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Visite | Couvent ? Prison ? Non, la nouvelle école de musique de Louviers (27) (20-06-2012)

Côté face, côté pile. Issue d’une opération de restauration-extension livrée fin mai 2012 par OPUS 5 architectes (Bruno Decaris, Agnès Pontremoli et Pierre Tisserand), l’école de musique Maurice Duruflé à Louviers, dans l’Eure, est un bâtiment introverti... malgré les apparences. En effet, installé depuis 1990 dans un ancien couvent, l’équipement se pare désormais d’un décapant rideau.

Extension | Restauration | Bâtiments Publics | Culture | Eure | OPUS 5 architectes

Et au milieu coule une rivière... «La particularité de cet ancien couvent est son cloître sur l’eau : exceptionnel !», pointe l’architecte Bruno Decaris lors de la visite de presse de l’école de musique Maurice Duruflé à Louviers, le 15 juin dernier.

Les vestiges du couvent des Pénitents, construit au XVIIe siècle, s’élèvent autour d’un bras de l’Epervier qui appelle en effet à la contemplation.

«Originellement composé d’une église à l’ouest, de deux ailes au sud et à l’est et du cloître central, le couvent des Pénitents fut transformé en prison lors de la Révolution. Depuis la fermeture du centre pénitencier en 1934, l’endroit était voué à la ruine malgré l’emménagement de l’école de musique de la ville entre ses murs en 1990».

Un connaisseur, Bruno Decaris. Architecte en chef des monuments historiques, il est chargé de la restauration de la flamboyante église Notre-Dame de Louviers, à quelques pas de là. Contre toute attente, ce n’est pas à cet égard que l’opération de restauration-extension de l’école de musique fut confiée à OPUS 5 lors du concours initié par la Ville en 2007.

«Notre projet se démarquait des autres», expliquent les architectes. «Dès 1995, nous avons donné une consigne pour tous les nouveaux équipements de la ville : pas de pastiche mais de l’expression contemporaine», précisera Franck Martin, maire de Louviers, lors du déjeuner qui suivra la visite.

Or, au droit du cloître au coeur liquide, les associés d’OPUS 5 ont choisi la franche rupture en bardant la façade nord de l’extension sud, contenant la salle d’orchestre de l’école, boîte encastrée dans les ruines, d’un rideau poli miroir à faire pâlir toutes les façades légères.

«Conjuguant pierre, eau et végétal, l’endroit forme un tableau impressionniste que nous voulions mettre en exergue», disent-ils. Composée de panneaux de cinq et trois mètres de haut (pour 1,80 mètre de large), l’impeccable façade chromée offre au ciel son plus limpide miroir. Il est loin, le temps de l’univers carcéral.

Pour la première fois en ce mois de juin pluvieux, l’heure ensoleillée prête à regret. «Le soir, ce rideau laisse apparaître l’orchestre de la grande salle : on n’entend pas la musique mais on la voit», souligne Agnès Pontremoli. «Quand les espaces intérieurs sont éclairés, on distingue le fantôme de la ruine devant laquelle passe la façade», précise Bruno Decaris. Sur les photos effectivement, un autre tableau se dessine une fois le jour tombé, tout aussi enchanteur.

02(@BrunoDecaris)_S.jpgA l’ouest et au sud, des panneaux de béton préfabriqués prennent le relais du mur-rideau. Bref, le miroir devient coquille, les architectes ayant choisi de biseauter les ruines et poser un épais joint à la rencontre de l’ancien et du neuf. Une façon de poursuivre le jeu de contrastes de manière plus iconique.

Compter trois ans pour «un chantier difficile» mêlant parties neuves (1.100m²) et travaux de restauration (900m²). «Nous n’avons pas repris les fondations mais installé des sols drainants pour éviter que l’eau ne remonte dans les maçonneries», souligne Bruno Decaris. Sinon, pour l’essentiel, de consolider les vestiges pour préserver le caractère romantique du site.

Composé de vint-quatre salles d’études, d’une 'partothèque' et de la salle d’orchestre, le programme est rentré «au chausse-pied» au sein d’un lieu exigu. D’où des extensions plus conséquentes que l’existant, émergeant au-dessus des vestiges telle l’extension sud. Sinon, OPUS 5 a comblé les espaces libres en érigeant une autre boîte, abritant les salles d’études, à l’est.

Entre compacité et surface opaques issues de strictes règles de mitoyenneté, l’école de musique Maurice Duruflé est, in fine, malgré son mur-rideau, un bâtiment introverti. A l’intérieur en effet, les salles de répétition sont pour l’essentiel privées de lumière naturelle.

Pourtant, à la jonction du neuf et de l’existant, les architectes ont créé une faille de lumière de 2,40 mètres de large pour huit mètres de haut. Certes, surplombant un espace de circulation, l’interstice ne pouvait qu’assurer une exposition en second jour. Pas suffisant mais nécessaire. Or, les uniques ouvertures des salles donnant sur cette faille sont bardées de verre fumé. «Sécurité incendie oblige».

03(@BrunoDecaris)_S.jpg«La fonction des salles de musique peut s’accommoder du caractère fermé du projet», soulignent les architectes. Musique et pénombre, un mariage de raison ? L’argument laisse sur sa faim, d’autant plus que la vitrine de l’équipement dit au contraire de la musique qu’elle est aussi plaisir des yeux.

La salle d’orchestre inspirera sans doute davantage les élèves : là-haut, au-dessus des murs de l’ancien couvent de Pénitents, de profiter de la rivière qui coule ici-bas.

Emmanuelle Borne

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Louviers
Architectes : OPUS 5 architectes (Bruno Decaris, Agnès Pontremoli, Pierre Tisserand)
Economiste : Votruba
BET structure : Batiserf
BET fluides : Choulet
Acousticien : Impédance
OPC : ISBA
Entreprise façade en produits verriers : MGE
Montant des travaux : 4.500.000 euros HT
Surface : 2.000m²
Etudes : 2007-2009
Chantier : 2010-2012

04(@BrunoDecaris)_S.jpg

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