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Cahier Spécial - Biennale de Venise 2012

Portrait | Alvaro Siza, spontanéité d'un voyage sans programme (03-10-2012)

'Viagem sem Programa', en portugais dans le texte. Visibles depuis le Campo Santa Maria Formosa, les affiches apposées sur les façades de la Fondation Querini Stampalia révèlent la présence d’une exposition consacrée, jusqu’au 11 novembre 2012, à Alvaro Siza. Hommage à un coup de crayon mais aussi au Lion d’or de cette XIIIe biennale.  

Biennale d'Architecture de Venise | Venise | Alvaro Siza

VENISE (de notre envoyé spécial) - Un pont puis un intérieur spectaculaire. Le tout signé Scarpa. La Fondation Querini Stampalia abrite d’autres trésors, temporairement cela écrit. Parmi eux, quelques dessins d’Alvaro Siza. Une femme. Venise et la place St-Marc, un autoportrait, esquissés sur une serviette du Caffe Florian. Un cheval.

Derrière un lourd rideau, un film. Alvaro Siza se raconte. Premier chapitre : 'Da bambino'. «Enfant, quand j’évoquais une profession, je disais volontiers pompier ou chanteur d’opéra. Puis, avec les années, j’ai voulu faire de la sculpture», débute-t-il.

Un oncle invita le jeune garçon à dessiner. En guise de chevalet, la table de la salle à manger, pour sujet, un cheval. «Cela m’a servi. J’y ai pris goût. La qualité du papier augmentait mais je dessinais toujours aussi mal», sourit-il face caméra.

02(@A.Siza)_S.jpgMalgré tout, la sculpture reste une ambition. A l’obstination du fils, les doutes d’un père. En trame de fond, le Portugal des années 40 et la crainte d’une vie de bohème.

Déterminé, Alvaro Siza s’inscrit aux Beaux-arts de Porto. «Peinture, sculpture, architecture y étaient enseignées en même temps pendant la première année pour que chacun puisse, ensuite, se décider. J’étais alors d’une ignorance totale», confie-t-il.

Carlos Ramos, professeur, chantre du «Máxima liberdade com máxima responsabilidade», invite le jeune élève à se plonger dans les revues spécialisées. Alvaro Siza se remémore les numéros d’Architecture d’Aujourd’hui consacrés à Alvar Alto, Walter Gropius ou encore Richard Neutra. «J’ai alors vu que l’architecture avait un intérêt esthétique», dit-il.

Autre chapitre, 'Amis pour la vie'. Bref retour sur l’intense relation entre Alvaro Siza et Fernando Távora. «Il a créé l’esprit de l’école ; il était l’un des représentants portugais au CIAM», se souvient-il. Il était aussi l’auteur d’un essai, Le problème de la maison portugaise, où il synthétisait les préceptes d’une architecture moderne davantage enracinée dans la culture et pour laquelle une étude scientifique de l’architecture populaire était un préalable nécessaire.

Selon Alvaro Siza, le modernisme était, de prime abord, un projet difficile à réaliser au Portugal. Jeune diplômé, il trouve auprès de Fernando Távora son premier travail. A l’écran, les réalisations d’alors : la piscine de la Quinta da Conceição (1958) et le salon de thé Boa Nova à Leça da Palmeira (1958-1963).

Le pouvoir est à Salazar et sous «la cape de la dictature» ; les années passent. De cette époque, Alvaro Siza retient la «vivacité souterraine» mais aussi l’activité du port, le néoréalisme, le Majestic. Au café, la jeune génération fomente l’avenir. «La ville était différente», pense-t-il.

03(@A.Siza)_B.jpgAutre temps. 'Une seconde spontanéité'. Alvaro Siza évoque sa maison, «un lieu d’intimité» pour... dormir. Recevoir des amis aussi et écouter du jazz.

«J’aime comparer le jazz à l’architecture. L’important est la spontanéité dans une structure organisée», dit-il. L’homme de l’art se dit de «l’invention immédiate», laquelle «nécessite beaucoup de travail et une seconde de spontanéité... de spontanéité apparente», dit-il.

'Um impulso irreprimivel'. Une pulsion irrépressible. «Le dessin rompt le stress. Les heures passées à l’agence sont denses. Il y a une obstination à résoudre un ensemble de problèmes. Le dessin est le moyen de sortir en dehors», suggère l’architecte.

«Je dessine indépendamment du projet et cela parfois permet de le continuer. Le dessin est analytique et il permet de capter une ambiance, un visage, une ville», souligne-t-il.

L’écran redevient sombre. Sur fond noir, une adresse : Rua do Alexio 53. «Nous étions plusieurs architectes à avoir nos propres agences mais nous travaillions tous dans de mauvaises conditions. Rogério Cavaca était le plus dynamique d’entre nous et avait évoqué la construction d’un édifice pour nous tous».

Au départ, il y avait une usine abandonnée. Puis un incendie sur le site désaffecté invita cette nouvelle génération à penser un nouvel abri. Bref, l’histoire «d’une grande amitié». Aussi, aujourd’hui encore, à Porto, au numéro 53 de la rue do Alexio, l’interphone révèle la présence d’Alvaro Siza, d’Eduardo Soto de Moura, de Távora & Távora...

04(@GretaRuffinoRaulBetti)_S.jpgA l’écran, les façades de Porto, décaties, se succèdent les unes aux autres. Sur un mode nostalgique, Alvaro Siza évoque une ville en proie à un abandon brutal et terrible où d’aucuns «perdent le plaisir de se promener».

L’architecte note aussi «le rejet de la belle fenêtre au dépend de l’aluminium». La saudade ? «Quelle famille du nord n’a pas de parents au Brésil ? Nous sommes un peuple d’immigrants. Le lien à la terre d’origine est fort, d’où la nostalgie. Mais je ne suis pas un fanatique du fado», assure-t-il.

A Venise, un cheval. La table de la salle à manger de Matosinhos, sa ville natale, n’est peut-être pas aussi loin. La sculpture non plus.

L’architecture ? Avec le fonctionnalisme comme garde-fou.

Jean-Philippe Hugron

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