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Cahier Spécial - Londres

Visite | Heron Tower, la communautaire (28-03-2012)

Londres et ses tours. Le Gherkin hier et aujourd’hui The Shard attirent les regards. Pourtant, un autre gratte-ciel mérite le détour, la Heron Tower, livrée par KPF en 2011 au sein de la City, dont les faces varient selon l’orientation. Notamment, les modules de la façade nord illustrent une organisation en 'villages'. «Communautaire», la Heron. Ou quand les enjeux financiers se font culturels.  

Tours et gratte-ciel | Bureaux | Londres | KPF - Kohn Pedersen Fox Associates

Jeudi 16 mars, la City, 110 Bishopsgate. Rendez-vous est pris avec deux collaboratrices de l’agence KPF (Kohn Pedersen Fox Associates) pour visiter la Heron Tower, sinon inaccessible. A l’entrée, un doorman s’enquiert avec affabilité de l’objet de la visite, à l’intérieur un autre aussi.

Dès ses abords, celle qui, avec ses 230 mètres de haut, s’érige en plus haute tour de la City, offre néanmoins une échelle commensurable grâce à un accès en retrait de la rue. «Une arcade», précise l’architecte Laura Piccardi. Heureuse est l’altitude quand l’ancrage au sol a pour référence le piéton.

«A l’origine, le bâtiment devait être moins haut». En effet, quand KPF remporte le concours restreint lancé par Heron Property Corporation en 1999 pour construire la première tour de bureaux en colocation de la City, la hauteur visée était de 187 mètres.

«Sous la pression des associations de défense du patrimoine (les Heritage groups, ndlr), qui dénonçaient l’altération du panorama, une enquête publique fut lancée. Elle se conclut en faveur du projet mais, la crise économique ayant fait surface, le client a préféré mettre le projet en attente», précise au téléphone Paul Simovic, directeur du projet chez KPF.

«Le projet fut relancé fin 2004». Avec une ambition accrue de la part du client : passer de 187 à 202 mètres de haut. Au total, avec les locaux techniques et la flèche finale, compter 230 mètres de haut.

Le permis modificatif est obtenu en 2005. «Les concepts principaux furent maintenus mais nous avons dû redessiner les plans et la structure pour créer un bâtiment plus large», souligne Paul Simovic. «Il a fallu acheter un peu de terrain», fait écho Laura Piccardi.

Pour maximiser les surfaces, KPF a choisi de placer l’épaisseur des circulations au sud d’un plan carré. D’une pierre deux coups : «le noyau, composé des ascenseurs à double ponts et des escaliers, protège les surfaces de bureaux de l’ensoleillement et permet ainsi de réduire la consommation en énergie», souligne Laura Piccardi au sein de la cage vitrée menant aux étages.

02(@JPHH)_S.jpg«L’autre idée principale du projet était de créer une tour composée de villages», poursuit-elle. 

Un concept directement lié au programme immobilier du bâtiment, destiné à la multi-location. «Précisément, la tour est composée de modules regroupant chacun trois étages, à l’exception d’un module comptant six étages». Au final, onze modules soit trente-six étages de bureaux.

En superposant ainsi, de rompre avec l’échelle du gratte-ciel. Effectivement, l’organisation est lisible le long de la façade nord, dont les motifs croisés empruntent «aux mailles d’un tissu».

«En fait, la Heron tower est composée de plusieurs bâtiments de faible hauteur», souligne Paul Simovic. 

Une recette déjà testée à Londres avec les bureaux de Thames Court. Laquelle ne tient pas uniquement à l’attribution de surfaces. A l’intérieur, chaque village s’organise autour d’un atrium. Dont la triple hauteur vaut presque la vue sur le Gherkin et The Shard noyés dans le fog londonien depuis le 25e étage. Un plateau libre ou presque de poteaux. Et inoccupé.

«Pour l’instant, 35% de la surface de bureaux sont loués», précisent les architectes. La crise étant venue, Heron Property Corporation s’est même résolue à louer les étages d’un même village à différents locataires. De la communauté à la mixité.

