‘Make It Right’ est le projet de reconstruction initié par l’acteur Brad Pitt d’un quartier détruit par l’ouragan Katrina en 2005. Dans un article publié le 15 juillet 2012 dans The Times-Picayune, quotidien emblématique de La Nouvelle Orléans, le journaliste Doug MacCash présente la tête de gondole : une maison signée Frank Gehry. Talk about starchitecture !
Contexte
En 2005, l’ouragan Katrina a détruit plus de 4.000 maisons dans le quartier 'Lower 9th Ward' de La Nouvelle-Orléans. Deux ans plus tard, l’acteur Brad Pitt a mis sur pied le programme 'Make It Right' dont l’objectif, à terme, est la reconstruction de 150 habitations à la fois accessibles en terme de prix (compter environ 150.000 dollars par maison) et écologiques.
Vingt-et-un architectes locaux et internationaux ont participé au projet en concevant des prototypes pouvant être répliqués. En mai 2011, 75 maisons certifiées LEED Platinium avaient déjà vu le jour dans le cadre du programme 'Make It Right'.
Un an plus tard, une maison rose et lilas attire tous les regards. Conçue par Frank Gehry, l’habitation, qui fait la part belle aux espaces extérieurs, est destinée à deux familles grâce à une organisation 'front to back'. En clair, compter deux maisons en une.
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LA CONTRIBUTION DE L’ARCHITECTE FRANK GEHRY AJOUTE A LA STARIFICATION DU QUARTIER 'MAKE IT RIGHT' DE BRAD PITT
Doug MacCash | The Times-Picayune
LA NOUVELLE-ORLEANS - La nouvelle maison rose et lilas sise 1750 Tennessee Street est sans conteste la prima donna du quartier 'Make It Right' de Brad Pitt, dans le cadre de la reconstruction post-Katrina.
Conçue par l’architecte de renommée internationale Frank Gehry, connu pour ses musées et salles de concerts, l’habitation ajoutera à l’attractivité du projet de reconstruction de logements sociaux et écologiques qui constitue déjà un aimant à touristes à La Nouvelle-Orléans.
Le directeur du projet de recherche, conception et développement 'Make It Right', Jordan Pollard, rappelle que Frank Gehry est si connu qu’il fut un personnage invité dans la série 'Les Simpson'. «Un passage dans les Simpson et vous êtes immortalisé», dit-il.
La maison Gehry est peut-être la nouvelle chérie de l’enclave en reconstruction mais il n’y a rien de frivole ni de tarabiscoté dans le bardage en bois et le toit en zinc de l’habitation. Au contraire, le projet est plutôt austère, avec ses segments de parpaings, ses escaliers pentus et son auvent. Hormis les fantasques couleurs, pas d’ornement en vue pour adoucir l’ensemble.
Et pourtant, le plan est ludique. Le parcours consistant à grimper les marches menant au porche d’entrée puis l’étroite cage d’escalier intérieure pour parvenir au balcon du deuxième étage, d’où il est possible d’emprunter une passerelle extérieure pour accéder à la terrasse du troisième étage, est digne d’une ascension dans une cabane perchée dans un arbre. Bref, cette maison aurait pu être conçue par Peter Pan.
Selon Jordan Pollard, qui est né à Bâton-Rouge, l’équipe de Frank Gehry, basée à Los Angeles, savait que le climat de la Louisiane du Sud est propice aux activités extérieures plusieurs mois dans l’année, d’où des espaces extérieurs presque aussi vastes, dit-il, que les 185m² intérieurs.
L’équipe de Frank Gehry s’est également efforcée de favoriser l’apport en lumière naturelle en créant des ouvertures surdimensionnées. L’accent ainsi mis sur les fenêtres et les espaces extérieurs «donne l’impression qu’un petit espace est plus vaste», souligne Jordan Pollard.
80 des 150 maisons prévues livrées
Selon la fondation 'Make It Right', Frank Gehry a souligné être honoré de faire partie du projet de Brad Pitt. «Je voulais faire une maison dans laquelle je me plairais à habiter et qui répondrait à l’histoire, vernaculaire comme climatique, de La Nouvelle-Orléans», a-t-il dit.
La maison est un Janus architectural, avec une partie donnant sur Tennessee Street et une autre orientée sur une rue arrière. Selon Jordan Pollard, les plans d’origine tenaient du yin et du yang, la partie réservée au propriétaire et la partie réservée au locataire ne se chevauchant pas - ce qui favorise l’isolation - mais ils furent modifiés depuis, en faveur des espaces du propriétaire.
