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Visite | L'Atoll, OVNI bienvenu signé A. Virga et V. Parreira (25-04-2012)

Livré dans les temps début avril après douze mois de travaux, l’Atoll, 'éco-parc' commercial de 91.000m² conçu et réalisé par les équipes des architectes Antonio Virga et Vincent Parreira, relève un autre pari en conjuguant ampleur avec sobriété architecturale et finesse du détail. Un centre commercial de périphérie qui réinvente la typologie du genre et enchante l’entrée d’Angers (49).

Commerces et hôtels | Angers | AAVP Architecture

21 février 2012. Accompagnant les architectes Vincent Parreira et Antonio Virga, le Courrier arrive à Beaucouzé, juste à l’ouest d’Angers. D’un côté, une zone pavillonnaire ; de l’autre, une autoroute. Et la départementale, depuis laquelle l’enveloppe elliptique de l’Atoll, centre commercial HQE dédié à l’équipement et la décoration de la maison, apparaît sans tapage.

Pourtant, le gigantisme est de mise : abritant 91.000m², dont 71.000m² de surface de vente pour plus d’une cinquantaine d’enseignes, l’Atoll forme le contre-point de la zone commerciale de Saint-Serge située au nord de la ville.

«Comment construire 90.000m² sans ostentation ?». Lauréats du concours en 2008, Antonio Virga et Vincent Parreira ont d’emblée le souci de conférer échelle appréhensible à l’ampleur, tout en préservant le contexte de l’Atoll. «Aimant travailler les limites», les architectes choisissent d’exploiter au maximum les vingt-trois hectares à leur disposition. D’où une ellipse inclinée adoptant la forme du terrain, «un voilage courbé sur les hanches du territoire, intervention contemporaine à la Christo dans le paysage», précise Vincent Parreira.

En résumé, l’émergence ne tient pas seulement au galbe d’une peau nacrée mais d’abord à un savant rapport entre hauteur et surface. C’est-à-dire à peine douze mètres de haut pour 91.000m² de plain-pied.

Partout, les ouvriers s’activent : d’autres chiffres témoignant de l’échelle. «Compter trois cents ouvriers sur le clos couvert et les aménagements extérieurs et cinq cents travaillant sur les aménagements intérieurs des commerces», précisent Antonio Virga et Vincent Parreira, en casques et bottes de chantier.

«Notre mission portait sur la création du bâtiment 'en blanc', c’est-à-dire de la structure et de l’enveloppe, ainsi que des aménagements extérieurs. A chaque enseigne d’aménager la surface intérieure qui lui est dévolue», expliquent-ils.

02(@LucBoegly).jpgAux architectes la coque donc. Issue d’une série de prototypes, «sachant que nous avons consacré trois mois à la dessiner», la robe comme le volume étonnent à défaut de détonner. 

D’aucuns y verront une tôle perforée de plus mais celle-là n’est pas tout à fait comme les autres.

D’abord, la précision d’un motif dégressif s’ajournant progressivement vers le haut et se déployant sur 1,5 kilomètres de linéaire réconcilie avec les résilles.

Un cache-misère de luxe. Façade principale de l’Atoll, la peau dentelée camoufle en effet la zone de déchargement des marchandises qui se déroule le long d’une voie de circulation entre l’enveloppe et le bâtiment. 

«Nous savions que ce serait la fête foraine dès le départ. L’enveloppe permet d’éviter toute pollution visuelle ou acoustique», souligne Vincent Parreira. Quid de l’entretien ? «Philippe Journo (fondateur de la Compagnie de Phalsbourg, maître d'ouvrage chargé de la commercialisation et de la gestion de l’Atoll, ndlr) gardant la propriété de la plupart des espaces, il a déjà prévu de nettoyer la résille deux fois par an», précise Antonio Virga.

Une peau urbaine pour «un bâtiment introverti» car l’accès aux commerces a lieu au coeur de l’Atoll. Le parti dénote au regard de l’impératif 'vitrine' des programmes commerciaux. Sauf qu’ici, toutes les enseignes sont à la même enseigne. «Dans la mesure où la forme est elliptique, il n’y a pas d’emplacement plus avantageux qu’un autre».

03(@LucBoegly)_B.jpgIntroverti, l’Atoll ne fait pas moins office d’entrée de ville. Visitant l’objet en plein jour, le Courrier ne verra rien du système de rétroéclairage intégré à son enveloppe. Mais, se fiant aux images, l’Atoll devient bien un signal une fois le jeu de lumières actionné.

Côté coeur, le centre commercial bousculera sans doute les habitudes. Distribuant chaque commerce, une promenade pavée de bois recomposé d’environ cinq mètres de large longe le kilomètre intérieur de l’ellipse. Un parcours sans dédales. Anneau contre anneau, une chaussée cerne espaces verts, restaurants, 'place des amoureux', zone de jeux et 1.500 places de stationnement qui composent le centre de l’ensemble.

A plus d’un mois de l’ouverture, des encarts immaculés attendent les enseignes qui seront fixées au dessus des commerces. «L’affichage est géré par une charte graphique», précisent Vincent Parreira et Antonio Virga.

Maîtriser le moindre détail et concrétiser le plus fidèlement possible les dessins des études : les deux compères avaient à coeur ce défi-là. A ce titre, ils soulignent l’enthousiasme de Philippe Journo. «Grâce à lui, nous avons obtenu presque tout ce que nous avions dessiné».

Justement, de regretter l’interruption de la résille au sein des corridors menant au coeur de l’Atoll, qui compte trois accès en forme d’entonnoirs. Se soulevant au droit des porches pour former un auvent à double courbure avant de se rabattre sur la coque, la peau ainsi sublimée s’arrête abruptement à l’intérieur des passages. «Une question de budget», expliquent les architectes. Ostentatoire, pour le coup, l’économie.

