De l’architecture au prix d’un hangar, «d’un bel hangar», précise Corinne Vezzoni ? Et bien, l’architecte marseillaise le démontre. 1.150€/m². L’ambition était de livrer en temps et en heure, soit à l'automne 2012, un édifice abritant le centre de conservation et de ressources du MUCEM à Marseille. Pari tenu malgré aléas et difficultés. Explications.
«Nous devions faire des choix et nous demander où était l’essentiel. Nous avons pris le parti de laisser des éléments bruts», débute Corinne Vezzoni.
Les cigales chantent à l’ombre des platanes. En cette journée de juin, les journalistes, derrière leurs lunettes noires, cherchent de quoi éviter le soleil de midi. L'architecte, photographies aériennes et plans à l’appui, présente à son auditoire un contexte fait «de volumes importants reconvertis depuis peu».
A quelques pas de la gare Saint Charles, à proximité de la Belle de Mai, haut lieu de la vie marseillaise, le centre de conservation et de ressources (CCR) parachève l’un des pôles culturels de la ville.
Le paysage, mêlant reliquats industriels, infrastructures ferroviaires et une immense caserne, opère sa mue. Lors de la visite, le chantier du CCR allait encore bon train. Livraison prévue à l’automne 2012.
«La question posée était celle de la protection», résume Corinne Vezzoni. «Les collections racontent comment l’homme a façonné la matière en utilisant la pierre, le silex... Le bâtiment se devait donc de raconter l’effort de l’homme», poursuit-elle.
De prime abord, l’édifice présente des atours monolithiques. Le béton est brut, l’effet de masse certain. «Que ce soit rugueux, que ce soit irrégulier», répète-t-elle à l’envi. Au zénith, les ombres sont rares. La lumière est crue. L'ocre de la façade n'en est que plus vive.
«Je ne voulais pas d’une pigmentation faite en centrale. L’effet aurait été trop homogène. Un saupoudrage en surface était impossible. Aussi, avant de couler le béton dans les banches, nous avons saupoudré dans la toupie un pigment naturel», se souvient Corinne Vezzoni.
Les banches ont laissé des traces. Il y a quelques trous aussi. «Pascal Laporte, mon associé, travaille la céramique. Il a fait des cabochons à partir de moule à manqué. Il en faut 2.800 pour boucher l'ensemble des trous. Il est dessus depuis quinze jours, il lui faut encore des semaines !», sourit-elle. «Nous n'avions pas les 1% artistique ; le voilà, à notre façon».
«Nous sommes probablement moins lyriques qu’Alvaro Siza et nous n’avons pas expérimenté ici le thème de la courbe. Nous restons avant tout méditerranéens. Nos régions posent davantage les thèmes de l’absence de vue et du secret», assure l’architecte. Un édifice en introspection donc.
Le volume est, de fait, presque aveugle. Du moins, en apparence. «Nous répondons à la spécificité marseillaise des coeurs d’îlots», précise Corinne Vezzoni. A l’extérieur s’oppose l’intérieur. Le travail est, par conséquent, sculptural. En tête, «la mémoire et la vérité de la matière».
L'artiste Edouardo Chillida s’invite dans les propos de l’architecte. «Nous sommes partis de son idée. Lorsqu’il travaille la pierre ou le marbre brut, lorsqu’il taille la matière, elle devient lisse et réfléchissante», dit-elle.
La logique du vide et du creux s’opère. Par delà le béton ocre, quelques surfaces blanches. «Un béton poli, pur et lumineux». A présent, la peinture ; Modigliani et le blanc de titane. Par voie de conséquence, quel autre béton que celui mélangeant ciment blanc et blanc de titane ? De la poudre de marbre dans une autre économie de projet aurait pu séduire.
In situ, le contraste est saisissant. Certains pinailleront quelques détails. Et pour cause, l’histoire de l’édifice n’a rien de linéaire. D’abord, trois lettres, trois P. «La difficulté repose sur la souplesse du projet face aux modifications exigées. Au fil de l’élaboration, nombreux sont les changements», se souvient Corinne Vezzoni. Le concours eut lieu en 2004. Long a été le chemin pour ce premier équipement culturel en partenariat public-privé.
Parmi les révisions, le logement de gardien, changé en bureau et bien d'autres usages qui ont été transformés. «Jusqu’à l’organisation intérieure», souligne l’architecte. Aucun percement n’a été changé, «il a donc fallu adapter les salles», poursuit-elle.
«Pour optimiser le projet, nous avons joué sur une répartition trois quarts espaces dédiés à la conservation, un quart présentation et étude. Nous avons pensé ensuite la compacité de l'ensemble», résume Corinne Vezzoni.
Sur une surface de 72 mètres de côté sur 72 ; en somme, les dimensions du MUCEM - un écho qui n’est pas sans déplaire à l'architecte - sont disposés près de 7.000m² de réserves «modernes».
En marge, les salles d'accueil, d'expositions, de consultations, toutes baignées de lumière. Grandes baies vitrées et patio participe à l'apport.
Alors oui, il y a de cet «îlot marseillais» dont parle Corinne Vezzoni. Au détour d'une porte, la surprise. Ce d’autant plus qu’aussi fort soit l'édifice, il n'en demeure pas moins accueillant. La Méditerranée et l'art des paradoxes.
Jean-Philippe Hugron
Fiche technique
Nom : Centre de Conservation et de ressources du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée
Ville : Marseille
Maîtrise d’ouvrage : Ministère de la culture et de la communication, ICADE
Maîtrise d’oeuvre associée : AURA, A. Jolivet, architecte direction de chantier
Concours : 2004
Livraison prévue : automne 2012
Coût prévisionnel : 13,2 millions d’euros HT
Coût travaux : 15 millions d’euros HT
Surface : 13.033m²
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