Circuler, y'a rien à voir ! Trop tentant. Mais, une nouvelle fois, la Cité de l'Architecture déçoit et tombe dans la facilité. Pourtant, elle avait, à cette occasion, fait appel à une pointure : Jean-Marie Duthilleul, dont l'expérience sur la mobilité et l'architecture n'est pas des moindres. Hélas, sur la colline de Chaillot, il en est presque une fatalité : l'alchimie transforme l'or en plomb.
Si la peinture ou la sculpture sont des arts qui se montrent à l'échelle 1, l'architecture, quant à elle, ne se prête pas à telle ambition. L'exposition est, qu'on le veuille ou non, en dehors et en dedans de toute construction.
C'est un fait, l'exposition d'architecture ne peut présenter l’oeuvre en tant que telle. Elle n'en révèle au public que les représentations. Cela peut-il suffire ? Probablement pas, sauf pour la reine des institutions parisiennes en la matière.
Une expo d’archi se doit en effet de mêler, juxtaposer, opposer les sujets dans un but démonstratif - en clair être plus ou moins problématisée - sauf à tomber dans la rétrospective ou l’hagiographie et encore.
C'est donc à partir d'un mot, un verbe à l'infinitif, que la Cité, en ce printemps, interpelle le curieux. Circuler. Et pourquoi pas «transporter» ? A cela s'ajoute un sous-titre 'Quand nos mouvements façonnent la ville'. Et pourquoi pas nos «déplacements» ? Alors, un mot plus qu’un autre, sans autre légitimation. Pourquoi pas. Enfin bof.
Quoi qu'il en soit, un intitulé à l'affirmative. A l'impératif, circulez !
Ligne 9, arrêt Trocadéro. Passez le hall, empruntez les escaliers et suivez les interminables couloirs de la Cité. Enfin, l’exposition, la fameuse. Dès la première minute, une découverte d'importance : avant, pour se déplacer, l'homme marchait. Premier point abordé : à pied, à cheval, en bateau.
Au mur, dessins de maisons et d'immeubles - d’après Albert Laprade - tentent de créer l’impression d’une rue. Quelques fenêtres découpées laissent aux visiteurs la possibilité de réveiller ses élans voyeuristes. A travers, des documents iconographiques. Des relents de calendrier de l'avent pour une scénographie aux allures de patronage.
A l'image, le son. Cataclop, cataclop. L'ambiance de la rue d'antan en quelques bruits de sabots ferrés. Pédagogie quand tu nous tiens... Bref, circulez !
Deuxième étape du parcours : les gares. Jean-Marie Duthilleul, commissaire de l'exposition, retrouve là son thème de prédilection. Alors ? Une série de cartes postales anciennes, ni plus ni moins, surtout ni plus.
La gare de Limoges, la gare de Tours, la gare d'Anvers, de Hambourg, de Boston... Et ? Qu'attendre ? Une explication ? Les gares de 1870 sont-elles celles de 1900 ? Les gares américaines sont elles à l'image des gares européennes, quand bien même il serait pertinent d'en faire des typologies?
Pas un plan, pas une analyse, rien. De l'image. Rien d'autre. Circulez !
Au bon souvenir de la gare de Gand, succèdent les cartes postales de rues. Tramway, métro aérien, omnibus. Du déjà vu. Et l'architecture ? Les stations de métro ? Les terminus ? Les remises ? Les garages ? Non plus.
Rien n'y fait. La suite est du même acabit. Un peu de parking, un peu d'aéroport, un peu d'autoroute. Le thème est si vaste que l'exposition ne fait que survoler, en images, chaque programme sans jamais soulever quelconque problématique.
François de Mazières se félicitait auprès de quelques journalistes, le soir de l’inauguration, d’une exposition «grand public».
Mais la Cité ne s'adresse-t-elle qu'aux enfants ? Il est vrai que le tout est sponsorisé par le Journal de Mickey qui, à ce propos, offre gratuitement un fascicule pouvant aisément se substituer à la visite.
