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Espagne | Le ventre de la ville, architecture ou urbanisme ? (13-06-2012)

Que faire des préjugés ? Un centre commercial, de qualité ? Le 5 septembre 2011, Anatxu Zabalbeascoa, critique d’architecture au quotidien espagnol El Pais, revient sur le nouveau marché de la ville d’Inca à Majorque. Livré en 2011, l’édifice conçu par Charmaine Lay et Carles Muro propose de parfaire la ville.  

Commerces et hôtels | Bureaux | Espagne

Contexte
Neuf millions d’euros en lieu des six prévus, dénonce l’opposition nationaliste au conseil municipal d’Inca. Petite localité au centre de l’île de Majorque en Espagne, Inca s’est dotée d’un nouveau complexe commercial mêlant marché, supermarché, boutiques et bureaux. Conçu par les architectes barcelonais Charmaine Lay et Carles Muro, l’édifice, s’il a séduit la critique architecturale, finit par soulever les polémiques. Retards et subventions finirent d’alourdir une facture dont l’acquittement devait être, entre autres, assuré par la vente et la location des places de parking. A ce jour, seule une douzaine a trouvé preneur.
Bref, le ventre d’Inca n’a pas fini de gargouiller.
JPhH

UN CENTRE COMMERCIAL POUR BRISER LES PREJUGES
Anatxu Zabalbeascoa | El Pais

INCA - Un centre commercial peut être un édifice modèle. La nouvelle architecture consiste davantage à gommer les anciens préjugés qu’à concevoir de nouvelles prouesses. Charmaine Lay et Carles Muro ont mis une longue et patiente décennie à construire le nouveau marché d’Inca à Majorque.

L’édifice qui en résulte est un espace public offrant une place urbaine, un parking, un supermarché, un centre commercial et, naturellement, un nouveau marché. Alors que les vieilles rues encerclent l’espace ouvert et rénové, le marché-centre commercial est un édifice peu élevé en regard des constructions basses du quartier historique et qui grandit face aux nouvelles réalisations de la place pour abriter quelques bureaux.

02(@DR)_S.jpgLe plus remarquable est que toutes ces variations de hauteur suivent le sentier tracé par une couverture-rampe qui, en zigzagant, apporte l’ombre nécessaire aux marchands, entre dans l’enceinte et grimpe jusqu’aux bureaux pour unir le désuni et dessiner ainsi une idée de ville plurielle et cohérente. Le nouvel édifice oppose une continuité volumétrique à la compacte fragmentation du centre historique. Ce projet propose l’idée d’une architecture sereine et future.

Il y avait, sous-jacente à la démolition de l’ancien marché de la ville, la recherche habituelle de mètres carrés supplémentaires et la mauvaise conscience qui oblige (quand heureusement elle existe) à doter les centres urbains d’espaces publics. 

Charmaine Lay et Carles Muro ont fait de la magie : ils ont enterré le parking et le supermarché tout en leur apportant de la lumière naturelle. Ils ont travaillé le projet pour qu’il émerge suavement du sol, allant des boutiques jusqu’aux bureaux, à la manière dont les enfants grandissent - à savoir sans que nous ne le réalisions -.

03(@JoseHevia).jpgLa couverture de bois pourrait être un sol ascendant mais il s’agit là d’un ruban qui unit toutes les typologies (marché, parking, bureaux et centre commercial), qui s’incline et monte en zigzag, créant, de fait, de nouvelles ouvertures pour que la ventilation et l’apport en lumière naturelle s’opère à travers des jalousies métalliques.

La continuité - avec le programme, avec le quartier - et la discontinuité - avec l’ancien marché entouré de rues et de voitures - se donnent rendez-vous dans ce projet sans paradoxe. Comme l’annonce Luis M. Mansilla dans une publication sur le marché d’Inca édité par Lampreave, le projet réalise à la fois une sorte de mouvement centrifuge (libérant de l’espace pour la place publique) et centripète (en repositionnant la pergola qui protège habituellement les marchés).

Ce parcours en bois fait le projet. La couverture du marché est le visage que les riverains contemplent quand ils regardent la place. S’agissait-il pour Charmaine Lay et Carles Muro de concevoir une nouvelle typologie ? Ce projet démontre qu’ils n’ont pas cherché à révolutionner les anciennes mais qu'ils ont dû, au contraire, travailler avec. Au final, l’idée de transcender le seul objet et de le lier à la ville exprime le potentiel urbanistique de l’architecture.

Voilà qui est définir de nouveau. Voilà qui est redéfinir un lieu sans l’effacer.

Adapté par : Jean-Philippe Hugron
05-09-2011
Anatxu Zabalbeascoa | El Pais | Espagne

04(@JoseHevia)_B.jpg

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