04(@LucBoegly)_B.jpgHeureusement, la peau reprend ses droits à l’intérieur de l’Atoll, où elle devient, au-dessus de la promenade, marquise doublée de polycarbonate pour protéger de la pluie.

Alinéa, Castorama, Boulanger : réparties à l’est et à l’ouest de l’Atoll, «ces têtes de ponts avaient signé dès le concours, d’où les variations de l’épaisseur du bâtiment». En effet, l’Atoll se resserre au nord et au sud où se démultiplient les espaces réservés aux 'petites' marques.

Une répartition redéfinie plus d’une fois en cours de chantier comme en phase d’études, au gré de la demande. Pour assurer cette flexibilité tout en préservant la coque, les architectes ont privilégié une ossature poteaux / poutre et un remplissage en parpaings entre les commerces.

D’imaginer sans difficulté les visiteurs allant d’enseigne en enseigne, à pied ou dans la navette électrique prévue à cet effet.

De boutique en boutique aussi car six «galets» de béton et verre bombés et courbés ponctuent la promenade. Le fruit d’une demande de Philippe Journo, venue après le concours, «pour remédier au diamètre de l’Atoll, trop important avec ses 400 mètres».

05(@EricHeranval)_B.jpgEntre les galets et les espaces verts composées en collaboration avec le paysagiste Paul Arène, le coeur de l’Atoll tient effectivement davantage de l’oasis ponctuée que du vaste ring, une composition dûment réglée. «Philippe Journo fit détruire l’un des galets parce qu’il masquait une perspective», sourient les architectes.

Outre la précision des courbes, bien des détails témoignent de l’implication de l’un et des autres. Par exemple, les bandes engazonnées des places de stationnement, entaillées dans le béton. Ou le souci de soustraire autant que possible les voitures aux regards. «Légèrement décaissées, les places de parkings seront bientôt cernées de différentes strates de végétation : buis, bambou et autres essences». Ici, des copeaux de bois et d’ardoise cernent les galets ; là, des murets matricés sont teintés dans la masse ; ailleurs, les joints sont parfaitement alignés...

«L’Atoll est un 'retail park' de périphérie que nous avons conçu tel un musée», confirme Vincent Parreira.

Pourtant, il y eut des compromis. Telle cette ellipse dans la marquise, formée d’un porche à double pente signalant l’entrée d’une des enseignes. Iconique, trop iconique pas de porte. «Non négociable», surtout. Sinon, la principale dérogation aux perspectives du concours est invisible : pas de toit végétalisé comme prévu. «C’était beaucoup d’entretien pour peu de bénéfices environnementaux», expliquent les architectes.

Reste que la tenue de l’ensemble en fait «un pari relevé» dont se félicitent Antonio Virga et Vincent Parreira.

L’Atoll ? Un ovni et, dans les années à venir, sans doute une référence en la matière. Il est loin le temps des 'boîtes à chaussures' de Saint-Serge.

Emmanuelle Borne

Fiche technique

Programme : 51 surfaces de vente pour l'équipement de la maison et de la personne et 12 restaurants
Aménageur : Angers Loire Métropole
Maîtrise d’ouvrage : Compagnie de Phalsbourg
Réalisation commercialisation, gestion, investisseur : Compagnie de Phalsbourg
Maître d'œuvre architecte mandataire : Antonio Virga architecte & AAVP Architecture - Vincent Parreira
Chefs de projet: Thomas Lastennet / Romain Braida
Paysagiste : Atelier Paul Arène
AMO HQE : Elan
Maître d'oeuvre réalisation & OPC : Girec Ingénierie mandataire


Emprise foncière : 23 hectares
SHON : 91.000 m²
Surface de vente : 71.000m²
Surface d'espaces verts : 60.000m² et environ 1.000 arbres
Concours : premier semestre 2008
Début des travaux : mars 2010
Livraison : début avril 2012

Réactions

Baoan | 29-11-2012 à 11:05:00

IPRESSIONNANT! A tous points de vue

les aliens et ovnis | professeur | Lyon | 29-05-2012 à 20:19:00

Salut
tres belle realistattion, donne un modéle d un autre temps .Heureusement, la peau reprend ses droits à l’intérieur de l’Atoll, où elle devient, au-dessus de la promenade, marquise doublée de polycarbonate pour protéger de la pluie.

olivier | cadre transports publics | Angers | 28-04-2012 à 11:29:00

Une belle réalisation, qui reconduit cependant un modèle d'un autre temps, celui du "retail park", mono-activité, générateur de flux de déplacements automobiles, grignoteur de terres agricoles, et, quoi qu'on en dise, qui concurrence les centre-ville et favorise la rurbanisation. Un modèle toxique donc pour l'avenir d'une ville comme Angers, qui bien que très volontaire en matière de développement durable, n'a manifestement pas les moyens de résister aux sirènes d'une forme de business qui fait des efforts pour être éco-responsable (HQE, ...) mais ne peut l'être du fait de sa nature même.

angevine | journaliste | Anjou | 26-04-2012 à 08:23:00

Angevine depuis peu, et déjà utilisatrice forcée de l'Atoll, puisque certaines enseignes ayant quitté le centre ville pour l'Atoll, je regrette que l'on ait rassemblé tous les bistrots, restaurants au centre. Il aurait été agréable pour le visiteur-client, de pouvoir faire des pauses cafés au long de sa déambulation. Dommage aussi, même si la végétation les masque un peu, d'avoir prévu es parkings en surface. Cela dit, on peut craindre un vieillissement rapide de la résille. Pour le moment, c'est insolite et relativement discret dans le paysage

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