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Cahier Spécial - Londres

Visite | Renzo Piano, The Shard : une architecture à la pointe (28-03-2012)

Londres, rive droite. Southwark. Dans le métro en direction de London Bridge Station, un passager épluche le journal du 23 mars 2012 ; la veille, des ouvriers s’étaient montrés en équilibre au sommet de The Shard pour fixer les derniers éléments de la coiffe. Bref, de quoi défrayer la chronique. Rencontre quelques jours plus tôt, à Paris, avec Joost Moolhuijzen et William Matthews, chefs de projet.

Tours et gratte-ciel | Logement collectif | Commerces et hôtels | Londres | Renzo Piano

Il aura fallu plus de dix ans pour faire émerger ce gratte-ciel de Londres. En 2000, un promoteur avait pour ambition d’ériger la plus haute structure de la ville. Pour ce faire - et rendre le projet acceptable par les autorités municipales dans un contexte peu enclin à l’architecture verticale -, il dût faire appel à une signature. Son choix, Renzo Piano.

Rue des Archives, dans le IVe arrondissement de Paris, l’agence du célèbre architecte regorge de maquettes, de plans et de photographies de London Bridge Tower, The Shard pour les intimes.

05(@JPHH)_S.JPGAu mur, les clichés de la construction. Joost Moolhuijzen et William Matthews se félicitent des dernières images ; la tour a atteint son sommet. Livrée en juin 2012, ses aménagements intérieurs ne le seront que l’année prochaine.

Sur la table, en vrac, dessins, gravures et plans. Dès les premières esquisses, les premiers ajustements, la tour est rabotée. «Si elle était, pour des raisons de proportions, plus haute, la nouvelle règlementation quant à l’aviation interdisait toute construction de plus de 1.000 pieds», soutient Joost Moolhuijzen.

Autre ajustement, le programme. «Nous avions une liberté certaine. Le promoteur de la tour n’est pas de ces grandes entreprises qui viennent nous voir avec un bâtiment déjà dessiné», assure William Matthews.

Dès lors, Renzo Piano propose, plus qu’un édifice de bureaux, une tour mixte afin d’assurer un rapport entre forme et programme. «A dire vrai, peu croyaient en la mixité», se souvient Joost Moolhuijzen. Aujourd’hui, The Shard offre bureaux, logements de luxe, hôtel, restaurants et belvédère public.

02(@RPBW)_S.jpgGéométrie variable pour éléments programmatiques ; les architectes se sont assurés de garantir la flexibilité sinon la réversibilité des espaces. 

Dès 2005, la répartition connut ses premiers ajustements et le nombre d’étages dévolus à l’hôtel fût revu à la hausse. Enfin, les dix appartements répartis sur les treize niveaux supérieurs purent être, quant à eux, transformés.

«L’idée de polyvalence est importante», soutient Joost Moolhuijzen. Néanmoins, à ce jour, la répartition est fixée. «Il nous a fallu être têtus et savoir tenir bon», poursuit-il. Et ce, quand bien même le client est «anti-establishment».

Le projet a «tenu parole». «La ville nous a obligés à travailler avec des perspectivistes agréés pour présenter au public les images les plus fidèles possibles afin de ne pas tricher», explique Joost Moolhuijzen .

Un projet sans trahison des images donc. «Nous avons vendu ce dessein, nous nous devions donc de le livrer tel quel. C’est notre promesse à la ville. C’est notre nom», poursuit-il.

03(@JPHH).jpgAussi, pour éviter les coupes budgétaires et maintenir les niveaux d’exigences, tant dans les finitions que dans les matériaux choisis, Renzo Piano s’est attaché à optimiser la taille du noyau et, par voie de conséquence, la surface locative.

«La préférence de notre client allait à l’augmentation de valeur plus qu’à l’économie», souligne William Matthews. 

