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Entretien | SCAU, aux stades avancés (20-06-2012)

Qui pour ne pas associer SCAU au Stade de France ? La célèbre agence parisienne est, depuis plus de quinze ans, passée maître dans l’art de concevoir des enceintes sportives (et pas seulement). Maxime Barbier et Luc Delamain, deux des six associés, partagent leur expertise des transformations programmatiques des stades aux limites de la polyvalence.  

Bâtiments Publics | Sport | Monde | SCAU

Le Courrier de l’Architecte : Quelle a été la première aventure sportive de SCAU ?

Maxime Barbier : La première ? Le Stade de France, notre premier concours pour un équipement sportif.

Et Jean Nouvel ?

Maxime Barbier : Il ne peut pas gagner à tous les coups ! Il y avait une sélection resserrée entre SCAU et Jean Nouvel. Le jury était en faveur de son projet. Les deux dessins ont été présentés à l’Etat qui a validé celui de SCAU.

Jean Nouvel avait un projet visionnaire, polyvalent avec des dispositifs qui faisaient peur à l’époque d’un point de vue technique. C’était aussi une véritable machine à spectacles ; or, le sujet était autre. Il fallait avant tout faire un stade de football pour la Coupe du Monde. Sa réponse était intéressante mais hors sujet. Son projet est toutefois resté dans les esprits au point qu’il y a peu, une exposition à Lille le reprenait encore.

Quels autres stades pour SCAU depuis le succès du Stade de France ?

Luc Delamain : Il y a eu le stade d’Istanbul (80.000 places), construit, qui faisait alors partie d’un projet plus vaste, olympique. La problématique était proche de celle du Stade de France puisque l’équipement n’avait pas non plus de club attitré. Par ailleurs, il s’agissait d’un stade couvert, notamment du côté des tribunes est et ouest.

Il y eut aussi le stade de Suwon en Corée (60.000 places). Nous avons fait aussi beaucoup de concours. Il y a eu Reims, Nice, Zurich, Genève, Limoges, Nancy...

Maxime Barbier : Il y avait par ailleurs vraisemblablement moins de projets de stade. SCAU a toutefois fait son grand retour avec Valenciennes ! Le Havre et Marseille se sont récemment enchaînés.

02(@SCAU-D.Giancatarina)_B.jpgQuelles évolutions depuis le Stade de France ?

Maxime Barbier : Nous ne pensons plus les stades de la même façon. Les pratiques ont changé.

Luc Delamain : Le sport, sinon le monde du sport, a changé. Le Stade de France a été la première enceinte de 80.000 places en France. A l’époque, l’Allemagne et l’Angleterre avaient déjà des références en la matière.

Maxime Barbier : Il y a par ailleurs l’évolution programmatique, dit autrement, la polyvalence. Il s’agit pour les stades de pouvoir accueillir d’autres compétitions sportives, des concerts, des salons... Même des tournois de tennis ! Le public n’en est que plus large et les besoins grandissants. Il est aussi question d’amener d’autres activités : bars, restaurants... En Allemagne, le temps moyen passé dans un stade est de quatre heures. En France, il est plus ou moins celui du match.

Pourquoi cette évolution ?

Maxime Barbier : Une prise de conscience. Ce sont des équipements coûteux. L’image des stades a elle-même changé. Avant, ils étaient davantage ouverts. Il ne s’agissait souvent que de gradins avec parfois un toit au dessus. Aujourd’hui, les stades ont désormais des façades.

Luc Delamain : Ce sont, en ville, des volumes monopolisés. Il faut donc envisager la meilleure manière de les exploiter.

Question acoustique, un match n’est pas un concert ?

Maxime Barbier : Il y a plusieurs manières d’aborder la question acoustique. Dans l’enceinte, une manifestation sportive a besoin de réverbération. Il y a même des applaudissements enregistrés diffusés alors que le stade n’est pas à son comble. A l’inverse, lors d’un concert, des surfaces absorbantes sont nécessaires. Elles sont généralement rajoutées de façon temporaire.

Enfin, l’autre sujet est l’étanchéité. Les bruits ont tendance à se propager. Les solutions adoptées dépendent du contexte. Au Havre, nous avons été contraints d’ajouter un bac acoustique sous l’ETFE afin d’assurer un certain niveau de confort pour le voisinage.

