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Présentation | FRAC Bretagne d'Odile Decq : ceci n'est pas un monolithe (05-09-2012)

Inauguré le 5 juillet 2012, le nouveau FRAC Bretagne signé Odile Decq (agence ODBC) est bien plus qu’un élégant parallélépipède. Tranchée par une faille, la boîte noire se compose en fait d’espaces complexes, généreux à la fois, où honneur est fait non seulement aux oeuvres mais également aux déambulations des visiteurs. Un écrin à tous points de vue.

Bâtiments Publics | Culture | Rennes | Odile Decq

Contexte
Si elle était encore de ce monde, Aurélie Nemours se féliciterait sans doute du projet érigé face à son oeuvre, 'L’Alignement du XXIe siècle', composée de soixante-douze colonnes de granit de 4,5 mètres de haut au sein de la ZAC de Beauregard, au nord-ouest de Rennes.
Ayant remporté le concours de maîtrise d’oeuvre pour la construction du bâtiment du FRAC Bretagne (5.000m²) en 2005, l’architecte Odile Decq, eu égard à la composition artistique, a en effet imaginé «une façade silencieuse».
Béton teinté dans la masse, inox noir et verre fumé : depuis l’extérieur, le FRAC paraît introverti. Pas un monolithe pour autant. «Le gabarit était imposé par le règlement de la ZAC mais je ne voulais pas d’un parallélépipède. Je l’ai donc tranché», précise Odile Decq à l’occasion d’une visite de presse organisée le 4 juillet 2012. Coup de sabre, coup de maître, une faille surmontée d’une verrière parcourt donc le bâtiment de part en part et confère à la rigueur apparente une belle complexité. Dès l’entrée, le visiteur est «projeté» dans ce vide mais n’y accède qu’en contournant l’auditorium, coeur écarlate du bâtiment.
En rouge et noir, de béton, d’acier et de verre, le FRAC Bretagne ne se réduit pas à l’aspect bicolore et high-tech qui rend reconnaissable entre mille la signature de son architecte.
Ici, tout est affaire de parcours au sein d’espace généreux. «Je voulais permettre aux visiteurs de déambuler», confirme Odile Decq. Parmi les détails qui n’en sont pas, des demi-marches rendent fluide l’ascension vers les salles d’exposition. «Le rythme du parcours est progressivement transformé pour préparer les visiteurs aux oeuvres d’art».
Aussi immaculés que vastes, les espaces d’exposition. Ainsi, la grande galerie s’étend sur 500m². Mais la prouesse est ailleurs. Entièrement construit en porte-à-faux, cet espace d’exposition flotte au-dessus du hall d’entrée.
En tout cas, aucune symétrie en vue. «Pas un mur n’est vertical. Les biais sont le résultat de la faille. Je n’aime pas la symétrie, je préfère l’ambiguïté ; j’aime quand l’espace de transforme tous les trois pas».
Espaces complexes pour un bâtiment d’envergure : Odile Decq a offert à la Bretagne un FRAC digne de ce nom. Un véritable pari eu égard à la ZAC au sein de laquelle il s’implante, délaissé urbain où il reste tant à faire.
EB

02(@Agence ODBC)_B.jpgLa genèse du FRAC 'nouvelle génération'

Le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Bretagne est le premier en France à inaugurer son bâtiment dit de 'nouvelle génération', le 5 juillet 2012, avant les FRAC Centre, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Franche-Comté, Nord-Pas de Calais et Aquitaine.

Créé en 1981 à l’initiative du ministère de la Culture et de la Région Bretagne, le FRAC Bretagne s’installe en 1986 à Châteaugiron, au sud-est de Rennes, dans les locaux d’une ancienne école. Le fonds s’y développe, enrichit sa collection (4.700 oeuvres à ce jour) et écrit une histoire dont l’évolution permet d’identifier, en 2001, la nécessité d’un nouvel établissement permanent adapté à l’ensemble de ses missions. Ce projet coïncide avec l’ambition des FRAC dits 'de nouvelle génération' qui visent à valoriser leur rôle urbain, attirer de nouveaux publics, accroître leur efficacité technique et assumer une plus grande responsabilité scientifique.

En 2002, le Conseil régional de Bretagne, le ministère de la Culture et de la Communication et la Ville de Rennes décident de doter le FRAC d’une nouvelle implantation. Le programme architectural prévoit de larges espaces d’exposition, un outil de conservation, de diffusion, de documentation et de pédagogie et affirme le FRAC comme un lieu de découvertes et d’échanges permanents largement ouvert au public.

En avril 2004, le Conseil régional de Bretagne, maître d’ouvrage, lance un avis d’appel public à la concurrence pour le choix de la maîtrise d’oeuvre. Ce concours international d’architecture reçoit 142 projets d’équipes françaises et étrangères. Quatre agences sont retenues pour se présenter devant le jury, en septembre 2004.

En mars 2005, l’équipe d’Odile Decq, de l’agence ODBC, remporte le concours de maîtrise d’oeuvre pour la construction du bâtiment du FRAC Bretagne (5.000m²), dans le nouveau quartier de Beauregard, à Rennes.

