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Chili | César Pelli : «Je ne crois pas que la tour intimide» (26-09-2012)

Graciela Marín, journaliste au quotidien généraliste chilien La Tercera, revient dans l’édition du 2 septembre 2012 sur la construction de la tour Costanera, la plus haute de Santiago du Chili, à 'Sanhattan', quartier d’affaires de la capitale. Conçue par l’agence Pelli Clarke Pelli, elle suscite la polémique. Direction les antipodes et retour sur une «soif de la hauteur».

Tours et gratte-ciel | Bureaux | Commerces et hôtels | Amerique-Latine | César Pelli

Contexte
Qui n’a pas en Espagne son Pelli ? A la course, Bilbao gagne, encore et toujours. La Reine et le Roi sont venus inaugurer le 21 février 2012 la tour Iberdrola, haute de 165 mètres. Séville n’est toutefois pas en reste : 180 mètres et en cours de construction. Le projet déchaîne même les passions. L’UNESCO s’invite dans le débat et hurle au massacre.
En Amérique du Sud, idem. César Pelli signera par la même occasion la plus haute tour de Santiago du Chili, la plus haute tour du Chili et la plus haute tour d’Amérique du Sud. Elancée, haute de 300 mètres, elle regroupe sur 700.000m² bureaux, hôtel et centre commercial. 5.500 personnes, à terme, y travailleront.
En chantier, l’édifice doit être livré en 2013. Son promoteur, Cencosud, le réclame du «néo-urbanisme», à savoir d’une «conception mêlant espaces et nouvelles technologies afin de privilégier la concentration des activités, de diminuer l’impact de l’automobile et d’améliorer les espaces piétons». Une vision loin d’être partagée.
Dans un article du 18 mai 2012, Jorge Barreno, correspondant au Chili pour le quotidien espagnol El Mundo, rapporte les inquiétudes et les critiques que suscite le projet, lequel sera «un casse-tête pour les autorités». «Une étude réalisée par le Ministère des Transports conclut qu’après l’ouverture du Costanera Center, les automobilistes qui circulent dans le secteur pourraient demeurer 30 à 50% de temps en plus dans leur véhicule. Actuellement, un conducteur met trente minutes pour travers 'Sanhattan', soit quelques kilomètres seulement qui pourrait à l’avenir nécessiter une heure de trajet», rapporte-t-il.
A l’origine du projet, en 2007, Cencosud et le Ministère des Travaux Publics (MOP) avaient envisagé la construction de l’autoroute souterraine Vespucio Oriente, la Costanera Sud et la destruction de la rotonde Pérez Zujovic. Les travaux n’ont jamais été engagés tant le ministère public que Cencosud n’ont su parvenir à un accord sur leur financement.
Enfin, des accusations pèsent sur le projet. L’association Plataforma Urbana dénonce plusieurs irrégularités depuis l’obtention du permis. Les fonctionnaires de la ville auraient notamment multiplié les obstacles pour la bonne consultation des dossiers. En mire également, la reprise du chantier après onze mois d’arrêt en 2009 suite à la crise financière dans des circonstances plus qu’opaques mêlant le gouvernement et Cencosud. Aujourd’hui, le gros oeuvre quasi achevé, la crainte d’un trafic chaotique demeure. En guise de réponse, le promoteur promet de phaser l’ouverture du plus grand complexe immobilier de la ville.
Pour rappel, l'agence Pelli Clarke Pelli, fondée en 1977, a, depuis ses bureaux de New Heaven, New York, San Francisco, Abu Dhabi, Tokyo et Shanghai, livré régulièrement des gratte-ciel aussi efficaces que soignés dans le plus pur style international.
JPhH

CESAR PELLI, L’ARCHITECTE QUI TOUCHE AU CIEL
Graciela Marín | La Tercera

SANTIAGO DU CHILI - Il est l’auteur de gratte-ciel parmi les plus hauts et les plus connus au monde, notamment les tours Petronas en Malaisie. Aujourd’hui, il est en charge de la Tour Costanera, laquelle pourrait à terme devenir la plus grande construction d’Amérique du Sud. Pour répondre aux critiques, il déclare à La Tercera : «Je ne crois pas que la tour intimide».

César Pelli est né en Argentine mais il a construit plus d’édifices à New York que dans toute l’Amérique du Sud. S'il était resté dans sa ville natale, Tucumán, avec ses maisons patrimoniales et ses constructions basses, il aurait probablement eu une carrière différente. A peine fut-il diplômé en 1952 qu’il obtint une bourse aux Etats-Unis. Il n’est depuis jamais retourné en Argentine.

02(@DR)_B.jpgDu moins, pas avant d’être devenu un architecte de renommée mondiale.

Aujourd’hui, César Pelli a 85 ans et son bureau Pelli Clarke Pelli aux Etats-Unis est un nom incontournable de l’architecture contemporaine. 