03(@SCAU-KSSDesign-C.Weiner)_B.jpgAlors, le stade de demain, ouvert ou fermé ?

Maxime Barbier: Un vrai sujet. Mais la question sous-jacente est celle de la pelouse synthétique. Or, les institutions sportives ne sont pas prêtes à franchir le pas. La pelouse naturelle a besoin d’ensoleillement quand bien même la luminothérapie est de plus en plus fréquente.

Luc Delamain : Couvrir un stade est une décision qui dépend de la jauge. Ce sont des dispositifs coûteux qui peuvent se justifier pour des enceintes d’au moins 60.000 places.

Pour le Havre, nous nous sommes posé la question. Mais les 25.000 places représentaient déjà un investissement énorme dont l’ambition est davantage le repositionnement de la ville sur la scène sportive.

Quelle différence entre une aréna et un stade fermé ?

Maxime Barbier : Une aréna n’a pas la même taille qu’un stade et son toit n’est pas rétractable. Il faut envisager les arénas comme de gros Zénith. A la différence que la jauge est plus importante et périphérique. L’aréna assure ainsi un maximum de polyvalence.

Des limites à la polyvalence ?

Luc Delamain : Bercy était le premier espace polyvalent construit à Paris. Aujourd’hui, il est question de supprimer le vélodrome. L’un des points positifs des PPP est finalement l’exploitation et la gestion de la polyvalence. Il est question d’avoir des usages simples et de ne pas entrer dans des délires techniques.

Maxime Barbier : Pour le stade de Lille, le programme exigeait une salle pouvant accueillir des tournois de tennis, entre autres. Nous avions proposé de la localiser à côté de l’arène principale au sein même du stade. La solution choisie propose de faire coulisser la moitié du terrain de foot. La polyvalence à ce prix est une usine à gaz.

La question même du high-tech se pose. Quand ces dispositifs sortent de terre, ils sont déjà hors du temps. Il s’agit pourtant d’être seulement proche des usages et des techniques. La polyvalence, au même titre que le développement durable, n’a de sens que si elle est intégrée de façon intelligente. Sinon, nous sommes dans le registre du gadget.

04(@SCAU-C.Hurgon)_B.jpgL’expérience du stade a-t-elle changé pour le spectateur ?

Maxime Barbier : Un stade est une typologie architecturale très particulière où la notion d’intériorité et d’extériorité diffère de tout autre programme. Les seuils sont flous ; un espace tampon sous les gradins fait office d’intérieur et une fois assis sur les tribunes, le spectateur se retrouve dehors face au vide.

Cet entre-deux a connu des évolutions en termes de programme. Des activités commerciales s’y développent désormais. Il s’agit souvent de transformer cet espace en rue sinon en foyer. C’était d’ailleurs, au Havre, l’un des arguments du club pour fermer le stade par une façade. Aller au match comme à l’opéra. La notion de confort s’invite dans la réflexion. Le stade devient un bâtiment.

Qu’en est-il des espaces urbains alentour ?

Luc Delamain : Il faut savoir que les zones de décompression relèvent du confort plus que de la réglementation.

Maxime Barbier: Au Havre, le programme exigeait une grille au droit de la façade. Aujourd’hui, la façade fait elle-même office de grille. Faut-il pour autant généraliser la solution ? Il y a la question du positionnement du stade au regard de la ville. Les situations périurbaines ne sont pas les plus évidentes en matière de sécurité. Elles amènent à plus de perturbations et à de possibles dégradations.

La destruction du Parc des Princes a été un temps envisagé. Les stades sont-ils éphémères ?

Maxime Barbier : La question de la réhabilitation d’un stade est lourde. Repartir à zéro était tout à fait envisageable à Marseille par exemple. Mais le stade vélodrome est une histoire. Le stade parle d’identité. Il est un monument.

Luc Delamain : Ce sont les lieux de tous les rassemblements. Plus personne n’est dans le virtuel. Chacun se côtoie et se touche. La qualité du rassemblement est elle-même essentielle.

Propos recueillis par Jean-Philippe Hugron

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