Alors, au sortir de l'exposition, des questions se posent... Quelles sont les raisons d'une telle vacuité ? Pourquoi et comment Jean-Marie Duthilleul s'est-il fourvoyé dans cette affaire ? Pourquoi, de celui qui parle si bien de(s) gare(s), ne transparaît rien de sa réflexion ?
Autre point, est-il du rôle d'un architecte de concevoir une exposition ? Probablement pas. Si la société exige à tous d'être spécialiste en chaque domaine, il est trompeur de penser que chacun peut s'essayer à tout. Du moins, pas à la Cité. Viendrait-il à l’idée d’un conservateur ou d’un historien de construire une gare ?
Alors, de là à penser que Jean-Marie Duthilleul n’était qu’un faire-valoir... En ce cas, décevante Cité. Mais à force, une habitude.
Jean-Philippe Hugron
soni | architecte | paris | 28-09-2012 à 10:24:00
Je suis entièrement d'accord avec cet article.
En revanche, je pense que le problème de la Cité de l'archi est justement qu'elle est peuplée de toute sorte de profils sauf d'architectes! Pourquoi pas demander à Duthilleul de faire une exposition, mais des architectes au sein de la cité de l'archi devraient le seconder. Sinon, on aboutit clairement à ce résultat, une expo produite par des stagiaires, sans fond, et complètement nulle.
Perrine51 | 24-05-2012 à 00:34:00
Je suis complètement d'accord avec cet article : une critique très constructive qui pointe du doigts les enjeux majeurs d'une telle expositions, manifestement oubliés par le concepteur. J'ai été très déçue en sortant !( ce que j'ai fait très rapidement).
DUTH | ARCHITECTE | PARIS | 01-05-2012 à 09:38:00
Enfin une vraie critique et c'est courageux !!! Parler c'est bien, réfléchir c'est mieux, et Construire c'est apparemment quelquechose d'Inconnu pour tous ces gens "qui s'exposent"
cath char | 26-04-2012 à 10:14:00
je partage entièrement les arguments développés ; une vraie critique !ce n'est pas si fréquent!)
c'st dommage : le théme des espaces de déplacements est fondamental pour toute société
Isa | Archi | IDF | 26-04-2012 à 10:03:00
Une expo qui s’adresse aux 7 à 77 ans via l’image. Aurait-on oublié que les enfants apprennent à analyser, faire le tri et le ménage dans leurs esprits mieux que nous adultes ?
Depuis que les architectes ont franchi les portes des écoles, les constats sont nombreux : les enfants sont réceptifs à des idées autant que les adultes. Donc, une expo avec que des images pour les enfants, non ! Pas suffisant ! Il ne faut pas confondre « grand public » et « on n’est pas capable de présenter mieux » !
CUT (Benjamin Clarens et Yann Martin) a livré à Chaville (92) en 2011 l’extension d’une maison ou, plus précisément, de deux. Souhaitant s’agrandir, une famille de la banlieue ouest rachète le...[Lire la suite]
_B.jpg)
«Le but était de conserver l'enveloppe existante et d'y ajouter des fenêtres. Le bâtiment continue ainsi à vivre d'une façon différente», explique Laurent Savioz. Le pari est audacieux, la mue...[Lire la suite]
_B.jpg)
«Nous avons privilégié la compacité pour limiter les déperditions d’énergie mais également pour jouer la carte d’un volume simple abritant des espaces plus complexes», expliquent les...[Lire la suite]
_B.jpg)
DEMEURER. CREUSER. Bassam el Okeily conçoit à partir d’un vocabulaire littéraire une maison de ville à Bilzen dans les Flandres belges. Il superpose une «façade qui raconte» et une...[Lire la suite]
_B.jpg)
«Moderne» et «un peu chahuté». Olivier Camus, cofondateur avec Lydéric Veauvy de l'agence Tank Architectes, qualifie en ces termes le projet 2+2 House construit à Villeneuve d’Ascq (59). A partir...[Lire la suite]
_B.jpg)
Tolila + Gilliland Atelier d’Architecture a reçu le Prix de la Première Oeuvre 2012 pour un atelier d’artiste réalisé à Campbon, dans les environs de Saint-Nazaire. Livré la même...[Lire la suite]
_B.jpg)