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Cahier Spécial - Biennale de Venise 2012

Chronique | L'exception de Venise : malaise français (03-10-2012)

Il y a, parait-il, un contraste gênant entre la visibilité de quelques signatures étrangères en France - dans les consultations, les media, les lieux d’exposition, etc. - et l’absence sur la scène internationale des jeunes architectes français. Ces derniers souffriraient d’une règlementation plus sévère, de moindres budgets, de maîtres d’ouvrage pétris d’Haussmann, de l’incurie de promoteurs, etc. Bref, personne pour les aider.

Biennale d'Architecture de Venise | Venise

Voyons Venise puisque c’est encore frais. Sa biennale d’architecture, son Pavillon français.

L’analyse des deux dernières biennales, placées l’une sur le thème du Vide à l’exemple de cinq métropoles françaises (2010, commissaire Dominique Perrault) et l’autre sur celui des Grands Ensembles (2012, commissaire Yves Lyon), accrédite la thèse du malentendu sur l’objectif même d’une présence française à Venise.

Venise est la plateforme internationale par excellence : un rendez-vous incontournable pour la planète architecture depuis 1980 et la 'Strada novissima' de Paulo Porthogesi ; un lieu où s’édictent et s’affichent, supposément, les tendances.

Au cours des deux dernières éditions, la première intention de notre pavillon national fut de montrer que la France est une «nation d’architecture», de présenter ainsi des acteurs émancipés des dogmes et orchestrant le changement à travers des propositions «attractives», brillantes, renouvelant les modes opératoires et les attitudes.

L’enfer est pavé de bonnes intentions comme chacun sait.

De fait, notre Pavillon ne parvient ni à dépasser les problématiques hexagonales, stricto sensu, ni à simplement s’adresser aux autres : visiteurs et journalistes étrangers, architectes internationaux, investisseurs de tous les pays en quête de propositions neuves.

Alors faire valoir les générations montantes...

De la tristesse de son inauguration en langue française au casting convenu de sa soirée franco-française, le Pavillon français a confirmé cette année encore que le dispositif n’est ni plus ni moins qu’une 'extéritorialisation' de la logique 'versaillaise' qui prévaut en France, jusqu’à l’écoeurement. Il 'teatro della Franca', pour paraphraser l’installation d’Aldo Rossi à Venise ; un théâtre triste et suranné qui tourne à vide sur lui-même.

02(@JPHH)_B.jpgL’événement est encore kidnappé par ces «institutionnels» qui, depuis vingt ans, font barrage de leur corps entre architectes et politiques. Ces «bureaucrates», rappelait Rem Koolhaas avec sa proposition pour le Pavillon central, ont entre 1950 et 1980, en France, jeté les bases d’une architecture civique.

A quand le changement ? Maintenant ?

Pourquoi l’attribution du Pavillon ne fait-elle par exemple pas l’objet d’un concours ou d’une consultation ? C’est le cas dans de nombreux pays. Encore faudrait-il, qu’en France, le jury soit légitimement dépoussiéré.

Ce Pavillon est à ce jour un fait de Prince. Si encore, comme une décision de justice, il était argumenté... A tel point que le Pavillon apparaît désormais comme un lot de consolation attribué par le ministère. Chaque fois l’impression que le Pavillon, fer de lance d’une communication gouvernementale, est davantage subi qu’offert.

Pourtant, le modèle de consultation du Grand Paris a fait florès puisqu’il s’est exporté. De fait, deux équipes françaises sont lauréates du Grand Moscou. Qui ça ? Le Duo Wilmotte-Grumbach ? La jeune garde !

03(@JPHH)_B.jpgPourquoi ce Pavillon à Venise où l’on meurt, installé à grand frais, ne serait-il pas, le temps de journées professionnelles, mis à disposition d’équipes françaises ? Histoire de ponctuellement lancer un ouvrage, organiser une conférence de presse off, présenter un projet, etc. C’est ainsi que font bien volontiers les Belges et quelques autres concessionnaires de pavillons. Mais non.

Sur la page d’accueil de l’Institut français, co-signataire du Pavillon français avec le ministère de la Culture et de la Communication, une suggestion : «il peut exister une 'touche' française en architecture, comme il existe une langue française, faite de règles et d’une certaine manière de faire sans être pour autant une codification».

Sans doute.

Il demeure qu’à Venise, la France est sur la touche et, en général, l’Institut français bien démuni. Quelle action pour l’architecture ? Quel budget ? Quels contacts avec le milieu ? Quel commissariat à part quelques initiatives isolées, telle celle de l’Institut français de Berlin l’année passée avec ces 'Dialogues' entre acteurs des scènes françaises et berlinoises ?

