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Chronique | Venise, coq-à-l'âne (05-09-2012)

Alors, cette biennale ? E più sobria ! Sérieuse ? Sobria ! confie un journaliste italien. A chacun d’en juger s’il a vu la précédente édition. Sobre, parce que Chipperfield ? Le sans-pritzker a coordonné cette treizième édition de l’événement autour du thème 'Common Ground'. Comprenne qui pourra. Un lieu commun ?  

Biennale d'Architecture de Venise | Venise

Pour qui arrive à Venise, plusieurs directions possibles. Arsenale. Giardini. Ou les collaterali. Entendre les événements organisés en parallèle tantôt dans un palais, tantôt dans une église... La laïcité, c’est sacré !

Ligne 4.1. Direction, Arsenale. La corderie abrite l’exposition 'Common Ground'. Les journalistes s’y pressent. Qui n’est pas alors dans l’admiration ? David Chipperfiel aurait fait le pari de rompre avec la starchitecture. A voir.

03(@JPHH)_B.JPG Un rapide passage à travers l’ancienne fabrique témoigne d’une volonté mise à mal. Sir Norman Foster, Renzo Piano, Herzog et de Meuron et même Zaha Hadid qui, pour l’occasion, nous a démoulé son blob.

Cela dit, l’approche de la célèbre architecte n’est pas sans déplaire, associant son travail à l’architecture de coques érigées dans les années 60. Mieux, des clichés noir & blanc de son projet en Azerbaïdjan paraissent issus d’un vieux Casabella des années 70. L’architecture se réinvente-t-elle tant ?

D’une salle à l’autre, le lien n’est jamais évident. Existe-t-il d’ailleurs ? Les cartes blanches se succèdent donc. Les découvertes sont nombreuses et les juxtapositions parfois osées. Aussi, Hans Kollhoff partage le même espace que FAT. Du rationnel à l’irrationnel. La question de la copie était alors posée.

04(@JPHH)_B.JPGNéons, briques, tables. A boire et à manger. Une pause dans la Corderie. Les architectes américano-vénézuéliens d’Urban Think Tank proposent une buvette quasi improvisée. Une «invasion» très à propos.

Au-delà, une autre table, plus austère. La question de l’imaginaire des architectes y est posée. La réponse en un imagier. Quelques vignettes posées ici et là. Mario Botta, Alvaro Siza, Eduardo Souto de Moura, Winy Maas, se sont, parmi d’autres, livrés à l’exercice.

Au sortir de la Corderie, quelques pavillons nationaux. Ah ! La veuve tango ! Le plaisir solitaire ! Souvent impénétrable. Et pour cause.

Plus loin encore, aux limites de la cité lacustre, un petit parc et quelques constructions éphémères. Les signatures pardi ! Siza. Souto de Moura. Et même dans une annexe de l’arsenal, un film de Wim Wenders sur Peter Zumthor. Sans star qu’il disait le sans-pritzker !

Finalement, peu importe. Le très court métrage montre l’homme en son agence. Un moment d’intimité.

A Venise, l’architecte, même star, est seul. Obligé de marcher. Au détour d’une calle ou d’un rio, Kazuyo Sejima trottinant ou Peter Zumthor lui-même, déambulant. Sans courtisan. Normaux ! Eux aussi...

Depuis trois mois, Venise est à sec. Aucune averse, pas même un grain. Bingo, l’orage approche. Direction Giardini. Un pavillon central, sans thématique précise et des pavillons nationaux aux problématiques incertaines.

06(@JPHH)_B.JPGPriorité à l’Hexagone. «Grands et Ensembles». Mazette. Mais où vont-ils chercher tout ça ?

Sans doute dans les cartons abandonnés du Grand Paris. Recyclage donc. Yves Lion, désigné commissaire par la volonté de son altesse, faisait partie des équipes ayant planché sur le grand dessein de l’ère Sarkozy.

Les marches montées, la colonnade passée, deux plans monumentaux. Paris, Paris, Paris. Grands et ensembles. Mais d’abord Paris. Enfin, le nord-est. Yves le rouge ! «Militant de la ville», dixit le dossier de presse.

A main droite, une salle de maquettes aux allures d’atelier. Sympathique fatras.

A main gauche, deux bancs en fonte face à quelques clichés miniatures. Concept, quand tu nous tiens... En dessous, une signature, un nom. Eric Lion. 3615 google, inconnu au bataillon. Coup de fil à un ami. Dans la famille Lion, je voudrais le fils !

Népotisme façon Yves le rouge. Grands et ensembles.

Reste à visionner le film diffusé au fond du pavillon. Le cafetier de Chelles nous livre son enthousiasme débordant quant au Grand Paris. Anne, triple-bo, bourgeoise bohème bordelaise, enseignante, nous livre sa vision romantique de Clichy-sous-bois et les charmes de sa vie en cité. Enfin, Ann Babara Shanthalingam, étudiante à Sciences Po, évoque Sevran en termes enchanteurs malgré les «histoires de délinquance».

Enfin Djamel, dans un jardin ouvrier, ponctue son discours des mots grand, ensemble, Paris. Quelque que soit l’ordre, ça fonctionne. Bref, tout cela sonne faux. Qui aujourd’hui pour se sentir préoccupé par le Grand Paris ? Yves ?

Exit. L’orage gronde. Direction l’Allemagne, l’Angleterre, le Canada. Parfois, le mal du pays arrive plus vite qu’on ne le pense.

La douche. Retour en 4.2.

02(@JPHH).JPGTohubohu le lendemain. Les événements se télescopent. Où se montrer ? N’oublie pas, ce soir, Aurélie Filippetti invite.

Le temps d’ici là de voir d’autres pavillons. Ah les onanismes nationaux ! Les Néerlandais ne perdent pas la main. Un rideau défile le long d’un rail. Point barre. Les Autrichiens décident de faire rentrer leurs visiteurs à quatre pattes. Les Roumains invitent à créer des timbres à l’effigie de gloires architecturales méconnues.

07(@JPHH).JPGQuelques pépites tout de même. La Grèce. Une exposition d’architecture dans les règles de l’art. En guise de sujet la Polykatoikia, une typologie propre à Athènes où une famille se partageait à l’origine un immeuble. Découverte en images et en maquettes d’agences locales qui réinterprètent l’archétype du logement collectif d’après-guerre.

Le Japon aussi. Lion d’or. Mais l’indigestion approche. Trop. Stop. Aurélie Filippetti invite. Bulles en robe de soirée. Ils sont tous là. Anne Hidalgo, Jack Lang, Jean Nouvel, Dominique Alba. Voir et être vu. La lèche.

Enfin, en dehors, loin de tout ça, la polémique. Pierre Cardin et sa tour. Et alors ? Ca dérange les bonnes âmes, n’est-ce pas ? Tant mieux.

Ediles et ministres apportent un soutien officiel sans compromission. Voilà de quoi redynamiser Venise sur ses franges industrielles. Le paquebot rétro-futuriste semble prêt à s’amarrer.

'Commun Ground' ? Finalement, rien de commun. Juste une mise en commun, assez extraordinaire, de savoir-faire variés. A Venise, les histoires se suivent.

Jean-Philippe Hugron

05(@JPHH).JPG

Réactions

Aurélie | 06-09-2012 à 11:01:00

Une mise en commun ou bien un voisinage forcé par une biennale qui essaye malgré tout de donner l'espoir aux architectes vers un avenir meilleur? Une vie postérieure qui donnera plus de place aux architectes qu'aux habitués des cocktails et des vendeurs d'images.

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