03(@HuftonCrow)_S.jpg«Si le profil des loueurs a changé, la flexibilité du bâtiment permet différentes configurations», souligne Paul Simovic. 

Ainsi, la surface vitrée de l’atrium du seul village occupé a été, comme prévu par KPF, remplacée par des garde-corps. 

Inversement, «les locataires, peuvent, s’ils le souhaitent, ajouter un film sur les parois donnant sur le vide afin de préserver leur intimité», souligne Laura Piccardi. «Les séparations acoustiques ont été prévues entre les trois étages», précise Paul Simovic.

En tout cas, «à chaque village de choisir son mode d’énergie». C’est-à-dire sa gestion de la climatisation et, à chaque étage, KPF a prévu la possibilité d’ouvrir des fenêtres découpées dans la peau intérieur de la double épaisseur vitrée des façades est et ouest de la tour.

A chacun sa façade préférée de la Heron Tower. Au Courrier, il y a les tenants du nord et les tenants du sud. D’un côté, un empilage de robustes modules, de l’autre une stratification verticale confère finesse à la robe de la Heron Tower et mouvement grâce au déplacement des ascenseurs vitrés extérieurs.

04(@TimSoar)_S.jpgAu sud, le feuilleté alternant surfaces opaques et transparentes compte également 3.200m² de cellules photovoltaïques produisant 2,2% de l’énergie consommée par le bâtiment. 

Une performance dérisoire au regard des moyennes actuelles mais un bel écran.

«Chez KPF, aucun bâtiment ne ressemble à un autre, nous n’avons pas de formule toute faite», assure Paul Simovic. Selon lui, la Heron Tower est plus unique encore.

«Il n’était pas question de concevoir une tour en Europe, qui plus est au sein de la City de Londres, comme nous le faisons en Chine ; cette tour-là est peut-être l’une des plus réactives à son contexte», dit-il. 

Autrement dit, dans la Heron Tower, «tout est affaire de proportions». Sommet, élévations et, notamment, «la façon dont la tour rejoint le sol» furent l’objet de tous les soins.

Paul Simovic met l’accent sur les façades vitrées du hall d’entrée, «une accroche légère», transparence qui remédie à tout effet 'boîte'. Effectivement, quoique généreuses avec leur triple hauteur, les proportions du hall d’accueil - 416m² au sol - sont 'domestiques'. Pour autant, les surfaces vitrées offrent des vues sur le restaurant du rez-de-chaussée et, au-delà des ascenseurs, sur la ville.

«Douze mètres de long pour quatre mètres de large et deux mètres de profondeur», précise l’architecte à propos d’autres surfaces vitrées, celles de l’aquarium trônant derrière l’accueil. Cette prouesse-là est, pour le visiteur français, moins mémorable que la façon dont KPF est parvenu à allier échelles urbaine et humaine, enjeux immobilier et communautaire. So British, la Heron !

Emmanuelle Borne

05(@JPHH)_S.jpgFiche technique 

Location : London, UK
Client : Heron Property Corporation
Site area : 1.930m²
Type : Office
Size : 70.000m²
Breeam : Excellent
Fire Safety Engineering Award (2009), MIPIM Architectural Review Future Projects Awards, Commendation / Tall Buildings Category (2008)
3 basement levels (B1-B3) - Retail, parking, storage & building operations
3 concourse levels (GF, FF & Mezz) - Reception, retail and building operations
36 office levels (L2-L37)
3 restaurant levels (L38-L40)
6 roof plant levels (L41-L46)

Réactions

loouis | architecte | paris | 02-04-2012 à 16:35:00

So Britsh,en effet. Il y a dans le soin anglais du detail constructif un certain echo à l'ornementation très soigné de l'architecture victorienne. Cette tour s'inscrit bien dans la continuité des tours anglaises dont le but n'est pas d'être les plus hautes du monde mais de mettre au point des techniques et des configurations spatiales innovantes.

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