Candidat permanent au prestigieux prix Pritzker, il pose sa signature sur quelques-uns des gratte-ciel les plus hauts du monde comme les tours Petronas à Kuala Lumpur (Malaisie), la tour de Cristal à Madrid, la tour One Canada Square de Londres et le World Financial Center à New York.

Ceci vaut aussi pour le Chili. Associé à l’agence locale Alemparte, Barreda & Asociados, il est le responsable de la conception de la Tour Costanera. Le projet architectural commandé par Horst Paulmann ambitionne, avec ses 300 mètres de haut, d’être la construction la plus haute d’Amérique du Sud.

Soif de hauteur

Malgré les critiques dont les gratte-ciel sont aujourd’hui la cible, notamment pour leur consommation énergétique et leur impact dans la ville, César Pelli a fermement poursuivi la conception d’édifices chaque fois plus hauts et attractifs. 

Son style, en plus d’attirer des clients de par le monde, lui a valu la reconnaissance, entre autres, de l’American Institute of Architects qui l’a désigné en 1991 comme l’un des architectes les plus influents de la planète. En 1995, l'institut lui a attribué la médaille d’or pour son parcours. 

Toutefois, cela lui a valu d’être au coeur de controverses. La plus récente, à Séville, où l’UNESCO exige l’arrêt de la construction de la tour Cajasol laquelle porte atteinte au centre historique de la ville.

Le passé lui importe moins que le futur. «Pelli a bataillé, peut-être plus intensément que n’importe quel architecte commercial, pour réaliser des gratte-ciel dignes de notre époque», écrit le critique d’architecture Paul Goldberg. Le développement de hautes tours durables et vertes, offrant des espaces collectifs font partie des propositions de l’argentin pour le XXIe siècle. La Tour Costanera, par exemple, inclut une couverture végétale et deux belvédères publics aux 63e et 64e étages.

Il souligne que les gratte-ciel représentent le moyen pour les grandes métropoles de s’agrandir. «Les villes d’aujourd’hui croissent plus rapidement et les possibilités sont au nombre de deux : croître à la verticale ou à l’horizontale», explique-t-il à La Tercera. «La croissance horizontale nécessite l’extension des routes et, par conséquent, l’augmentation du nombre de trajets en automobile et de fait de la pollution. La croissance verticale augmente la densité de la ville, laquelle, je pense, est bonne et permet de réduire la dépendance à la voiture».

03(@HectorGarcia)_S.jpgIl y a aussi quelques désirs personnels. Parmi eux, un attrait pour la conquête de l’horizon et la volonté d’être un événement visuel. 

«Les records de hauteur m’intéressent mais voilà qui est peu important. Il me plait surtout que l’édifice soit vu de loin», explique-t-il. 

«Un véritable gratte-ciel est toujours un défi. Il s’agit d’étudier les nécessités de sa structure, de sa fonction et de son coût. Par la même, il s’agit de faire quelque chose de beau».

Un bon gratte-ciel est aussi une déclaration visuelle. Pour César Pelli, il représente une «soif d’arriver au ciel». 

Par la même, il ne prête aucune importance aux critiques visant l’impact visuel. «Je ne crois pas que la tour intimide. Elle sert à relier Santiago au ciel», dit-il. «Plus encore, elle apporte à la ville une silhouette distinguée».

Les gratte-ciel sont sa spécialité mais surement pas ses seuls succès. Comme associé à l’agence de Eero Saarinen, il a travaillé à la conception du toit courbe du terminal de la TWA à l’aéroport J.F. Kennedy de New York. Le Pacific Design Center de Los Angeles, un de ses premiers projets en solitaire, frappe par ses extérieurs en verre de couleur. Depuis, ce matériau est devenu l’une de ses stratégies pour éviter les critiques quant au blocage de l’horizon. «Le verre est une surface qui reflète le ciel et les nuages», dit-il.

Son utilisation apparente la tour de Santiago avec d’autres édifices comme l’Atago Green Hills de Tokyo ou la Tour de Cristal de Madrid. Cependant, elle n’a rien à voir avec les tours Petronas de Kuala Lumpur, directement inspirées de constructions traditionnelles islamiques. Concernant le projet de Santiago, la seule chose que lui a demandée Horst Paulmann était «d’être très beau».

César Pelli s’impose de lui-même, en plus des certifications LEED, quelque chose qui non seulement assure les plus hauts standards écologiques mais aussi le prestige tant pour l’édifice que pour sa ville. Après tout, un gratte-ciel vert est le propre de l’avant-garde architecturale internationale. 

Et l’une des garanties du travail de César Pelli est que ses projets ne passent jamais inaperçus.

Graciela Marín | La Tercera | Chili
02-09-2012
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

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