Livré fin 2011, l’immeuble mixte signé AZC - Atelier Zündel Cristea, le long du boulevard Macdonald dans le XIXe à Paris, combine un EPHAD (Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) surmonté par 28 logements en accession à la propriété. Tout en courbes, ce bâtiment conjugue ainsi deux programmes a priori difficilement conciliables.
Boulevard Macdonald, 19e arrondissement de Paris. Ah, la densité des ZAC parisiennes ! Celle de Claude Bernard ne déroge pas à la règle ; sans se ressembler, les monolithes s’y succèdent. Entre les logements signés Brossy & Associés d’une part et Dietmar Feichtinger de l’autre, les lignes horizontales du bâtiment conçu par l’Atelier Zündel Cristea le distinguent du rythme vertical adopté par ses voisins.
A chacun - en l’occurrence les architectes des quatre lots bordant la ZAC le long du boulevard, soit Marciano, Brossy, Feichtinger et Zündel Cristea - sa manière de rompre, via le jeu de façades, la compacité induite par des surfaces contraintes allant de 7.000 à 10.000m².
C’est justement en raison de l’épaisseur des volumes que le 136-138 boulevard Macdonald abrite aujourd’hui non pas un seul EHPAD, comme initialement prévu, mais également des logements.
«A l’origine, le lot dont nous étions chargés était uniquement destiné à l’EHPAD, le programme de logements étant réparti entre les trois autres lots. Par ailleurs, l’étude de faisabilité avait fixé à R+5 le gabarit de l’EHPAD pour des raisons de sécurité incendie», précise Grégoire Zündel.
Réunis, dans le cadre d’un workshop organisé en 2008, autour de l’esquisse générale, les architectes peinent à répartir le programme de logements dans des volumes dont l’épaisseur implique de supprimer des unités.
Grégoire Zündel propose alors le recours à la mixité : afin de récupérer les surfaces manquantes, pourquoi ne pas superposer des logements sur l’EHPAD ? L’épaisseur du volume ne pose alors plus problème grâce à un retrait à partir du 6e étage, les appartements s’élevant jusqu’au 9e étage.
«En phase d’étude, il a fallu démontrer que cette mixité était vivable», souligne Grégoire Zündel. C’est-à-dire distinguer les vingt-huit logements en accession à la propriété de la maison de retraite.
A l’extérieur, l’habillage des façades se charge d’opérer la distinction. Composées de briquettes émaillées pour l’EHPAD, les surfaces sont plaquées de bois aux niveaux des logements.
A l’intérieur, la problématique se déclinait en termes d’accès. D'où un porche commun aux fonctions respectives. AZC a souhaité une séquence d’entrée «la plus neutre possible afin que les occupants des logements n’aient pas l’impression d’accéder à l’antichambre de l’EHPAD». Puis, d’accéder aux logements via un deuxième sas où se situe l’ascenseur menant directement au sixième étage.
Neutre sans doute, l’espace de distribution est, pour autant, monumental. En effet, le plafond courbé devient, devant la porte vitrée de l’EHPAD, un puits de lumière. «Nous l’avons travaillé en coupe pour éviter toute sensation d’écrasement», souligne Grégoire Zündel.
En fait, la 'cathédrale' est composée de «deux temps» : devant l’EHPAD, elle offre, grâce à des ouvertures ponctuant sa hauteur, des dégagements visuels profitant au noyau de circulation de l’établissement, autour duquel sont répartis les espaces communs et les chambres. Passé le 5e étage, la percée devient retrait et permet ainsi de diffuser la lumière naturelle au sein des circulations desservant les logements.
Une fois la distinction faite entre les deux programmes, il s'agissait de rendre compatibles des solutions techniques différentes. Ainsi, le noyau technique regroupant les gaines de ventilation et de désenfumage de l’établissement public se retrouve partiellement au niveau des logements. «A défaut d’une trame commune, nous avons cherché les dénominateurs communs entre les logements et l’EHPAD», confie l’architecte.
A vrai dire, le bâtiment semble plutôt le fruit d’une volonté de liaison que de franche rupture. Jusque dans l’usage, ainsi que le confirme le directeur de l’EHPAD, ayant mis à disposition, au rez-de-chaussée, un bureau pour les réunions de copropriété des habitants du programme de logements.
Si le traitement des façades distingue sans équivoque étages de logements du volume de l’EHPAD, Grégoire Zündel leur a néanmoins offert un vocabulaire commun via le vide et la courbe.
Aux six loggias ponctuant la façade sud de l’EHPAD répondent les balcons filants des logements. D’autre part, les angles arrondis du volume blanc font écho aux bords courbes des terrasses. L’impression est celle d’une rampe tracée de la base jusqu’au sommet du bâtiment.
Douce et continue, la courbe permet «de donner sens à la masse», selon les termes de l’architecte.
Au sein de l’EHPAD, la courbe offre l’avantage de la fluidité et tel dessin s’avère indispensable dans les circulations des unités réservées aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.
«Quand on commence à travailler sur l’arrondi, il faut aller jusqu’au bout de l’exercice», poursuit Grégoire Zündel. C’est entendu, la brique n’était pas idéale en la matière mais, foin de demi-mesures, les angles de l’EHPAD furent obtenus grâce à des briquettes courbées sur mesure.
Les dimensions des briques et de l’émail, captant différemment la lumière, participent à conférer au bâtiment une échelle aussi «domestique» que possible. Sinon tape à l’oeil, l’immeuble mixte abritant EHPAD et logements le long du boulevard Macdonald tape dans l’oeil.
Emmanuelle Borne
Fiche technique
Immeuble mixte ZAC Claude Bernard, 134-138 boulevard Macdonald, 75019 Paris comprenant EHPAD (104 lits dont deux unités Alzheimer) + 28 logements en accession
Livré en 2011
Client : Meunier Habitat - Axentia - RIVP
Architecte mandataire : Atelier Zündel Cristea
Structure : Griveau
Fluides : MCI
HQE : Elan
Acoustique : Lamoureux
Economie : DAL
Livraison : novembre 2011
Surface du terrain : 8.895m²
Budget : 15M€
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