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Algérie | Oran grandit au mépris de l'esthétique (29-08-2012)

Dans un article paru le 8 février 2012 dans le quotidien algérien La Tribune, le journaliste Samir Ould Ali déplore le développement de cités «à la limite de la laideur» ceinturant la ville d’Oran. «Seule l’extrême gravité de la crise du logement a rendue acceptable» l’érection de ces ensembles de logements collectifs, précise-t-il. Ou quand l’Histoire se rejoue. 

Urbanisme et aménagement du territoire | Oran

Contexte :
'Grands & Ensembles' : tel est le thème du Pavillon français, dont le commissariat a été confié à l’architecte-urbaniste Yves Lion, dans le cadre de la 13e édition de la Biennale d’architecture de Venise, qui ouvre ses portes au public ce 29 août 2012.
A l’heure où la France manifeste sa volonté d’intégrer l’urbanisme des barres des années 1950 et 1970 à la ville du XXIe siècle, en Algérie les villes nouvelles continuent de se développer sans égard pour le tissu urbain existant.
Ainsi, dans un article paru dans La Tribune le 26 octobre 2010, sous le titre 'Quand la ville grandit en sacrifiant son identité culturelle', Hassan Gherab soulignait : «Un ensemble urbain doit [donc] offrir toutes les commodités de vie et avoir toutes les infrastructures nécessaires. Mais la fonctionnalité n’est pas la seule exigence. Elle est nécessaire mais pas suffisante. La beauté et l’esthétique d’un bâtiment contribuent à son intégration dans l’environnement et donc à l’optimisation de sa fonctionnalité. Qu’en est-il en Algérie ? En quelques mots comme en mille, on peut dire qu’on a fait exactement le contraire, c’est-à-dire tout faux. Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc, architecte chevronné ou urbaniste confirmé pour voir qu’on a fait n’importe quoi en termes d’extensions et d’aménagements urbains, à tel point qu’on peut tirer un trait, schématiquement, qui délimiterait le tissu urbain originel et les 'ajouts' qu’on y a greffé. Le hiatus vous saute aux yeux tant le mélange des genres et la disharmonie sont flagrants. Quels rapports ont tous ces ensembles immobiliers à la périphérie de la capitale et des autres villes du pays avec les cachets architecturaux originels ? Aucun. Il est impossible de trouver le moindre trait commun entre l’architecture des cités de Bab Ezzouar, les lotissements de Dely Brahim, les nouveaux quartiers de la capitale et le centre-ville historique d’Alger».
EB

ORAN GRANDIT AU MEPRIS DE L’ESTHETISME
De grises cités-dortoirs pour résorber la crise du logement
Samir Ould Ali | La Tribune

ORAN - Dans la fièvre constructrice qui s’est emparée d’une Algérie pressée d’en finir avec la crise du logement, des cités ont été érigées dans des délais record à travers le territoire national et des milliers de sans-logis et de mal-logés ont reçu les clés de leurs nouvelles habitations dans une ambiance de liesse que la télévision algérienne a retransmise à longueur d’émissions.

Pour les heureux bénéficiaires de ces nouveaux logements, dont beaucoup attendaient ce moment-là depuis de très longues années, cela représentait la fin d’une existence faite de vicissitudes et d’incertitudes et permettait de rêver d’un avenir moins agité. Ce qui n’est pas une vue de l’esprit même si, par ailleurs, leur situation ne s’était pas grandement améliorée, le chômage, la fragilité du pouvoir d’achat, la déperdition scolaire... bref, tous les problèmes que les Algériens vivaient au quotidien demeuraient presque entiers.

Pourtant, tout en reconnaissant avoir enfin un toit décent, beaucoup ne manquent pas de déplorer une certaine laideur urbanistique, l’absence d’espaces verts ou encore de loisirs dans leurs cités : «On sait que la priorité était au nombre de logements et non à leur qualité mais les constructeurs auraient pu faire l’effort de l’esthétique», observe un des locataires de la cité des 2.000 logements AADL d’Oran. «Les concepteurs auraient pu, à tout le moins, mieux penser les aires de loisirs et les espaces de jeux pour les enfants», ajoute-t-il.

02(@mayanais)_S.jpgLa préoccupation première étant, en effet, la livraison massive de logements en un temps record, l’aspect esthétique et l’harmonie des constructions avec les spécificités de la région n’ont jamais été pris en compte et la ville d’Oran s’est ainsi retrouvée entourée d’une ceinture de cités grises, à la limite de la laideur, que seule l’extrême gravité de la crise du logement a rendue acceptable par des demandeurs au bord de la crise de nerfs.

Aujourd’hui, les automobilistes qui empruntent la nouvelle Rocade contournant la ville par son côté Est peuvent admirer les nouvelles cités réalisées - ou en cours de construction - qui, toutes proportions gardées, ont tout l’air de cités-dortoirs où il ne fait pas bon vivre et s’épanouir.

Pas de place aux courbes et aux couleurs dans cette agglutination de cubes en béton faits pour dormir ou ouvrir des commerces. En visite à Oran en janvier 2008, le ministre de l’Habitat, Noureddine Moussa, avait particulièrement insisté sur la nécessité de prêter attention à la qualité des constructions qui doivent respecter le cachet algérien. «Que ce soit dans les zones urbaines ou rurales, les constructions doivent s’inscrire dans la modernité, tout en respectant les spécificités de chaque région», avait-il notamment souligné.

Mais force est de constater que ces exhortations n’ont pas trouvé d’écho puisque l’aspect esthétique ne figure pas parmi les préoccupations premières des bâtisseurs pour lesquels la livraison des logements demeure la préoccupation première ; a fortiori, ces derniers temps où les prix des matériaux de construction ont enregistré les bonds que l’on sait...

Le constat est d’autant plus frappant qu’il est loisible pour les Oranais ou les visiteurs de faire le comparatif avec les belles constructions coloniales qui, à Oran-ville ou dans les autres communes, continuent de susciter l’admiration par leur beauté et l’harmonie de leur architecture avec le milieu. En tout cas, celles qui n’ont pas subi la bunkérisation rampante qui a ravagé de très nombreuses autres constructions qui, de coquettes petites maisons entourées de jardins, se sont métamorphosées en amalgame de béton surmonté d’une terrasse carrée.

La Tribune | Samir Ould Ali | Algérie
08-02-2012
Recherche : Emmanuelle Borne

03(@emidona).jpg

Réactions

Raoul | architecte | France | 17-01-2013 à 11:20:00


adosser du 1/2 collectif au collectif a l'avantage de supprimer l'effet rupture morphologique du bâti péri-urbain présenté.Un petit effort dans cette direction et le résultat sera différent....

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