Le premier Chipperfield en terre française, à Saclay, au milieu de nulle part. Le starchitecte britannique, actuellement directeur de la XIIIe biennale d’architecture de Venise, cosigne avec Martin Duplantier la nouvelle extension du campus HEC livrée en 2012. En tout et pour tout, une architecture calme qui oppose à l’écriture sobre des espaces riches.
Urbanité zéro. A droite, un champ de patates. A gauche, un champ de betteraves. Tout droit, Saclay. Merveille.
Le site est, comment dit-on ? «En devenir». D’un campus autiste à l’autre, il n’y aura qu’un pas... de géant. Bref, la volonté d’Etat.
Première pierre à l’ensemble : la nouvelle extension de HEC conçu par David Chipperfield et Martin Duplantier. Les deux architectes cosignent une construction élégante déjà devenue pour ses occupants «le lingot».
L’aluminium anodisé, couleur champagne, signale la présence de l’école par delà tracteurs et pylônes électriques. Une élégance improbable dans un paysage ni périurbain, ni rural, encore que.
Le nouveau bâtiment, regroupant accueil, administration, amphithéâtre et salles de classe pour le MBA (Master of Business Administration) parachève, pour le moment, l’important complexe dédié à la Haute Ecole de Commerce, conçu en 1964 selon les principes rêvés du campus américain.
Parmi les architectes alors retenus, René Coulon livrait à l’époque un ensemble résidentiel pour étudiants, moderne et rationnel, des plus remarquables.
Depuis, quelques erreurs criantes et enfin, juste retour des choses, un sobre «lingot».
La rigueur caractérise, sans surprise, le parti imaginé par le duo franco-anglais. Une trame régulière de fenêtres oblongues habille l’édifice.
Aucun élément programmatique ne peut être, de l’extérieur, décelé. L’entrée est à peine marquée par une légère marquise.
Effet de masse et de volume.
Martin Duplantier évoque avec plaisir pour le Courrier les mois passés à Londres peu après ses études et un passage en Allemagne chez GMP. «Avec David Chipperfield, je faisais partie de l’équipe de concours et travaillais des projets à Atlanta, en Norvège et au Luxembourg. C’était une méthode de travail particulière», dit-il.
Maquettes et expérimentations marquent le processus de conception. «Nous faisions tout en interne. Aucune image n’est faite à l’extérieur. Une fois le projet gagné, il passe aux équipes d’études. A ce moment, il est probable que le projet change», assure Martin Duplantier.
Et pour cause, «nous considérons que, pendant la période du concours, tout n’a pas pu être vu. La relation à l’image est différente. Il est très français de vouloir voir construite l’image du concours», poursuit-il.
A Saclay, seules les façades ont changé. «La réflexion initiale portait sur l’association d’une base solide et fermée et d’une superstructure ouverte». Une «dichotomie» aujourd’hui disparue.
La volumétrie, quant à elle, n’a pas changé. «Nous avions pour point de départ le schéma directeur d’Ateliers 234. Notre terrain d’assiette était très réduit et suggérait de faire une barre de 137 mètres de long», explique l’architecte.
Cherchant à éviter l’aspect monolithique, l’ensemble est segmenté en sept blocs décalés mais continus. «Nous voulions créer des espaces plus ou moins intimes et offrir des lieux de convivialité dans les décalages successifs».
Aussi, le duo d’architectes se plait à penser la conjonction d’espaces formels et d’espaces informels. «Fertilisation croisée», soulignent-ils. Cette nouvelle méthode éducative importée des Etats-Unis propose que chacun apprenne autant des professeurs que de ses camarades.
Pour ce faire, l’espace est ponctué de salons. Conviviaux, positionnés en angle, ils s’ouvrent vers l’extérieur. «Nous souhaitions un bâtiment qui puisse être au niveau mondial en matière de qualité éducative», assure l’architecte.
Les visites de nombreux campus étaient un préalable obligé. Ni Martin Duplantier ni David Chipperfield n’avait alors travaillé un tel programme. Sur la liste d’un parcours mondial, Los Angeles, Harvard, le MIT.
«Nous avions au départ un programme franco-français où le tableau des surfaces, digne d’un collège, n’était pas à la hauteur. Nous avons donc convaincu la maîtrise d’ouvrage de faire plus grand dans le même budget», assure Martin Duplantier.
Lors du concours, face à Architecture Studio, Chaix et Morel et Samyn and partners, le duo franco-anglais avait quelques avantages, Martin Duplantier ayant usé dans sa prime jeunesse les bancs de HEC.
«J’ai pratiqué ce campus pendant plusieurs années. Je connaissais les flux, par où arrivent les étudiants, par où cheminent les employés. Autant de points importants pour positionner le hall notamment», indique l’architecte.
Le hall justement. Un travail en finesse mêlant béton et laiton. La rigueur n’est aucunement austère. «Je souhaitais aller à Londres, travailler dans cette mouvance avec des noms qui me fascinaient, Chipperfield bien entendu mais aussi David Adjaye, Tony Fretton qui utilisent un vocabulaire sobre et minimaliste et proposent une richesse spatiale incroyable», assure-t-il.
L’extension de HEC n’en est que le résultat et Martin Duplantier de résumer le projet en «une façade, une coupe, un détail, un bâtiment».
Jean-Philippe Hugron
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