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Grèce | En Grèce, Deca Architecture érige en creusant (30-05-2012)

Dans un article publié le 22 août 2011 dans le quotidien grec To Vima, la journaliste Catherine Asimakopoulou s’entretient avec l’architecte Alexandre Vaitsos, cofondateur de l’agence Deca architecture, créée à Athènes en 2001. Médiatisée pour ses maisons creusées à même le sol des Cyclades, Deca a pour philosophie «l’écoute du lieu».  

| decaArchitecture

ALEXANDRE VAITSOS, DECA ARCHITECTURE
Catherine Asimakopoulou (Κατερίνα Ασημακοπούλου) | To Vima (Το Βήμα)

«Que mijotent-ils?», s’interrogèrent des enseignants de l’Université de Berkeley en Californie quand ils apprirent que deux de leurs diplômés déménageaient en Grèce. «Pour y faire quoi ?», demandèrent-ils. «Pour vaquer le monde», répondirent les concernés, même s’ils avaient déjà bien roulé leur bosse.

Alexandre Vaitsos (Αλέξανδρος Βαΐτσος) est né au Pérou et a vécu son enfance en France et en Angleterre. Le grec est sa quatrième langue, qu’il apprit à l’âge de dix ans, lorsqu’il emménagea en Grèce avec sa famille. Par la suite, il mena ses études à Harvard et Berkeley avant de revenir s’installer à Athènes en 2001.

«Alors que je m’apprêtais à partir au Japon, les projets intéressants ont commencé à pleuvoir. A l’époque, la Grèce négociait son entrée dans l’Euro et elle se préparait aux Jeux Olympiques. Les perspectives de développement semblaient infinies, rien ne pouvant les endiguer. Le pays était alors dans un état d’esprit à l’opposé de celui qui prévaut aujourd’hui».

Il se souvint alors de ces soirées ponctuant ses années d’étudiant lorsque, jouant aux tavli (le plateau sur lequel se joue par exemple le backgammon, ndlr) avec son ami mexicain Carlos Loperena, ils avaient émis le souhait de collaborer à l’avenir à condition d’avoir la liberté de déployer leur imagination. A l’époque, Carlos travaillait à New York où, dit ce dernier, «la peur régnait en cette époque post-11 septembre, Giuliani et Bush étaient au pouvoir et il paraissait difficile de recommencer à zéro».

Un mois plus tard, Alexandre et Carlos avaient mis sur pied l’agence Deca architecture, laquelle, dix ans plus tard, attire des collaborateurs du monde entier. En 2004, le noyau dur s’est renforcé avec Elena Zabeli.

02(@DecaArchitecture)_S.jpgTo Vima : Quel est le premier projet de Deca architecture ?

Alexandre Vaitsos : La rénovation de l’hôtel Twenty Οne à Kefalari (quartier résidentiel du nord d’Athènes, ndlr) en 2001. Cependant, notre première commande d’envergure est le projet d’Antiparos (située au sud-ouest de l’île de Paros, dans l’archipel des Cyclades, ndlr). La commande portait sur une zone vierge d’environ douze hectares soumise au paradoxal cadre législatif 'hors zone de construction', une originalité grecque. Nous y avons réalisé quatre maisons et deux autres furent conçues par Tala Mikdashi, une architecte libanaise qui vit à Londres.

Avez-vous tiré profit de la faiblesse du système ?

Rétrospectivement, je me rends compte que nous avons créé le cadre de conception que devrait nous fournir l’Etat. En ce sens, nous avons effectivement remédié aux faiblesses du système. En collaboration avec le paysagiste Thomas Doxiadis (Θωμά Δοξιάδη), nous avons cartographié la région. En outre, nous avons fait fi de la démarche habituelle consistant à bétonner le paysage. Nous ne voulions pas recomposer le parcellaire afin de maximaliser les mètres carrés. Heureusement, notre client partageait nos idées, sinon le lieu serait devenu un autre coin surpeuplé des Cyclades. Nous avons abordé le projet de façon holistique, en préservant la valeur esthétique du site tout en tenant compte de lois compliquées et aveugles.

Les contraintes ne forment-elles pas aussi un défi ?

Evidemment, nous vivons dans une société avec ses règles et ses restrictions, lesquelles peuvent mener vers des solutions créatives. Pour nous, le plus grand défi consiste à surmonter les règles. Via notre travail, nous essayons de les influencer de manière productive. Par exemple, dans les Cyclades, il faut que soit mise en place une stratégie de construction prenant en compte les spécificités locales de chaque île et valorisant leurs caractéristiques respectives. Nous ne pouvons pas continuer à construire des maisons imitant les typologies traditionnelles.