03(@Agence ODBC)_S.jpgUn écrin architectural d’exception, face à l’oeuvre d’Aurélie Nemours

Le nouveau bâtiment du FRAC Bretagne s’inscrit dans la ZAC de Beauregard, au nord-ouest de Rennes, entre les vallées de l’Ille et de la Vilaine. Le site choisi, comme le suggère son nom, se trouve en hauteur et offre des échappées vers le paysage. Il s’agit d’un quartier en cours d’urbanisation qui jouxte celui de Villejean où se situe l’Université Rennes 2. A la lisière de la ville et de la campagne, ce quartier est bien desservi par la rocade et les transports en commun.

Le FRAC s’implante précisément en bordure du Parc de Beauregard, un équipement public stratégique au coeur de la ZAC, voué aux piétons et cyclistes. La façade sud s'ouvre sur la place qui accueille une oeuvre emblématique d’Aurélie Nemours, 'L’Alignement du XXIe siècle', commande publique de la Ville de Rennes et du ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Bretagne / Délégation aux Arts plastiques avec le soutien du mécénat d’entreprise), une pièce d’une grande puissance avec laquelle l’édifice entre en harmonie.

L’accès au bâtiment se fait à l’est, par l’avenue André Mussat, axe de communication majeur du quartier. Le site choisi est bien relié au centre et permet au FRAC de se positionner dans une dynamique d’ouverture et d’échange avec le public.

Prolongement du dialogue existant entre le public et l’art contemporain, le parti pris cubique de l’extérieur de l’édifice s’accorde avec la radicalité de l’installation d’Aurélie Nemours. Odile Decq a en effet conçu le bâtiment comme un parallélépipède monolithique sombre, fendu verticalement d’un interstice qui permet son ouverture sur l’intérieur. Cette fente détermine un véritable puits de lumière qui traverse les différents étages jusqu’au sous-sol, dans les réserves.

A la fois sobre et en tension

04(@ODBC-RolandHalbe)_S.jpgSobre en surface, c’est donc à l’intérieur du bâtiment que l’architecte a appliqué le concept d’hypertension qui caractérise son travail. 

Pour elle, l’intégration du mouvement génère tension et complexité dans la perception de l’espace, ce qui lui permet de questionner la place du corps et des sens dans l’espace et l’architecture.

Dans le cas de ce nouvel édifice, l’architecte instaure une mise en tension du dessous et du dessus par l’intermédiaire du puits de lumière ; elle crée une dynamique des espaces et place ainsi le visiteur dans une perpétuelle découverte.

Le contenant, projet architectural, fait ainsi écho au contenu, collections d’art contemporain, dans la recherche plastique, la transgression des limites et l’exploration de nouvelles voies. L’intérieur, voué à la lumière, offre une circulation fluide et des espaces d’exposition inédits.

L’édifice invite à l’expérimentation par son architecture interne, il incite à la découverte par son ouverture vers l’extérieur, vers la lumière, vers la nature, vers le public.

La grande galerie, prouesse architecturale

D’un point de vue technique, le projet recèle une véritable prouesse à l’intérieur du monolithe sombre. La grande galerie d’exposition, d’une superficie de 500m², est entièrement construite en porte-à-faux : sans pilier de soutènement, elle flotte littéralement au-dessus du hall d’entrée. La salle d’exposition est en fait prise dans une sorte de squelette de béton armé : la structure en pans de fer est maintenue par un contrefort de béton qui la retient en suspension.

L’architecte a voué une grande attention aux déplacements au sein du bâtiment : la simplicité formelle externe permet de mettre l’accent sur une rythmique particulière à l’intérieur. L’édifice, aspiré par la verticalité, se développe autour de l’atrium central de façon mobile, puisque les espaces d’exposition sont modulables. L’expérience de la visite sera ainsi sans cesse renouvelée.

Le jeu des couleurs, subtil, laisse entrevoir différentes matières du noir au bleu dans le bâtiment d’acier. En rez-de-jardin, la façade de verre gris teinté joue sur les reflets et ne laisse percevoir qu’une partie du coeur de l’édifice. A l’intérieur, le rouge éclate dans l’atrium et avive le regard.

Le projet d’Odile Decq s’accorde avec la volonté du FRAC de conférer à l’édifice le maximum de souplesse tout en réservant des espaces spécifiques à chaque activité.

Par sa fonctionnalité, il répond au plus près aux besoins du fonds. Par son parti pris esthétique, il confère à la structure une attractivité indéniable.

06(@Odile Decq-Labtop)_B.jpgLe FRAC Bretagne en quelques chiffres

Budget global : 18,3M€ (Conseil régional de Bretagne 60% / Etat 30% / Ville de Rennes 10%)
Surfaces : 5.000m² (espaces de conservation et ateliers techniques : 1.000m² / 3 galeries d’exposition : 1.000m² - 500m², 360m² et 140m² - / centre de documentation : 400m² / service éducatif : 200m² / accueil et salle de conférences : 500m²)
Hauteur : 18m
Longueur : 52m
Largeur : 30m

07(@ODBC-RolandHalbe)_S.jpg

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