ici et nulle part ailleurs, il est issu de cette attention aux conditions de ce paysage unique ciselé de blanc et d’ocre sur l’horizon. Cette ligne tendue entre Rabat et Salé dialogue avec le fleuve pour y puiser son rythme, sa géométrie, sa structure dans les lumières changeantes de l’oued.

Nous voulons ici que l’ouvrage d’art construise un lien généreux pour l’espace public qu’il façonne, un ouvrage dont la prouesse technique serait au service d’une modernité attentive au délicat paysage du Bouregreg.

Le rythme des piles prolonge par des portées égales de 21 mètres la dernière travée du pont en prolongeant de manière constante le rythme décroissant que celui-ci organise à partir de l’axe du fleuve. La modénature des piles du pont du tramway reprend celle de l’ouvrage principal.

05(@MarcMimram)_B.jpgPour le viaduc d’accès, nous avons projeté ici tout à la fois un ouvrage de liaison et un toit qui donne sens à l’espace public qu’il protège.

Le viaduc est horizontal, c’est le sol qui exprime sa topographie. Cette horizontale crée une ligne de référence et un développement modulaire de l’ouvrage autour de portiques bi-articulés liaisonnés par de fines palmes de béton distinguant les ancrages verticaux, façonnant la sous-face de ce toit protecteur, ordonnant longitudinalement le tablier.

Ici, le système constructif, dans la répétition de ses éléments préfabriqués, autorise une délicate attention à l’espace public qu’il protège. La massivité du béton, l’ancrage gravitaire sont ici mis en dialogue avec la finesse des composants structuraux, le jeu des courbes, des engravures, de l’ombre des fines saillies : un béton distingué dans la minéralité de ses composants...

06(@MarcMimram)_S.jpgLes échelles se combinent ; celle du rapport tactile, de l’oeil dans l’assemblage des composants structuraux, du béton blanc et de ses variations entre ombres et lumières, celle du schéma statique, du toit infrastructurel porté entre les portiques offrant un dispositif lisible, ordonné, hiérarchisé entre lesquels se glissent le soleil et l’échelle de la ville, celle de l’espace public dès l’appropriation à venir afin de partager ce que la ville offre ainsi, un toit, une déambulation entre Salé et le fleuve, dans l’axe de la tour Hassan.

Marc Mimram

07(@MarcMimram).jpgFiche technique

Programme : construction d’ouvrages d’art reliant les deux villes de Rabat et Salé (longueur 1.300m)
* Le pont Hassan II : longueur 330m - 10 travées variables - portée centrale 76m
* Le viaduc de Salé : longueur 600m
* Le pont base nautique : longueur 100m - 2 portées de 35m
* La culée creuse
* La rampe de tramway

Date : 2007-2011
Coût : 100M€ HT
Maîtrise d’ouvrage : agence pour l’aménagement de la vallée du Bouregreg

Maîtrise d’oeuvre :
* Architecture : Marc Mimram
* Bureau d’études structure des ouvrages : Marc Mimram Ingénierie SA
* Bureau d’études techniques (viaduc d’accès et suivi de chantier) : CID

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