03(@DecaArchitecture)_S.jpgLes premières maisons que vous avez réalisées à Antiparos, 'Krater' et 'Aloni', ont été maintes fois récompensées. Qu’est-ce qui les distingue ?

En tant qu’architectes, nous avons des obsessions. Celle qui forme le fil rouge des projets d’Antiparos est la manière avec laquelle nous manipulons la terre. Nous voulions utiliser la terre comme un matériau, à l’instar de la pierre ou de la brique. Dans le cas de Krater, qui se situe au sommet d’une montagne, nous avons protégé la maison du Melteme (mistral local, ndlr) et nous avons minimisé son impact sur la crête. Ainsi, au lieu d’élever un bâtiment, nous nous sommes enfoncés dans le lieu et nous avons créé un cratère artificiel. A Aloni, la construction s’inscrit dans un col entre deux sommets. Deux murs de pierres sèches forment un axe reliant les collines et permettent à la fois de soutenir la terre qui est au-dessus du bâtiment. Dans ces deux cas mais aussi dans le cas de la maison Skolix à Corfou, nous n’avons pas simplement conçu des habitations mais aussi des paysages.

Vos maisons semblent émerger de la terre. Une maison se conçoit-elle au bureau ou dans son lieu d’implantation ?

Il est important de rester sur place et de parcourir le lieu, de flâner, de sentir le vent, les odeurs, la lumière. Nous avons de nombreuses photos de soirées passées entre des tentes plantées à l’endroit où nous allions construire. En rentrant au bureau, nous adoptons une démarche presque psychanalytique en essayant de retrouver des choses instinctives et, via des moyens créatifs (maquettes, collages, vidéos, dessins), nous parvenons à l’intention.

04(@DecaArchitecture)_S.jpgLe paysage est-il le défi principal de chacun de vos projets ?

Le paysage et les gens. Quand nous concevons un bâtiment, il est important de comprendre les besoins des gens qui vont y vivre. En particulier dans le cas de maisons ; nous construisons une relation de confiance comparable à celle du psychanalyste avec ses patients. Même si, en fin de compte, je ne sais pas qui analyse qui.

Votre travail est-il inspiré de celui de Aris Konstantinidis (Άρης Κωνσταντινίδης, 1913-1993, figure du modernisme grec, ndlr) ?

Tous ses bâtiments que j’ai visité m’ont confirmé que lui aussi était à l’écoute du lieu. Sa sobriété en matière fonctionnelle et en ce qui concerne l’usage des matériaux m’inspire en effet. Son ouvrage Τα Θεόχτιστα est en bonne place dans ma bibliothèque.

Jusqu’à quand un architecte peut-il évoluer ?

Nombreux sont ceux qui ont signé de grandes oeuvres après leurs 70 ans. Gehry et Kahn ont réalisé leurs plus grandes oeuvres à un âge avancé. Mais l’inverse vaut aussi : il y a ceux qui ont beaucoup à exprimer tôt et moins avec l’âge.

Une maison peut-elle changer la vie d’un être humain ?

Le contexte dans lequel nous vivons influence la manière dont nous percevons les choses. Je me souviens avec autant de vivacité d’endroits de passage que de lieux où j’ai séjourné longtemps.

Pourquoi avez-vous choisi de devenir architecte ?

Quand je suis allé aux Etats-Unis, sur les conseils de mon père qui est économiste, je voulais étudier l’économie. En deuxième année, je me suis rendu compte que j’avais épuisé tous les choix possibles en matière de cours d’art et d’architecture, ce qui m’attristait. J’ai alors changé de voie.

Vous enseignez à l’Université de Thessalie et vous avez enseigné à Berkeley. Quel contact avez-vous avec les étudiants ?

C’est rafraichissant d’échanger avec les jeunes et toujours utile de trier ses pensées pour les partager.

Comment est votre maison ?

J’aime déménager, j’ai changé quatre fois de maison en dix ans, toujours dans le centre d’Athènes. J’aime participer à la vie urbaine et je suis enthousiaste du mélange de cultures qui compose la ville dernièrement.

Que pensez-vous qu’il faille faire pour sauver le centre d’Athènes ?

Athènes doit développer des réflexes rapides. Nous ne pouvons pas espérer grand-chose si nous passons notre temps à 'piétonner' les sites archéologiques tous les 20 ans. Nous devons créer un nouveau processus de conception afin de gérer efficacement nos ressources. Parce que je suis optimiste, je pense que la difficile situation que nous affrontons est une opportunité de revoir la manière dont nous gérons nos ressources. Il est temps de se renouveler.

Catherine Asimakopoulou | To Vima | Grèce
22-08-2011
Adapté par : Emmanuelle Borne

05(@DecaArchitecture)_S.jpg

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