Le projet 'Make it Right' fut lancé en 2007 quand l’acteur Brad Pitt, un inconditionnel d’architecture, décida de mettre sa célébrité à profit afin de créer un quartier de pointe pour remplacer celui de Lower 9th Ward, décimé par la tempête Katrina en 2005.
La maison Gehry est la plus récente des 80 projets d’avant-garde signés par différents architectes locaux et internationaux. A terme, Brad Pitt espère fournir 150 maisons d’exception au quartier.
A l’instar de toutes les maisons du programme 'Make It Right', la maison Gehry est aussi écologique que possible. Notamment, ainsi que le souligne Jordan Pollard, l’auvent est composé de panneaux solaires fournissant à la fois électricité et ombre tout en protégeant de la pluie.
Un autre critère du projet est l’accessibilité financière. Ainsi que l’explique Jordan Pollard, l’objectif est d’atteindre les 150 dollars par pied carré (soit environ 1.600 dollars le mètre carré), sachant que chaque prototype, telle la maison Gehry, coûte davantage que ses répliques. Jordan Pollard ne connaît pas, pour l’instant, le prix à la construction de la maison Gehry mais quel qu’il soit in fine, il assure qu’il ne sera pas porté par le futur propriétaire. 'Make It Right' maintiendra le prix de vente à environ 200.000 dollars. «Un prix défiant toute concurrence», assure Jordan Pollard.
Linda Santi, la future propriétaire de la maison Gehry, juge «extraordinaire» l’opportunité qui lui est donnée d’emménager dans une telle attraction touristique. Ce n’est pourtant pas la première fois que Linda Santi, qui travaille pour l’association 'Neighborhood Housing' de La Nouvelle-Orléans, vivra dans un emblème architectural. Avant les inondations de 2005, elle était locataire d’une des deux maisons du style Steamboat Gothic, rappelant les bateaux à vapeur voguant sur le Mississippi, érigées en 1905 dans le quartier de Holy Cross.
Selon Linda Santi, à l’instar de la maison Gehry, la Steamboat House est surmontée d’un troisième étage offrant une vue à 360 degrés. Quand les digues ont rendu l’âme en 2005, la maison de Linda Santi fut inondée avec le reste du quartier. Elle trouva alors refuge tour à tour dans un bateau de croisière puis dans une roulotte avant de retourner dans sa maison.
«Quel long et étrange voyage ce fut», dit-elle à propos des errances post-Katrina qui l’ont finalement menée à acheter la maison Gehry. Habituée aux touristes à la recherche de la Steamboat House, Linda Santi dit qu’elle est préparée à l’heure de célébrité de la maison Gehry. «On sait que quand on sortira les poubelles, il y aura de bonnes chances que quelqu’un soit là en train de prendre une photo».
Un retour aux sources
Jordan Pollard est visiblement charmé par l’opportunité de participer à la réalisation du seul bâtiment de Louisiane conçu par Frank Gehry, 83 ans, qu’il appelle «le Frank Lloyd Wright d’aujourd’hui». Un auditorium aérien signé Frank Gehry fut la pièce maîtresse de l’Expo Universelle de Louisiane en 1984, mais il fut démantelé à la fin de l’événement.
Jordan Pollard souligne que l’un des premiers succès de Frank Gehry fut la radicale réhabilitation de sa propre maison en 1978, laquelle était en partie composée de matériaux peu onéreux tel du zinc. D’une certaine manière, dit Jordan Pollard, la maison Gehry du projet 'Make It Right' signe un retour aux sources.
Mais le chef d’oeuvre de Frank Gehry est sans conteste le musée Guggenheim de Bilbao, en Espagne, construit en 1997. Selon Jordan Pollard, l’emblématique bâtiment, bardé de panneaux métalliques ondulants, a tant et si bien contribué à la renaissance du quartier qu’il fut à l’origine d’une nouvelle expression. D’aucuns parlent d’«effet Bilbao» à propos de projets architecturaux si attractifs qu’ils en deviennent des leviers économiques.
La petite maison rose et violette sur Tennessee Street n’aura peut-être pas le même impact que le tour de force espagnol de Frank Gehry mais elle ajoute en tout cas au légendaire cachet architectural de La Nouvelle-Orléans.
Doug MacCash | The Times-Picayune | Etats-Unis
15-07-2012
Adapté par : Emmanuelle Borne
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