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Biélorussie | Tonnerre de Brest ! (29-08-2012)

Dans un article publié le 9 juillet 2011 dans le quotidien Biélorusse 'Vecherny Brest' (Brest-Soir), la journaliste Tamara Glouchtchenko s’indigne du projet farfelu de construction, en vue du millénaire de la ville en 2019, d’un centre de loisirs avec skatepark, bar et piste de danse, le tout dans la même enceinte que le cimetière et l’église de la ville. Pas très orthodoxe.

Divers | Europe

Contexte
Parlons de Brest. Non, pas dans le Finistère, en Biélorussie !
Voilà une grande ville d’Histoire : envahie par les mongols au XIIIe siècle, dévastée par les chevaliers Teutoniques au XIVe, incluse à la république des deux nations regroupant le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie de 1589 à 1795, la ville passe aux mains de l’Empire russe et devient un important centre commercial jusqu’à la fin celui-ci.
En mars 1918, le fameux traité de Brest-Litovsk met fin aux combats sur le front est. Occupée par l’armée rouge suite au pacte germano-soviétique, la ville est envahie par les troupes allemandes en 1941. C’est alors qu’a lieu la fameuse et sanglante bataille de la forteresse de Brest, symbole de la résistance soviétique contre l’invasion nazie. Elle est reprise par les soviets en 1941.
Depuis la chute de l’Union soviétique en 1991, Brest fait partie de la république du Belarus. Avec ses 310.000 habitants, elle en est aujourd’hui la 5e ville, située à la frontière polonaise. La Biélorussie est souvent qualifiée par l’UE de dernière dictature d’Europe. La liberté n’y existerait pas, la presse n’y aurait pas le droit de s’exprimer...
Certes, tout n’est pas simple dans ce pays plutôt fermé au reste de l’Europe. Pourtant, comme le montre cet article, paru en juillet 2011 dans le quotidien 'Vecherny Brest' (Brest Soir), les journalistes s’expriment et ce, sans concession.
KC

EGLISE, CIMETIERE, PARC DE LOISIRS BIENTOT VOISINS ?
Tamara Glouchtchenko| Vecherny Brest

BREST - Les planificateurs proposent d’installer un pôle de loisirs et une église au sein d’un même complexe.

La zone la plus élevée de Brest, qui s'étend sur les collines au-delà de la rivière, possède déjà deux symboles de l'éternité - la cathédrale de la naissance du Christ Saint Sauveur et le cimetière -. Les autorités élaborent et planifient un nouveau projet digne de ces deux édifices si chers aux habitants : un parc public de loisirs.

Ce projet sera lié à la célébration du millénaire de la ville, prévue en 2019. La majeure partie des travaux se déroulera, certes, à l’horizon de cette date. Néanmoins, il apparait utile de commencer à planter arbres et arbustes dès maintenant afin que, dès l’ouverture du parc, celui-ci soit doté d’espaces verts dignes de ce nom. Et vu que les plantations ne pourront se faire qu’en vue de la planification finale du projet, cette dernière a d’ores et déjà commencé.

Déjà, début avril [avril 2011, ndlr], le conseil municipal avait pris la décision de lancer un concours d’idées pour la conception du futur parc. Sept candidats sont impliqués dans ce tourbillon de créativité. Parmi eux, les étudiants de la Faculté d'Architecture de l'Université technique de Brest, Inc 'Brestproekt' et le studio 'A3' d’Alexeï Andreyouk.

Les objectifs du concours sont déjà étudiés. Sous peu, la commission fera le point et, en tenant compte des propositions reçues et de la désignation par le jury, l’esquisse gagnante du projet fera l’objet d’une commande.

02(@NikolaiTcheberkouss)_B.jpgIl va sans dire que le client possède déjà une idée globale de ce que devra être le projet. Les autorités se fixent l’objectif de créer un parc paysager d’une surface d’environ 20ha.

Le terrain constructible a une forme triangulaire. Il est nécessaire de réfléchir à l’installation de chemins et de zones fonctionnelles. Le nouveau parc, lui, sera doté d’une zone sportive avec piste cyclable, allées pour rollers, skatepark, infrastructures de gymnastique, etc. On y trouvera également un café en plein air décoré à la façon 'village' et une piste de danse.