En France, l’Institut semble loin du Danish Architecture Center (DAC) ou du Nederlands Architectuurinstituut (NAI), chefs d’orchestre du rayonnement de jeunes générations respectives (les SuperDutch et SuperDanish), loin du Vlaams Architectuurinstitut ou du tout jeune WBA, agence de promotion culturelle et économique des architectes de Bruxelles et de Wallonie sur la scène internationale.

04(@JPHH)_B.jpgIci, si à l’ambition culturelle il faut allier soutiens économique et politique, Arc-en-Rêve à Bordeaux et le Pavillon de l’Arsenal à Paris, viennent à l’esprit. Le Pavillon - un autre - s’il se tourne aujourd’hui vers de jeunes équipes, demeure un cheval de Troie pour entrer dans les consultations parisiennes, y compris pour les agences internationales. Arc-en-Rêve est plus 'genuine' et porteur d’espoir.

Bref, aucun prix d’architecture en France ne possède quelconque résonance internationale. Ce n’est que depuis l’an dernier que le Prix de l’Equerre d’Argent compte en son jury des jurés étrangers. Comment décourager mieux les commissaires et éditeurs étrangers d’outre Navarre de s’intéresser aux architectes français ?

Ce n’est pas manque de volonté. La Cité de l’Architecture et du Patrimoine est une institution pourvue d’une subvention annuelle de 15 millions d’euros et d’une surface d’exposition de près de 10.000m², à cet égard l’institution la plus largement dotée, en Europe, tant en budget qu’en espace.

Une rampe de lancement à la jeune génération ? A peine. La portée de ses expositions dépasse rarement le périphérique. Cela écrit, celle des Entretiens de Chaillot, pourtant brillants, non plus.

Son influence se mesure à l’aune d’une incontournable politique de 'partenariat' avec des groupes ou des agglomérations qui subventionnent des publi-expositions décourageantes. Parce qu’au fondement de cette institution parisienne est une confusion des genres originelle entre architecture contemporaine et patrimoine ?

Toujours est-il que la France meurt de ses multiples allégeances, de ses dorures sous plafond, de cette trouille du faux-pas protocolaire.

Ainsi dit-on en ce pavillon de France à Venise : Champagne !

Annabelle Hagmann

05(@JPHH)_B.jpg

Réactions

Steve Theys | ADE | 16-11-2012 à 17:55:00

Article très réaliste.

L'architecture française n'a aucune répercution à l'international et reste cantonnée à l'hexagone. Le pavillon français ne pouvait parler qu'aux français, et encore... d'ailleurs, la communication au sein du pavillon, était tout bonnement horrible : une surdose d'informations qui nuisent la lecture.

Et précisons également qu'ils ne savent pas payer en totalité des heures effectués pour produire la maquette centrale.

Degio | Chef de rub' | Lagune | 05-10-2012 à 15:42:00

Mais d'où nous parles-tu, Anna? Es-tu vraiment dans ton rôle? Et l’Équerre d'argent, puisque tu l'évoques, compte depuis très longtemps un ou plusieurs jurés "étrangers" dans son jury...

Bizarre | 04-10-2012 à 16:00:00

Mais que fait cet article dans le courrier de l'architecte ?
Ou plutôt cette plume ?
Mélange des genres parce que jugement de valeur intéressé.

Puisque tout le monde est d'accord avec cette analyse, pourquoi diable donner la parole à celle qui fait tout son chiffre d'affaire dans la french touch ?

C'est dommage.


Isabelle | 04-10-2012 à 12:11:00

La "touche" française? mais la frensh touch alors, elle sert à quoi? A moins qu'elle ne fait que suivre à grands pas?

Bernard | Paysagiste | Rhone Alpes | 04-10-2012 à 08:56:00

Bravo pour cette description si réaliste du monde "architectural" français !
Si réaliste que l'on pourrait l'étendre à toute la société française, conservatrice, poussiéreuse, prétentieuse, centralisée et élitiste
Il parait que le changement, c'est maintenant, ....il parait !

Serge Renaudie | 04-10-2012 à 06:52:00

Sans parler de la coupure Paris/provinces, de la déculturation de la maîtrise d'ouvrage, des administrations castratrices et des français en général, et de leur mépris pour les architectes, du clientélisme des dits architectes, de leur allégeance aux majors du BTP, de la suffisance de leurs stars et de la voracité de leurs starlettes, etc, etc....
Voilà un beau programme pour le pavillon français dans 2 ans !!!!

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