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Cahier Spécial - Londres

Portrait | Londres, un 'extrême inverse' selon Brisac Gonzalez (28-03-2012)

Brisac Gonzalez, un nom qui sonne familier. Pourtant, rien à voir avec une autre agence quasi homophone. Fondée à Londres en 1999 par Cécile Brisac et Edgar Gonzalez à l’occasion d’un premier concours remporté en Suède - un musée d’ethnographie -, la jeune agence implantée à Southwark use de la capitale britannique comme d’une plateforme internationale.  

Londres | Brisac Gonzalez

Sur la rive sud de la Tamise, The Shard domine les ruelles de Southwark. Les maisons de briques, un temps délaissées, sont aujourd’hui prisées. Au premier étage de l’une d’entre elles, l’agence francophone.

Une dizaine de collaborateurs s’affairent sur des projets aussi variés qu’un ensemble résidentiel à Moscou et qu’un musée à Copenhague. En revanche, à Londres, «nous avons énormément de mal à percer», constate Cécile Brisac.

«Depuis vingt ans, nous entendons que le système français est moins ouvert que le système britannique ; or, c’est l’inverse», assure-t-elle. Niveaux d’assurance, chiffre d’affaires, certifications sont exigés à chaque concours. Bref, un parcours administratif rédhibitoire ou presque pour accéder à la commande au Royaume-Uni.

La situation est d’autant plus difficile que les projets sont rares. «Nous nous sommes focalisés sur les projets culturels car nous avons en ce domaine bien des références. Mais, en Angleterre, le moindre musée de 3.000m² oppose des architectes tels David Chipperfield ou Zaha Hadid», indiquent les associés. Bref, la compétition est rude.

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«Au Danemark, nous avons remporté un projet estimé à vingt millions d’euros alors qu’ici nous ne sommes même pas retenus pour des concours à un million», précise Edgar Gonzalez.

«Les grands projets privés sont normés et les promoteurs travaillent avec les mêmes noms», poursuit-il. Les grandes agences préemptent une ressource et la commande publique est rare. «Les housing associations, lesquelles font du logement social, ont leurs propres architectes. En France, nous avons été retenus pour un concours aux Batignolles, voilà un scénario impensable ici», dit-elle.

Brisac Gonzalez fait donc ses armes à l’étranger, notamment en France. «Quand on a facilement des projets ailleurs, pourquoi s’efforcer ici ?», sourit Cécile Brisac.

De fait, les deux architectes reconnaissent ne pas «suffisamment jouer des réseaux». Encore que. «Je suis membre du Design Review Panel de Southwark. Il s’agit d’une commission qui se réunit afin d’apporter un regard sur la qualité architecturale du quartier», explique l’architecte.

Le travail est «critique» et la vision «constructive». «Ces desseins verront le jour. Nous nous devons donc, dans les cas les plus catastrophiques, de suggérer une autre façon de faire. Il faut être diplomate et surtout apprendre à être positif», indique Cécile Brisac.

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Alors, pourquoi Londres ? «Londres pour l’Europe mais aussi pour rencontrer des clients russes ou qataris qui ont plus facilement le réflexe de venir ici. L’attention est davantage fixé sur Londres que sur Paris», assure Edgar Gonzalez. «Je ne suis pas entièrement d'accord», rétorque son associée.

«C’est une question personnelle. Londres est un terrain neutre. Cela fait vingt-cinq ans que je vis ici et je ne me sens pas pour autant londonienne. J’ai l’impression d’être là de façon temporaire, d’être toujours sur le qui-vive», soutient-elle.

Au milieu des années 80, la jeune française arrivait à Londres pour y faire ses études. «J’avais besoin d’autre chose que du système académique français et l’AA School est l’extrême inverse», dit-elle.

L’école dispensait alors les enseignements de Zaha Hadid, de Peter Cook et de Nigel Coates. La démarche était fondée sur le développement personnel de l’étudiant. «Le principe est de concevoir un projet fidèle à ses origines où la partie intuitive ne se perd jamais», indique Cécile Brisac.

«J’ai indirectement rencontré Edgar, de passage, un an seulement, à l’AA School. Cubain d’origine, il a fait ses études en Floride et à New York. Depuis, nous nous sommes associés et mariés ou mariés et associés», s’amuse-t-elle.

En 2004, Cécile Brisac est récompensée des NAJA, «un système extraordinaire, un vrai soutien et surtout un moyen de rencontrer des maîtres d’ouvrage», précise-t-elle. «Ici, l’Architecture Foundation remet un prix et paye au lauréat le voyage au MIPIM», ajoute-t-il. L’extrême inverse donc.

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Depuis Londres, Brisac Gonzalez prend un certain recul. «Il y a ici des conversations intéressantes avec les ingénieurs», suggère Edgar Gonzalez. Et des débats ? Certes, la Royal Academy organise des confrontations mais l’heure est au «puritanisme».

«Les icônes sont désormais considérées comme un fléau et le no-design design fait place. Un appel pour une architecture moins ostentatoire est lancé, un effet de la crise sans doute», notent les deux associés.

Mais peu leur chaut. «Cela ne nous influence pas», disent-ils.

Bref, Brisac Gonzalez ne donne pas dans le discours. «Nous avons toujours du mal à décrire ce que nous faisons. Après tout, ce qui nous intéresse, c’est construire».

Jean-Philippe Hugron

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