La construction d’une aire de jeux pour enfants de tous âges est également envisagée (vraiment !? La ville se serait enfin décidée à installer des bacs à sables dans un parc !?) ainsi qu’une salle d’activités pour enfants qui pourront laisser leurs parents souffler quelques instants.

On prévoit d’utiliser le haut relief pour l’installation d’étangs d’où l’eau s’écoulera en cascades. Quant à la zone économique avec ses bâtiments administratifs et sa zone de location, elle est inévitable. Le cimetière sera séparé de la zone de loisirs par des rangées d’arbres et d’arbustes de différentes tailles.

Les curieux peuvent, eux, d’ores et déjà découvrir les évolutions du projet dans le hall de la salle de conférences de la Mairie où d’immenses planches colorées ainsi qu’une maquette d’envergure illustrent l’excellent travail accompli. Probablement en raison des conditions du concours, les noms des auteurs ne figurent pas sur les illustrations. Cependant, ces dernières en disent beaucoup, autant sur les projets que sur leurs créateurs. Il n’est pas vain de dire que l’architecture est une philosophie immobile.

Le fait est que l'emplacement prévu pour le parc est situé à proximité d'une église orthodoxe. Et si on en croit les illustrations des architectes, le terrain entourant cette église ainsi que l’église elle-même formerait un tout avec le parc, autant sur le plan territorial que fonctionnel à certains endroits. Et cela entrainera sans aucun doute l’apparition d’une importante couche de béton au sein même de cet espace vert.

Ce qui est sûr est que les processions de foi orthodoxes ne vont pas de pair avec une piste de danse, encore moins avec les jeunes fêtards titubant du bar vers le café. Par conséquent, une clôture solide, fonctionnelle et non simplement symbolique devra être à tout prix mise en place. Rien néanmoins n’empêche que cette clôture soit décorée en fonction des lieux. Mais apparemment, personne ne prévoit quelconque séparation entre «les mouches et la soupe».

De plus, la fantaisie et l’imagination de certains architectes ont emmené ces derniers si loin des traditions que l’on commençait à se demander s’il ne restait plus aux croyants qu’à s’enfuir de leurs saintes collines, leurs icônes sous le bras.

Pourraient-ils faire autrement ? Les planches illustrant le projet montrent que ce dernier, par ses dimensions solennelles, cache sans aucun état d’âme l’église de la naissance du Christ Saint Sauveur. Et il prétend aspirer à la spiritualité !? Un autre architecte-philosophe s’est, lui, carrément lancé à comparer ses projets de passages piétons à des chainons d’ADN censés représenter l’évolution des cellules humaines ! A quoi servent réellement des passages piétons dans la réalité ? A aller d’un point à un autre, en empruntant le chemin le plus court, le tout sans empêcher les plantes de pousser, les promeneurs de se promener, les croyants de prier.

03(@D.R.)_B.jpgParfois, il nous arrive de nous souvenir avec regrets de cette époque où les architectes n’avaient le droit de rien. Voilà qu’aujourd’hui ils ont tous les droits ! On ne peut alors que se réjouir que les ailes de la créativité arrachent de temps en temps leurs jeunes diplômés de la lumière des projecteurs pour les ramener à la dure réalité. Seuls les projets aux idées accessibles, compréhensibles et confortables pour chacun doivent pouvoir bénéficier de financements importants.

Et si, à l’heure où les jeunes architectes sont à la recherche d’idées dans les coins les plus reculés d’Internet, de la planète ou de leur conscience, la plus inattendue et la plus originale des conceptions était celle qui serait en accord avec cette célèbre phrase que tout le monde oublie, mais qui ne vieillit pas : «soyez sages comme des serpents mais simples comme des colombes»* ?

Tamara Glouchtchenko | Vecherny Brest | Biélorussie
09-07-2011
Adapté par : Kyrill Convenant

* La traduction française de cette phrase de l’évangile remplace le mot 'sage' par 'prudent' (ndt)

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