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Cahier Spécial - Londres

Portrait | Michel Mossessian, Londres dans les yeux (28-03-2012)

Michel Mossessian ?  «De mémoire, je suis le premier architecte français à avoir livré une construction dans la capitale britannique et ce, avant Jean Nouvel», dit-il. Après avoir dirigé les bureaux londoniens de S.O.M., il a fondé en 2005 sa propre agence : Mossessian & Partners. L’approche est 'glocale' et Londres, en arrière plan, une ressource. Rencontre.

Londres | Michel Mossessian

Au bout de Norton Folgate, Worship Street, frontière nord de la City. Le paysage aseptisé de verre et de fer laisse place, à Shoreditch, à des atmosphères déshéritées de toute attention tertiaire tandis que, des prolos aux bobos, le quartier opère sa mue. Les architectes désormais s’y pressent. Une adresse. Au 31 Hoxton Street, Mossessian & Partners.

«Londres ? J’ai le sentiment de New York dans les années 80, un poumon qui absorbe l’énergie et la redonne», affirme Michel Mossessian.

Alors, Londres, oui mais East London ? «Il y a ici un système de défense qui prévaut ; personne ne peut marcher et lire son journal, des fumées sortent du trottoir, quelqu’un vous bouscule. Il faut regarder pour s’engager dans la rue. Personne n'observe l'autre pour savoir ce qu'il fait mais il demeure que la meilleure défense est l’engagement et non l’évitement. La peur nous fait rester en alerte», raconte-t-il.

Le quartier, d’un coupe-gorge, d’un endroit de tensions, est devenu un haut-lieu animé sans pour autant être ni univoque ni uniforme. Bref, idéal pour des hommes en noir.

02(@EdReeve)_B.jpgLa modernité, un projet inachevé ; l’architecte évoque Habermas. «J’ai l’impression que nous pouvons laisser à Londres notre marque. La ville se transforme, il y a toujours trente grues en action», dit-il.

Laideurs éclectiques ? «J’entends souvent bien des Français dire, depuis la terrasse de la Tate Modern, en regardant vers la City, que c’est laid. Le paysage est pourtant à l’image d’un orchestre qui sort un son. La forme d’une trompette n’est-elle pas, individuellement, laide ?», relève l’architecte.

Le beau est «une facilité». Quand bien même Paris est un «espace militaire» qui donne dans la «production de symboles», Londres ne confère à ses bâtiments aucune autre valeur que celle de son usage.

«Une construction est une fonction. La notion d’utilité est belle en soi. Le principe des Beaux-arts, quant à lui, ne fait que répéter un catalogue», poursuit l’architecte.

De fait, Michel Mossessian se révèle plus que méfiant à l’encontre des images. «Leur abondance est une machination de dépendance. Il faut sortir de la tour d’ivoire et de la manipulation de l’image qui rentre dans un cadre», affirme-t-il.

Aussi, l’architecte prône «une présence globale avec une pertinence locale».

03(@Mossessian&Partners)_S.jpg

D’abord élève chez Ciriani, puis, aux Etats-Unis, de Cooper Union à Harvard, Michel Mossessian se retrouve sous l’aile de Bruce Graham. «S.O.M, un moment assez unique. J’ai été formé par de très hauts techniciens et par la tradition miesienne».

Toutefois, quelle pertinence donner à l’exportation d’un modèle inadapté à tout type de contexte ? Avant d’en arriver à une vision toujours plus affinée de la modernité, Michel Mossessian présente son parcours.

«Je suis Parisien, du quartier latin. J’étais, dix ans après mai 68, insatiable et j’ai abusé de Paris. Il y avait l’espace des sons et des sens», se souvient l’architecte.

Puis, outre-Atlantique, une thèse. «Mon propos était de développer l’outil informatique, non comme un outil de dessin mais comme un outil capable de formuler une pensée complexe». En d’autres termes, de la boîte noire à la page blanche.

Enfin, S.O.M. «J’étais responsable d’un studio de 30 à 40 personnes dans une agence qui en comptait dix fois plus», indique l’architecte.

De cette époque, il retient un univers «macho» où les rapports de force sont tels que celui qui parle le plus fort voit son opinion primer sur les autres. «Beaucoup trop de chefs donnent leur opinion. Résultat : des bâtiments à trois têtes et à trois pieds».

04(@Mossessian&Partners)_B.jpg

Par analogie informatique, Michel Mossessian développe aujourd'hui au sein de son agence le concept dit de la boîte noire. Aussi, la salle de réunion, ouverte, est cernée de murs sombres. «Il s’agit de créer une synergie d’idées où l’égo est désengagé. Nous devons 'désujétiser' et l’objet doit être reconnaissable», dit-il.

Sur la table, un verre. L’architecte le manipule. Quel que soit l’angle, quelle que soit la position de l’observateur, le verre reste toujours identifiable.

«Je simule souvent le point de vue du client et de l’utilisateur final. Je ne dessine jamais une ligne avant une vision commune», assure-t-il.

«J’ai appris à faire des boîtes pures, à faire des détails aussi. L’architecte, en France, est très vite détaché du bâtiment et il a ainsi perdu sa principale ressource pour trouver le sens. Il y a au Royaume-Uni un côté pragmatique. On pense moins mais on détaille plus. La vision continentale reste conceptuelle. Ici, nous avons une emprise sur la chaîne de valeur. Nous dessinons pour des entreprises», soutient Michel Mossessian.

A Paddington, l'architecte a dessiné en 2005 un immeuble de bureaux (livré en 2010) issu «d'une accumulation de savoir-faire sur le tertiaire». «Il s'agissait de dépasser les limites d'une typologie. Voilà une commande privée qui n'a jamais été redessinée», se félicite-t-il.

Londres commençait alors à devenir «une destination architecturale» et la City à subir une importante transformation. «L'espace public y est une sculpture du vide», affirme Michel Mossessian. Une appréciation qu'il transpose à ses projets.

05(@mossessian&partners)_B.jpg

«Il y aura toujours des caries et des dents creuses. Londres est, avant tout, un ensemble d''estates', d'espaces privés à bail emphytéotique. De fait, les règlements imposent la porosité de ces ensembles», explique-t-il. D'où la primauté de l'espace public et le soin apporté au sein même des limites d'une opération. Au delà, une affaire d'état.

«La City veut rester en compétition avec Canary Wharf, une grille Beaux-arts plus facilement compréhensible», analyse Michel Mossessian.

La figure de Peter Rees, urbaniste en chef de la Corporation of London, de la City par voie de conséquence, s'invite à plusieurs reprises dans la conversation. Selon Michel Mossessian, l'homme aurait pu céder à «la tentation forte d'hyper-protéger l'espace public». S'il reconnaît l'omniprésence des caméras, il note, par la même occasion, l'absence significative de 'bobbies'.

Internet et la fin de l'espace de travail ? Il cite Peter Rees à nouveau. «Londres permet d'aller au pub, la meilleure source d'informations sur ce que fait l'autre».

Bref, une analyse partagée au point qu’en Russie, à la question posée sur la meilleure manière de régénérer rapidement les quartiers d'une des plus grandes villes du pays, l'architecte proposa aux autorités d'y amener la communauté homosexuelle. Blanc dans l'assistance.

«La mixité est possible à Londres», souligne Michel Mossessian. A l'architecte donc de poursuivre un idéal. Y compris à Doha dans un «environnement qui n'est certes pas démocratique mais qui est libre et où l'espace peut changer les comportements».

Jean-Philippe Hugron

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