Aurélie, chère citoyenne, en août 2012, tu es ministre de la Culture et de la Communication. Très bien. Dans une interview accordée au magazine Polka*, tu nous as fait part, en substance, de ton opinion à l’égard d’Internet et de ta pensée quant à l’avenir de la presse en ce pays. Le choc des mots, le poids des clichés.
Je ne veux pas atteindre ici à ta vie privée et supposer quoi que ce soit quant à tes goûts et couleurs mais, entre nous, pour affirmer - je te cite - que sur Internet, «rien n’est éditorialisé (sic)» : où 'surfes'-tu donc ?
Sans parler des stratégies 'Internet' (pour résumer) des plus grosses capitalisations boursières dans le monde - apparemment pas ta tasse de thé - tu ne perçois donc «RIEN» un tant soit peu réfléchi sur la 'toile' ? Vraiment ?
Voilà qui est effrayant !
Puisque la question posée est celle du soutien du gouvernement à la presse «en crise», quand commence et quand finit la presse, selon toi ? Le sport plutôt que le manga ? La musique ? Les courses de chevaux ? France Dimanche ? L’Union ? Le Chasseur Français ?
OK, parlons de la presse sérieuse. Par exemple, celle ayant trait à la culture et la communication. Cela fait quoi, quatre mois, cinq maintenant, Aurélie que tu es au gouvernement ? Et sur Internet tu n’as toujours rien trouvé en ce domaine qui soit 'éditorialisé' ?
Personne ne fait donc une veille sur la 'toile' dans ton cabinet ? Je ne sais pas moi, juste pour savoir, par curiosité, ce qui s’écrit à ton sujet ? Et qui l’écrit ? Comment ? Sur quel support ? D’aucuns en ce ministère ne lisent-ils que la presse papier, sérieuse cela va sans dire ? Que savaient-ils justement de ton entretien avec Alain Genestar publié sur... Internet ?
Rassure-moi Aurélie, tes collaborateurs disposent d’un ordinateur au moins ? Un chacun peut-être ?
En tout cas, il est permis de penser que toi, Aurélie, ministre de la Culture et de la Communication en France et Navarre en 2012, tu as accès à Internet puisque tu en parles. Ouf !
Lorsque tu soutiens [être] «bien consciente que ce n’est pas facile aujourd’hui, pour les entreprises de presse», tu imagines donc que ces entreprises - papier forcément - n’ont pas 'éditorialisé' leur présence sur le Web ? Avec plus ou moins de bonheur, je te l’accorde, depuis 30 ans que le débat anime la presse mondiale.
Dans cette interview accordée au magazine Polka, le sujet était notamment le photo-journalisme. Quel photo-journalisme en 2012 ? Bonne question. Ta réponse Aurélie : «sur le Net, des millions d’images circulent, sans que l’on sache qui les a prises et dans quelles circonstances». C’est vrai, les cartes du monde vendues au XVIIe siècle place de Grève à Paris étaient bien plus sûres.
Ce 'on' non 'éditorialisé' doit être le même qui, depuis les débuts de la presse, ne sait pas faire la différence «entre les bons textes mais aussi les meilleures photos». Parce que toi, Aurélie, tu vas nous 'éditorialiser' le bazar et nous expliquer quels sont les bons textes et les meilleures photos ?
Bien. Je comprends que le cadre de cet entretien était l’occasion, à ton sens, de faire reluire le poil de la presse papier pour laquelle «ce n’est pas facile aujourd’hui» (parce qu’hier c’était Byzance soit dit entre nous). Pourquoi lui dire alors qu’elle est nulle ? «On (sic) doit réussir à les (re-sic) convaincre que c’est par la qualité que la presse peut aujourd’hui se refaire», dis-tu. Bonjour le compliment.
Aurélie, heureusement que tu es la ministre de la Culture et de la Communication, sinon nous pourrions accroire que tu n’aimes pas les journalistes.
Tu es aussi ministre de tutelle des architectes. Le sais-tu ?
Les architectes furent des pionniers de l’Internet. Le sont encore, alpha testeurs de l’échange de données par exemple. Sans doute, certes, beaucoup peut être dit et écrit de l''éditorialisation' de l’architecture mais de cela, d’évidence, tu ne sais rien. Et si tu aimes les architectes comme les journalistes...
Cela ne répond pas à la question. Où surfes-tu donc que rien de ce que tu découvres ne soit 'éditorialisé' ? Dans la jungle, même Jane a trouvé Tarzan...
Nul autre que toi-même, Aurélie, sait le monde étonnant dans lequel tu vogues (pas Vogue) aujourd’hui pour tenir de tels propos. Tant mieux, il t’appartient en propre. C’est assez unique par les temps qui courent ! J’espère que tu as une bonne connexion.
Cela acquis, si Madame le ministre peut, de temps en temps, régler son Internet dans sa version 'par défaut' - celle de la terre - et naviguer un peu, même près des côtes, la presse en général et la presse sur Internet en particulier, ne s’en porteront pas plus mal.
Christophe Leray
* Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, à l’issue d’une rencontre le 26 juillet 2012, a développé pour Alain Genestar, dans le magazine Polka, 'le magazine du photojournalisme', sa vision de la mutation de la presse sous l'effet du numérique.
Source : www.polkamagazine.com/19/le-mur/polka-image/890
Aurélie | 06-09-2012 à 09:40:00
On dirait qu'aujourd'hui on donne plus de crédit aux différents réseaux sociaux qu'aux simples éditorialistes prêcheurs d'une modeste "culture".
Mais heureusement, le net ouvre les yeux et pas que les horizons.
znarf | 05-09-2012 à 20:06:00
Bravo Monsieur,
Ce seraient plutôt les "papiers" les plus connus qui ne sont justement pas éditorialisés. Mais qui se contentent de produire du panégyrique ou bien du contre panégyrique selon la couleur ou bien faire des "ménages" pour avoirs des miettes. Ils ne peuvent donc pas être surpris que les lecteurs délaissent de plus en plus ces lignes de "papiers" rances pour lire sur le net des choses plus fraîches.
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