Aussi, des 450 millions de livres (537 millions d’euros), 50 (59 millions d’euros) ont été alloués aux façades. «Une grande partie des coûts est invisible. C’est sur ces postes qu’il faut travailler», ajoute l’architecte.

Du verre, mais du verre «extra-white». «Nous avons eu du mal à convaincre la maîtrise d’ouvrage de ne pas faire un vitrage teinté. Pourtant, mettriez-vous des lunettes de soleil la nuit ou par temps gris ? Notre but était d’offrir un éclairage naturel maximum», se souvient William Matthews.

«Un bâtiment ne sera jamais transparent. Nous voulions davantage de perméabilité et proposer une tour qui n’a rien à cacher, où la transparence est plus métaphorique que réelle. Notre intention n’était donc pas de réaliser un projet arrogant comme la Tour Montparnasse ; nous ne voulions pas poser un objet sur l’horizon. Nous avons, à l’inverse, recherché une attitude plus poétique», poursuit-il.

«La tour dialogue avec le ciel plus qu’avec les constructions voisines», souligne Joost Moolhuijzen. Tant l’aspect «cristallin» que les pans inclinés à 6° assure cette communion atmosphérique. Qui plus est, les façades ne se touchent pas. «Il n’y a pas de point fini», assurent les architectes.

«Nous avons subi très peu de critiques. Nous avions fait plusieurs expositions et les commentaires étaient très largement favorables», se souvient William Matthews. L’approbation est d’autant plus élogieuse que la procédure a été «exceptionnelle».

«Le débat a été très démocratique et a duré plus d’un an. Les retours ont nourri le dessein et une dizaine de règles devait garantir la qualité de l’ensemble. Parmi elles, la création d’un observatoire public ou encore la pose d’un revêtement de qualité», indique Joost Moolhuijzen.

La tâche est d’autant plus délicate que le projet est intimement lié à l’aménagement urbain du sud de la Tamise. En lieu et place d’une tour des années 60, au dessus de London Bridge Station, The Shard est l’occasion d’une vaste recomposition dans le cadre de la «section 106».

«Une règle d’urbanisme. Si quelqu’un construit un supermarché, le supermarché paye le rond-point. Notre rond-point n’était autre que la gare», résume William Matthews.

04(@RPBW).jpg

La gare est donc un «cadeau» à 30 millions de livres. «Il n’y a pas de plan masse. Nous avions seulement une direction pour améliorer un morceau de ville. C’est la seule façon de faire de l’urbanisme à Londres et nous nous devons de travailler avec d’autres moyens en sachant que le but n’est ni plus ni moins le même qu’ailleurs. Londres est une ville de marchands», explique Joost Moolhuijzen.

«Le commerce est plus fort que la politique. Seuls Canary Wharf et les Jeux Olympiques ont imposé des plans masses. Ce sont là les deux seuls exemples. Londres est la ville romaine la plus moderne du monde», soutient William Matthews.

Aussi, la tour assure par une taille de guêpe un espace public généreux. Générosité tout aussi tangible au sommet de la tour. «Nous avons dû convaincre la maîtrise d’ouvrage de construire 70 mètres de haut pour, a priori, rien. Mais voilà l’essence et la magie du projet. Les flèches des églises n’étaient-elles pas vides après tout ?», relève William Matthews. Une image qui, aussi proche soit-elle du parti formel adopté, ne doit pas être compris «littéralement».

In fine, si la tour joue de l’imaginaire londonien, elle participe à l’évolution géographique d’une ville qui cherche à se recentrer sur son fleuve et à créer de part et d’autre un équilibre urbain. Mais The Shard est avant tout une pique à l’encontre de la City.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

mathieu | archi | 05-09-2013 à 16:24:00

pourquoi, porte de Versailles, la mairie de Paris n'a pas appelé Piano pour dessiner la tour triangle?
Une version triangulée réussie à Londres alors que Paris est à la ramasse version 70's...

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